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Ezra Miller, l'ado terrible de l'Amérique

Par Olivier De Bruyn - Le 30/01/2012

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Ezra Miller, l'ado terrible de l'Amérique

Quelques mois après sa performance en ado toxique dans ‘We need to talk about Kevin’, Ezra Miller confirme son talent d’acteur dans ‘Another Happy Day’. Rencontre avec un futur grand du cinéma américain.

On n’est pas sérieux quand on a 17 ans ? Ezra Miller a désormais de bonnes raisons d’ignorer le précepte rimbaldien. Le jeune homme a en effet soufflé ses 18 bougies, le 12 mai dernier, le jour même où fut présenté au festival de Cannes We Need to talk about Kevin, de Lynne Ramsay. Un film où il incarnait un adolescent en guerre contre sa mère, sa sœur, les autres, le monde entier. Jusqu’au pire. Huit mois après cette prestation inquiétante aux côtés de Tilda Swinton, le comédien est de retour dans le premier film de Sam Levinson : Another Happy Day. Un coup d’essai qui permet au fils de Barry (Rain Man, Good Morning Vietnam…) d’imposer avec élégance son prénom dans le cinéma américain. Et au jeune Miller de confirmer les beaux espoirs suscités par sa sombre partition sous les traits ambigus de Kevin.

Smell like teen spirit

© Memento DistributionEzra Miller, © Memento DistributionDans cette comédie inspirée où Levinson junior prend prétexte d’une réunion de famille pour dynamiter les clichés de l’American way of life (entre Short Cuts et Le déclin de l’empire américain), Ezra Miller interprète un autre désaxé : Elliot, teenager futé mais autodestructeur qui gâche un tantinet la fête. L’ado incontrôlable moque les hypocrisies de ses contemporains, hurle des inconvenances que les autres pensent tout bas et, surtout, se défonce plus que de raison avec tous les produits à portée de sa main fébrile. La réussite du film doit beaucoup à son jeu décalé, dérangeant. « Je vois Elliot comme un idéaliste égaré, explique posément Ezra Miller. Il ne supporte pas les faux semblants de son existence, souffre d’une absence de reconnaissance et avance dans la vie avec une hyper-sensibilité qui l’encombre. Après We need to talk about Kevin, c’est la seconde fois que je joue dans un film qui observe la famille et ses non-dits. Le sujet me passionne. Que nous le voulions ou non, nos parents nous lèguent un héritage psychologique dont il est impossible de se débarrasser. »

Enfance arty

Rayon personnel, Ezra Miller n’a pourtant aucune raison de se plaindre de son éducation… Né d’une mère danseuse contemporaine et d’un père éditeur, il a grandi dans une famille d’artistes où l’on n’a jamais contrecarré sa vocation précoce. Il reconnaît sa dette envers ses géniteurs (« J’ai beaucoup de chance : ils ont su me donner confiance ») et raconte que, d’aussi loin qu’il s’en souvienne (« ce qui, dans mon cas, n’est pas compliqué », précise-t-il), il a toujours voulu être acteur. « Dès mon plus jeune âge, je me suis aperçu que je désirais exploiter cette faculté qu’ont tous les enfants à habiter plusieurs personnages, à s’inventer différents univers, poursuit Ezra Miller. À l’adolescence, j’avais un goût prononcé pour les films d’horreur. J’aimais avoir peur et, des nuits durant, j’ai gâché le sommeil que mes parents avaient pourtant amplement mérité. Puis est venue la découverte d’Hitchcock, le premier cinéaste que j’ai identifié en tant que tel et qui m’a profondément marqué. »

Premières gammes

© Memento DistributionEzra Miller, © Memento DistributionLa suite épouse idéalement les contours de ses désirs artistiques. Il reçoit une formation musicale, effectue quelques gammes au Metropolitan Opera de New York et, parallèlement, travaille à son futur métier d’acteur. Il ne tarde pas à faire parler de lui… Dans Afterschool, en 2008 (Antonio Campos), il incarne un ado qui assiste sans émotion à la mort de deux de ses potes. Parallèlement, il interprète le rôle de Damian dans plusieurs épisodes de la série Californication. Une expérience profitable, dit-il, même s’il observe les us et coutumes de la télé avec une distance respectable : « avec l’attente du public et l’obsession des chaines pour l’audimat, la tentation est grande de céder au formatage et de perdre en chemin l’innovation, l’exigence. »

Fan de Béla Tarr

On l’aura compris : Ezra Miller n’est pas exactement l’archétype du jeune acteur U.S qui fantasme sur les destins dorés des monstres hollywoodiens. Batteur dans un groupe folk-rock qui commence à faire parler de lui (Sons of an Illustrious Father), le garçon privilégie au cinéma l’indépendance, la vraie. De même qu’il cite T.V On The Radio et Patti Smith comme des influences musicales majeures, il voue un culte à des metteurs en scène nommés Béla Tarr, Stanley Kubrick, Darren Aronofsky, Steve McQueen. Pas vraiment des réalisateurs plébiscités par les bouffeurs de pop-corn… « Jusqu’à présent, j’ai eu la chance inouïe de pouvoir travailler avec des gens qui ont une vraie personnalité, explique Ezra Miller. J’ai énormément appris en côtoyant Tilda Swinton et les deux Ellen, Burstyn et Barkin, qui jouent dans Another Happy Day… Leurs méthodes sont très différentes, mais elles partagent un amour profond pour le cinéma. Je n’ai pas envie de me perdre dans des projets sans consistance. Actuellement, je ne cesse de dire non à ce que l’on me propose. J’ai le temps et ma préoccupation essentielle consiste à faire des choix. ». Qui a dit qu’il fallait désespérer de la jeunesse ?

Another Happy Day. Sortie le 1er février.
We need to talk about Kevin. Sortie du DVD le 1er février. Dark Star.

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