RSS

INTERVIEW DE CARLOS SAURA Explorateur de l'image

Propos recueillis par Mathieu Menossi pour Evene.fr - Janvier 2009 - Le 16/01/2009

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
0 avis
  • Membres (0)  
INTERVIEW DE CARLOS SAURA

Flamenco, tango... et fados. Le réalisateur Carlos Saura dédie son nouvel hommage musical à l'un des fers de lance de la culture portugaise, cette saudade issue des docks de Lisbonne, incarnation de l'histoire de tout un pays qui a su s'ouvrir à la modernité.

Un Espagnol aux commandes pour parler, montrer, expliquer le fado. Il fallait oser ! Mais lorsqu'on lui a proposé de faire le film, le maître de 76 ans a retrouvé ce "quelque chose qu'[il aimait] et qui s'était caché dans la boîte à souvenirs". Ceux de son enfance et de l'après-guerre. L'occasion d'affiner son exploration de la musique et du cinéma entamée il y a maintenant près d'un demi-siècle.

Vous avez choisi d'ajouter un "s" au mot "fado". Juste un détail ou véritable révolution ?

Le fado a longtemps été appréhendé d'une façon assez limitée. Il n'était pas concevable qu'il sorte du giron de la culture portugaise. Avec ce "s", je m'octroyais la liberté de laisser s'exprimer toute l'universalité de cette musique. De rappeler les influences brésiliennes et africaines de la culture lusitanienne. Cela me paraissait nécessaire pour quiconque prétend faire un film sur le fado.

Votre film présente une apparente simplicité. L'absence de commentaires, des décors minimalistes. Etait-ce une façon pour vous de détacher le fado de son cadre traditionnel ?

Tout à fait. Pour en avoir fait l'expérience avec 'Flamenco', j'ai préféré travailler en studio plutôt que de travailler en extérieur. Paradoxalement, cela me paraissait plus artificiel que de travailler en studio, qui offre beaucoup plus de liberté de mise en scène. Cela m'a permis d'exploiter toute la charge émotionnelle que suscite cette musique.

Des jeux d'ombres et de miroirs, des images d'archives projetées, des artistes qui se reflètent sur le sol. Comme souvent dans votre cinéma, vous avez choisi de privilégier la forme, le visuel et la musique, plutôt que la narration proprement dite…

Le fado constitue pour moi le véritable élément narratif du film et la danse fait office de fil conducteur. Les numéros musicaux s'enchaînent, comme des tableaux. Par les jeux de lumière et la scénographie, je me suis efforcé de leur donner à chacun une personnalité. Le plus délicat était de constituer un enchaînement cohérent entre les différents fados. L'absence de d'histoire proprement dite nous a forcés à créer une dramatisation à partir des émotions transmises par chacun des artistes.

Vous bousculez les conceptions orthodoxes du fado en lui associant des chorégraphies modernes. Vous saviez pourtant que la danse était jugée obscène par l'Eglise qui a donc décidé de l'interdire.

La danse est une chose extraordinaire et formidable qui peut aider à comprendre le fado. Mais j'admets bien volontiers qu'il s'agit d'une idée très personnelle. Les danses, notamment celles venues d'Afrique ou du Brésil, étaient jugées inconvenantes par les prétendus "puristes" du fado. Sous la dictature, elles étaient jugées contraire à l'ordre et à l'équilibre du régime. Mais il existe toutes sortes de théories à ce sujet. Le fado batido, par exemple, est un fado très rythmé qui vient du Brésil et qui se danse. Ce n'est pas une invention de ma part.

Vous développez une conception éminemment universelle du fado. Comment les puristes ont-il perçu les libertés que vous vous êtes octroyées ?

Certains se sont demandés de quel droit un Espagnol s'est retrouvé à faire un film sur le fado. Il y a toujours eu ces petites rivalités entre le Portugal et l'Espagne. Des rivalités qui se sont évaporées dès que le film fut terminé. Au final, je conçois 'Fados' comme un film portugais, peu importe que le réalisateur soit espagnol.

Luis Galvao Teles (coproducteur) : Il y a des extraits du film qui sont aujourd'hui présentés au musée du fado à Lisbonne. Et par ailleurs, il y a tout un spectacle présenté en Espagne et au Portugal inspiré de la scène finale du film, dans la maison du fado.

Seul un regard extérieur pouvait-il élargir l'univers du fado ?

L.G. T. : Cela ne pouvait être que Carlos qui a cette façon si spéciale de "regarder" la musique. Un Portugais aurait certainement opté pour la forme documentaire. Trop lié à cette culture, il aurait été incapable de prendre du recul et balayer l'ensemble du spectre artistique du fado. Il fallait le regard musical de Carlos. Au départ, Carlos Do Carmo, grand chanteur portugais, et Ivan Dias, producteur musical du film, étaient partis pour faire un documentaire à la télévision. Mais ils ont vite réalisé qu'il n'était pas possible de faire "entrer" le fado dans une petite émission de vingt-cinq minutes. Il méritait un vrai film. Et Carlos Saura s'est très vite imposé comme le meilleur choix.

Comment le film a-t-il été reçu au Portugal ?

L.G. T. : 'Fados' est un des plus gros succès au Portugal. Le public l'a accueilli avec beaucoup de respect et d'enthousiasme. Une attitude qui a largement contribué à changer l'image du fado au Portugal. Le genre musical y a gardé pendant longtemps une image très figée, notamment à cause du fascisme, qui faisait du fado une musique réactionnaire et impérialiste. Sous la révolution des Oeillets, le fado a fortement pâti de cette réputation et il a fallu du temps avant qu'il retrouve son identité populaire. Le temps était à la redécouverte. Et le mouvement se poursuit encore aujourd'hui grâce, notamment, à des artistes comme Mariza et Camané, qui apparaissent dans le film. Et la descendance est déjà là. Je pense que le film est venu nourrir encore un peu plus cette explosion créative. Même les puristes ont été obligés d'admettre son impact positif et ont fini par se taire.

vos commentaires

 
votre avis sur cet article : (Jusqu'à 1500 caractères)

Pour aller plus loin

Les films associés

Fados

Comédie musicale

Fados

de Carlos Saura

Sortie en salle : 14 Janvier 2009

Long métrage dédié au fado, ce style musical mélancolique portugais qui s'est étendu de l'Angola au Brésil.

Voir la bande annonce

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Evene  
  • Membres (0)  

Les événements associés

Festival du cinéma espagnol

Festivals

Festival du cinéma espagnol

Demain: Katorza - Nantes (44000) Dates : du 17 Mars 2010 au 30 Mars 2010 TERMINÉ

Depuis vingt ans, le Festival du cinéma espagnol de Nantes fait le trait d'union entre la France et l'Espagne. Destiné aux cinéphiles autant qu'aux béotiens du cinéma ibérique, le festival...

Plus sur Festival du cinéma espagnol Réservez vos places sur fnac.com

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  

Les stars & célébrités associées

  • Carlos Saura

    Carlos Saura

    Acteur, réalisateur et producteur espagnol
    Né à Huesca Né le 4 Janvier 1932

    Né dans une famille d’artistes, Carlos Saura découvre sa vocation grâce à sa mère pianiste et son frère peintre. Il se lance d’abord dans la photographie avant de s’inscrire à l'Institut de...

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
     
    • Membres (0)  

fil culture

Les PUF aiment les séries

LivresLes PUF aiment les séries

Aujourd’hui encensées comme le nouveau cinéma, les séries télévisées sont les...

Plus sur Les PUF aiment les séries
 

nouveautés

les Avis des membres

la lettre evene

L’actualité culturelle au quotidien
Citation, livre, événement, célébrité, jeu concours... › Voir la lettre du jour
Plus

citation du jour

« Quand surviennent les passions, les slogans remplacent la réflexion.  »

de Michel Crozier

Extrait du Figaro-Magazine - 31 Mai 2003 En savoir plus sur cette citation

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (10)
     

privilèges

Plus

vidéos

  • La mer à boire - Bande annonce

  • Amador Bande-annonce VF

Plus

photos

  • La Dame de fer - La Dame de fer

    La Dame de fer © Pathé distribution

  • Amador - Amador

    Amador © Reposado

agenda

tous les films

Découvrez tous les films dans l'une de ces catégories :

et aussi