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GRAND LYON FILM FESTIVAL Et le Lumière sera

Par N. T. Binh - Le 29/09/2011

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GRAND LYON FILM FESTIVAL

Une ouverture en fanfare avec l'avant-première de 'The Artist', en présence de Michel Hazanavicius et de Jean Dujardin, avant un programme riche en (re)découvertes et en pépites présentées par des cinéastes passionnés : le festival lyonnais fait rimer patrimoine et cinéphilie avec glamour et générosité. Mise en bouche avec Bertrand Tavernier, Bertrand Bonello, Nicolas Saada et Tonie Marshall.

Pendant une semaine, le Grand Lyon vivra, pour la troisième fois, au diapason de l'histoire du cinéma. À l'institut Lumière, bien sûr, maison mère de la manifestation, mais aussi dans une trentaine d'autres établissements (salles de cinéma ou espaces culturels). L'idée est de faire se rejoindre deux catégories de spectateurs : les cinéphiles pointus qui viennent y trouver leur lot d'œuvres rares ou restaurées, et le public de cinéma le plus large, mais qui n'est a priori guère enclin à se déplacer en salle pour autre chose que des nouveaux films. La programmation se veut donc éclectique : il y a des hommages et des rétrospectives consacrés à des metteurs en scènes et des genres qui ont marqué l'histoire du cinéma (Jacques Becker, William A. Wellman, la science-fiction…) ou qui, au contraire, sont restés méconnus chez nous (les polars japonais dits de « yakuzas »). Mais il y a aussi des événements ponctuels spectaculaires : ciné-concerts (Valentino danse son fameux tango dans 'Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse', version 1921), grands classiques restaurés ou présentés en copies neuves, ainsi qu'un programme de documentaires sur le cinéma et une remise de prix couronnant une carrière exceptionnelle. Ainsi cette année, Gérard Depardieu, succède-t-il à Clint Eastwood et à Milos Forman.
Un grand nombre de ces projections sont « accompagnées », c'est-à-dire présentées soit par le réalisateur ou ses collaborateurs, soit par des personnalités du cinéma d'aujourd'hui qui revendiquent leur passion pour le cinéma d'hier voire d'avant-hier : lorsqu'il s'agit d'acteurs célèbres comme Benicio Del Toro présentant le fameux classique japonais 'L'Île nue' de Kaneto Shindo (1960), c'est une manière d'attirer un public inattendu, et de l'amener à découvrir un film qu'il n'aurait peut-être jamais eu l'idée d'explorer. Plusieurs cinéastes français, qui viennent faire acte de générosité en introduisant les films des autres, nous ont confié les raisons de leur choix.

de William A. WellmanOther Men's Women, de William A. WellmanBertrand Tavernier, président de l'Institut Lumière, présente 'Other Men's Women', de William A. Wellman (1931)

« Les films de Wellman au début des années 1930 forment un tout très cohérent, très prolétarien, sur les États-Unis de la Dépression. 'Other Men's Women' est un drame amoureux dans le milieu des cheminots. Dès la première scène, le talent de Wellman est sidérant : un cheminot descend du train, prend un petit déjeuner, discute avec la serveuse, ressort et enjambe de justesse le dernier wagon ! Dans ce film, James Cagney n'a pas le rôle principal, mais dès qu'il apparaît, on comprend qu'il va devenir une vedette phénoménale, ce qui sera accompli dans l'extraordinaire 'Ennemi public' du même Wellman, quelques mois plus tard. »

de Jerry SchatzbergPortrait d'une enfant déchue, de Jerry SchatzbergBertrand Bonello présente 'Portrait d'une enfant déchue', de Jerry Schatzberg (1970)

« Je ne l'ai pas revu depuis longtemps mais je me souviens avoir aimé cette dépression dans le glamour, le tout dans une esthétique du cinéma 70 qui me plaît beaucoup ; le rapport photographie/image/cinéma, le fait que Schatzberg vienne lui aussi de la photo. Et puis Faye Dunaway… Faye Dunaway, c'est, quand on est jeune et qu'on découvre 'Bonnie and Clyde', l'une des plus belles femmes du monde, mais au delà de ça, elle incarne une attitude nouvelle, très moderne, un "cool" incroyable, qui tranche avec les actrices qui la précèdent. C'est un fantasme de cinéma. »

de Samuel FullerViolences à Park Row, de Samuel FullerNicolas Saada présente 'Violences à Park Row' de Samuel Fuller (1952)

« J'ai voulu présenter 'Violences à Park Row' parce que Samuel Fuller est le cinéaste du mouvement, de la violence. C'est un film sur la liberté de la presse. Fuller, ancien journaliste, en parle merveilleusement. Les jeunes générations doivent à tout prix découvrir Fuller, et réaliser son importance et son influence sur le cinéma d'action pur. C'est un maître et beaucoup de cinéastes contemporains lui sont redevables, de Martin Scorsese à Quentin Tarantino. Mais je présente aussi deux films de Wellman, 'L'Ennemi public' (en binôme avec Bertrand Tavernier) et 'Wild Boys of the Road'. J'ai longtemps fait une espèce d'impasse sur le début du cinéma parlant. Puis, il y a quelques années, je me suis intéressé au cinéma "pre code", le cinéma américain d'avant la censure et le code Hays, et j'ai été absolument ébloui. Non seulement par la richesse des thèmes mais aussi par leur recherche plastique, leur ton, leur liberté. Ces deux films de Wellmann en sont une preuve de plus. Et ils sont beaucoup plus "contemporains" que nombre de films qui sortent en salles aujourd'hui. »

de William A. WellmanConvoi de femmes, de William A. WellmanTonie Marshall présente 'Convoi de femmes', de William A. Wellman (1951)

« Je l'avais vu il y a très longtemps. C'est un grand film, et qui plus est, jubilatoire. Un film que Clint Eastwood a dû voir plusieurs fois... C'est un western qui parle de l'émigration des femmes, de leur courage, leur résistance pendant ce long voyage, de la façon dont elle se font le miroir des codes de la masculinité. Chez les hommes, il y a bien sûr les machistes, les humanistes, mais le plus intéressant est le personnage de Robert Taylor, qui voit les femmes comme des êtres venus d'une autre planète et qui grâce à ce voyage va faire leur "connaissance". C'est aussi un western sur le sens de la vie, et sur l'importance de savoir vivre ensemble. Tous les personnages féminins sont fins, complexes et même drôles. La mise en scène s'attache avec précision aux acteurs et à leur corps formidablement mis en espace. En redécouvrant, au générique, le nom de Capra [auteur du sujet original], je me suis dis que c'était une évidence. L'idée de réussir à vivre ensemble est une obsession de son cinéma ! »

Les tuyaux de la rédaction

de Jacques BeckerCasque d'or, de Jacques BeckerÉvidemment, on ne peut pas tout voir. Dans l'intégrale Jacques Becker, ses chefs-d'œuvre ont été restaurés ('Casque d'or', 'Goupi MainsRouges', 'Falbalas', 'Le Trou') mais on peut redécouvrir ses comédies intimistes qui se penchent avec autant de tendresse et de lucidité sur le monde ouvrier ('Antoine et Antoinette') que sur la jeunesse bohème d'après-guerre ('Rendez-vous de juillet') ou la bourgeoisie ('Édouard et Caroline').
De William A. Wellman, on aura un aperçu magistral du tout meilleur d'une œuvre prolifique et inégale ; en priorité, il ne faut à aucun prix manquer Louise Brooks en garçon manqué dans 'Les Mendiants de la vie', la première version de 'Une étoile est née' (avec Janet Gaynor et Fredric March), ni l'extraordinaire western anti-lynchage 'L'Étrange Incident'.
S'il ne faut retenir qu'un nom du genre « yakusa », c'est celui de son maître Kinji Fukasaku, auteur notamment de 'Guerre des gangs à Okinawa' (1971).
Dans le coup de chapeau à Depardieu, ne manquez pas l'étonnant et trop rarement vu 'Dites-lui que je l'aime', deuxième film de Claude Miller, d'après Patricia Highsmith.
Enfin, pour les passionnés de la langue de Prévert qui connaissent déjà par cœur 'Les Enfants du paradis' et 'Le Quai des Brumes', ils doivent absolument se précipiter à 'Lumière d'été' de Jean Grémillon (1943), un très grand film resté longtemps invisible parce que trop abîmé et qui vient d'être restauré. La caméra poétique de Grémillon y filme avec gourmandise une distribution inoubliable (Pierre Brasseur, Madeleine Robinson, Madeleine Renaud, Paul Bernard…).

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