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LES IIFA 2010 Planète Bollywood
Aurélie Mongour pour Evene.fr - Juillet 2010 - Le 21/07/2010
Si la Croisette agite la planète cinéphile aux beaux jours, il est un événement moins connu des Occidentaux mais d'une envergure toute aussi impressionnante, qui passionne l'Asie du Sud chaque année au printemps. Couramment présentés comme les Oscars indiens, les International Indian Film Academy Awards (IIFA awards) sont au cinéma bollywoodien ce que Cannes est au cinéma international, la liesse en plus.
Nés en 2000 d'une volonté de promouvoir les productions d'une industrie florissante, les IIFA installent chaque année leur vitrine itinérante dans une nouvelle ville, prêchant la bonne parole du cinéma bollywoodien hors des frontières indiennes. Qu'il s'invite en Afrique du Sud, en Grande-Bretagne ou en Malaisie, l'événement fait automatiquement décoller les ventes de tickets au guichet des salles et la cote des studios de Bombay dans la population locale. Mais au delà d'une vaste opération de séduction, le festival est aussi une opportunité pour le pays d'accueil de devenir, le temps d'un long week-end, le centre de gravité des attentions de tout un continent. Après Bangkok en 2008 et Macau en 2009, c'est à Colombo, la capitale du Sri Lanka, qu'est revenue la lourde et honorifique charge d'organiser l'événement, devant les caméras des quelque 400 journalistes qui avaient fait le déplacement d'Inde, de Chine, d'Afrique du Sud ou de Russie.
Pas de hasard pour Colombo
Difficile d'échapper, ce mercredi 2 juin à l'arrivée dans Colombo, aux immenses affiches annonçant le festival de cinéma indien. Portraits géants, unes des journaux, les IIFA sont partout et pour cause, l'honneur et les enjeux politiques sont grands pour le Sri Lanka qui reçoit le festival pour sa onzième édition, alors que des rumeurs évoquaient depuis plusieurs mois le possible choix de la Corée. Outre un battage médiatique immanquablement favorable au tourisme (avec 600 millions de téléspectateurs, les IIFA comptent parmi les rendez-vous annuels les plus regardés dans le monde), l'événement est l'occasion de réaffirmer les bonnes relations de l'île d'émeraude avec son voisin indien. Témoin de cette solidarité, les manifestions à but caritatif organisées en marge du festival sont logiquement tournées en 2010 vers l'aide aux populations éprouvées par la guerre. Le traditionnel match de cricket de charité, où s'affrontent amicalement les stars bollywoodiennes, reverse ainsi ses fonds au relogement des réfugiés et à la réinsertion des enfants soldats tamouls. Seule anicroche, et d'importance, une polémique dont les IIFA se seraient bien passés et que l'effort solidaire n'a pas suffi à endiguer. A son origine, le milieu du cinéma tamoul indien qui en appelait, avant le début des festivités, au boycott. Accusant le gouvernement sri-lankais de la mort de milliers de civils dans les attaques de 2009 lancées contre les Tigres Tamouls, ce dernier contestait le choix de Colombo pour la tenue du festival. A quelques jours des réjouissance, difficile de croire la gronde complètement étrangère au désistement des acteurs les plus attendus, parmi lesquels Amitabh Bachchan, le parrain des dernières éditions, sa belle fille Aishwarya Rai et le très populaire Shah Rukh Khan.
Show must go on
Secoués par la polémique mais dédiés avant tout au cinéma, les IIFA ne pouvaient pourtant faillir à leur réputation, d'où, pendant trois jours de festivités, un enchaînement de conférences de presse, de défilés de mode, de soirées et de tapis... verts, équivalent daltonien du tapis rouge traditionnel ainsi rebaptisé en clin d'oeil à l'implication du festival dans la problématique environnementale. Sur ce dernier, du glamour certes mais aussi une décontraction étonnante : des acteurs, des producteurs et des officiels venant en famille, certains avec leurs enfants dans les bras, avant de rejoindre une cérémonie placée sous le signe de la démesure, qui enchaînera plusieurs heures de spectacles et de présentation survoltée. Nettement moins guindés que les Oscars auxquels ils sont souvent comparés, les IIFA s'envisagent plutôt comme un hommage aux films et aux acteurs qu'ils récompensent. Des acteurs qui n'hésitent pas à tomber la tenue de cérémonie dans des intermèdes dansés à des années-lumières des pauses sages de leurs homologues internationaux, alors qu'au parterre, applaudissements nourris, commentaires amusés et acclamations accueillent les prestations des stars qui s'improvisent à tour de rôles maîtres de cérémonie. Et si la caméra chargée de filmer le spectacle balaie bien à l'envi le public d'happy few, on ne la verra pas se repaître, comme ailleurs, de la mine déconfite des infortunés perdants, lui préférant toujours l'euphorie générale. La cérémonie se doit d'être une fête, ne lésinant ni sur les moyens (les IIFA auraient coûté cette année 2,1 milliards de roupies selon le Business Times, 37 millions d'euros environ), ni sur le spectacle (quelque 50 danseurs sur scène).
Baisse des prix
Pour l'observateur habitué des César et autre Goya, la teneur du palmarès des IIFA renferme quelques curiosités. A l'image d'un cinéma de "caractères" (au sens anglais du terme), les récompenses remises lors de la cérémonie de clôture font la part belle aux personnages, et à travers eux aux acteurs. Ainsi, aux côtés des habituelles distinctions de meilleure actrice, meilleur acteur, meilleurs second rôles, en trouve-t-on de plus étonnantes : IIFA de la meilleure incarnation du méchant, IIFA de la meilleure interprétation comique, du meilleur chanteur en play-back ou de la contribution la plus notable apportée au cinéma indien. Sans doute faut-il voir dans la grande place faite au jeu d'acteur et au talent pluridisciplinaire, une bonne indication de l'importance de chaque rôle et des codes qui lui sont associés sur le nuancier du cinéma bollywoodien. Même constat côté technique, la musique et la danse se voient accorder un beau chapelet de trophées avec des prix de la meilleure musique, de la meilleure chanson ou des meilleures paroles. Et jusqu'à un prix étonnant du meilleur re-recording, ce procédé consistant à ré-enregistrer les voix en post-production. Autant de trophées dont les prochaines éditions se déferont peut-être au regard de l'évolution du cinéma made in India. Car, de plus en plus influencé par l'"american way of film", les productions bollywoodiennes font de moins en moins de place aux chorégraphies qui les caractérisent et les distinguent, au risque, pour les IIFA, de bientôt devoir revoir complètement son palmarès ou de solder ses prix.
Succès populaire
Mais pour l'heure, les films de la vieille école refusent de céder la place. Favori de cette onzième édition et énorme succès en salle, le film '3 Idiots' sera finalement le grand gagnant de la cérémonie. Celui qui a écrasé au box-office la très morale fresque 'My name is Khan' (qui ne figurait d'ailleurs pas sur la liste des nominés) rafle huit statuettes dont celles de meilleur film, de meilleure actrice (Karina Kapoor) et de meilleur réalisateur. Sa popularité, ce récit potache des déboires universitaires de trois amis de confessions et de castes différentes, le doit à une recette qui a fait ses preuves : un rythme enfiévré, de la romance, de l'émotion, des chorégraphies survoltées et une critique allusive des dysfonctionnements sociaux, ici ceux de l'accès à l'éducation. Une distinction révélatrice lorsque l'on sait que le sacre de '3 Idiots' est aussi la victoire d'un film respectant les "codes" bollywoodiens sur des oeuvres nettement influencées par le cinéma américain. A l'exception de 'Paa', mélodrame assez classique, les trois autres longs métrages en compétition affichaient nettement une volonté de s'émanciper de l'habituel canevas. Au jeu toujours réducteur des comparaisons, 'Dev.D', comédie romantique sur fond d'addiction aux drogues dures, évoquait le style sous acide d'un 'Las Vegas Parano' ; 'Wanted' et son héros bodybuildé, les blockbusters à la sauce Vin Diesel et 'Kaminey', histoire de mafieux bas du front, l'univers déjanté de Guy Ritchie. Le jury leur aura préféré le plébiscite populaire et le bagout d'une comédie efficace, preuve que la mondialisation culturelle a encore un sérieux garde-fou : le goût du public et la caution des festivals, aussi commerciaux soient-ils.
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