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ELRIC COVAREL GARCIA Complexe mais vrai !

Propos recueillis par Isabelle Ponnet pour Evene.fr - Octobre 2005 - Le 07/10/2005

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ELRIC COVAREL GARCIA

C'est dans un café loin d'être branché que l'on a retrouvé Elric Covarel Garcia. Ce jeune acteur qu'on a pu voir dans 'Clara Sheller' et qui nous fait rire dans 'Allô t'es où ?' est étonnant de simplicité. Et très beau aussi, mais ça, Elric s'en moque un peu.

Elric, vous êtes né comment ?

Dans les montagnes grenobloises, là où on ne joue pas. Je suis fils d'ouvrier, ce sont mes parents qui m'ont appris qu'il y avait des choses beaucoup plus importantes que l'apparence, seules les faits comptaient. Je pense à une phrase d'Elia Kazan : "Une image vaut mille mots." Voilà comment je suis né, dans la sincérité.

Je parlais de la naissance de l'acteur...

Ca aurait commencé dans le fait de faire l'idiot je pense. Comme j'étais le plus petit de la classe, j'avais trouvé ce moyen pour me faire remarquer. Mais le vrai déclic s'est fait en centre de vacances, j'avais quinze ans. Ils cherchaient quelqu'un pour combler vingt minutes, je me suis retrouvé seul sur scène et là, j'ai pris mon pied. Un jour, le directeur de mon école m'a lâché : "Elric, vous devriez faire l'acteur, je ne vois que ça." Mais oui ! C'est ça ! Je devrais faire l'acteur ! Là, je passe trois ans à jouer dans une troupe de théâtre amateur et je réussis ensuite à me faire accepter en auditeur libre au Conservatoire de Grenoble où j'ai d'ailleurs fini par participer au cours comme les autres. Puis ça a été l'armée. On arrête de jouer à l'armée, on vit. J'ai eu longtemps ce problème de ne pas avoir assez vécu pour me permettre de donner.

Votre premier amour de comédien ?

Cyrano de Bergerac.

Quelle motivation vous pousse à vouloir vous montrer dans un registre comique plutôt que dans un registre dramatique ? Les beaux gosses tombent souvent dans la facilité de vouloir plus mettre leur physique en avant qu'autre chose…

Et bien, pas moi ! C'est justement parce que je veux qu'on oublie mon physique que je rêve de ce genre de rôle.

Comme vous semblez privilégier plus l'intérieur que l'extérieur des êtres, est-ce que vous vous sentez "porteur de messages" à travers votre travail d'acteur ?

Quand je joue, je suis entièrement centré sur mon personnage, je ne cherche pas avant tout à plaire au public. Pour 'Allô t'es où ?', j'ai tout de suite perçu mon personnage comme un homme-enfant, alors ce que j'y donne, ce n'est pas un message, c'est peut-être ma sincérité. Mais si je devais trouver où j'ai essayé de faire passer un message dans ma vie d'artiste, ce serait peut-être dans le scénario que je viens de terminer sur les Casques bleus. J'en retire que quelle que soit la nature d'un homme, il y a toujours du bon en lui. Si j'arrive à monter ce film, j'aimerais que les gens se rendent compte à quel point notre société manipule les plus faibles et que notre intolérance vis-à-vis de la fragilité humaine peut en conduire quelques-uns à la mort. J'ai moi-même été Casque bleu et quand on l'est, il n'y a plus de forts ni de faibles, il n'y a que la vie. On ne met pas une armure en partant faire la guerre, on l'enlève. Cette expérience me pousse à ne jamais trahir ma sincérité au profit de mon jeu, après ce que j'ai vécu là-bas, je ne peux pas.

Parlons sincérité alors, quelles sont les émotions que vous chercheriez à faire passer dans la suite de votre carrière ?

Disons que jeunot comme je suis encore j'ai envie de tout mais pas de mièvreries, pas de trucs moyens. J'ai encore besoin de ressentir des choses fortes. En ce moment, j'aimerais carrément aller dans le "trash", un personnage à la 'Bad Lieutenant' m'éclaterait par exemple.

D'où viendrait ce besoin d'exprimer de la violence ?

J'ai perdu mon père à la fin de l'année 2001, peut-être que ça vient de là. A sa mort, j'ai d'abord vécu comme un légume tout en continuant de jouer, je peux même avancer que le jeu est ce qui m'a maintenu en vie. Puis ma colère a émergé, a grandi. Sans doute qu'il serait temps pour moi d'exploser. C'est dur de se libérer des choses. Mon humour serait alors comme un joli paravent encore posé devant moi. Cette mort m'a vraiment transformé, mes proches ont parlé de l'Elric d'avant et de l'Elric d'après. J'avais trente ans. Peut-être que j'éprouve aussi le désir de le faire revivre à travers moi, je pense à sa fragilité par exemple…

Tout ce que vous voudriez exprimer aujourd'hui serait alors lié aux blessures du passé ?

C'est plus le besoin de me mettre en danger que les blessures qui me font avancer. On ne devient pas Casque bleu par hasard. C'est à mon retour du Liban que j'en ai seulement pris conscience, je venais de vivre tellement de choses intenses. Je ne vous dis pas la violence de l'ennui que j'ai d'ailleurs éprouvée après tout ça… Mon métier me va bien pour ça, ça me nourrit de vivre dans l'insécurité.

Actuellement, vous jouez au milieu d'une joyeuse petite bande, est-ce que l'idée d'être seul sur scène vous attirerait ou vous ferait peur ?

Ca m'attire énormément. Seul en scène, j'aurais un message à faire passer : "Puisque le monde dans lequel on vit part dans tous les sens, ne faut-il pas mieux en rire ?" L'humour a sauvé beaucoup de vies jusqu'ici. Qu'y a-t-il de plus important que de vivre malgré tout ?

Et vous, seul face au miroir, comment vous décririez-vous ?

Complexe mais vrai, sincère.

Et les femmes, comment les voyez-vous ?

Complexes et toutes différentes. Et belles aussi. Le doux équilibre entre la force et la fragilité.

La carrière avant tout ?

Ca l'a été. Plus maintenant. J'ai appris à d'abord respecter ceux qui m'entourent.

Quels sont les acteurs ou comédiens qui vous ont influencé dans votre jeune carrière ?

Ventura, Gabin, Delon et Belmondo parce qu'ils sont "cash". Regardez Belmondo dans 'Itinéraire d'un enfant gâté' et vous verrez.

Faut-il avoir une sacrée dose de confiance en soi pour être comédien ?

Avoir confiance en soi dans le métier que je fais est très dangereux. Il faut laisser le doute s'installer, c'est lui qui nous fait travailler même s'il nous fait peur. Je trouve l'assurance beaucoup moins intéressante. Et puis, j'ai des complexes, vous savez…

Des complexes ?

J'ai des complexes physiques de beau gosse. D'ailleurs si vous me regardez jouer dans 'Clara Sheller' ou 'Allô t'es où ?', vous pouvez voir tout ce que je mets en oeuvre pour le faire oublier. Et quand on me demande de jouer les séducteurs, alors là, je m'écroule.

Parlez-moi de votre expérience dans 'Clara Sheller' justement…

C'était un moment magique en tant que comédien. Mais le personnage avait quarante ans… Au début, la productrice avait du mal avec moi à cause de ça d'ailleurs, je l'ai entendu dire dans les couloirs que j'étais trop jeune. Ca m'a boosté et si je ne l'avais pas entendue peut-être que je n'aurais jamais eu le rôle. Grâce à sa remarque, j'ai pu changer mon interprétation pour les essais… et vous connaissez la suite. Je me suis ensuite battu pour ce qu'ils voulaient faire de mon personnage, ils voyaient Patrick looké photographe de mode années 80 avec l'appareil qui pend au cou, la totale. J'ai réussi à les convaincre de la trop grande importance qu'on donnerait ainsi à son apparence et je suis parvenu à plus le faire vivre de l'intérieur que de l'extérieur. Incontestablement, mon personnage était fragile, c'était ça et pas autre chose qui le rendrait séduisant.

Pour finir, un scoop sur vos futurs projets ?

Je vais bientôt entamer la deuxième saison d' 'Allô t'es où ?' et je peaufine un scénario que j'ai co-écrit avec Patrick Lévy (réalisateur de 'Coup de Vice' et de 'Gamer') : 'Beau Gosse'. Inutile de vous dire de quoi ce beau gosse en a marre… J'aurais très envie aussi de remonter sur les planches, ça me manque beaucoup. Et puis j'ai envie de parler d'un court-métrage dans lequel j'ai tourné sous la direction de Benoît Lestang et que j'aime énormément : 'Protocole 33', il sera bientôt diffusé au Festival de l'Etrange.

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« On ne met pas une armure en partant faire la guerre, on l’enlève.  »

de Elric Covarel Garcia

Extrait d'une interview sur Evene.fr - Octobre 2005

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« Il faut laisser le doute s’installer, c’est lui qui nous fait travailler même s’il nous fait peur.  »

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