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INTERVIEW D’ARTUS DE PENGUERN Tragi-comique

Propos recueillis par Emilie Vitel pour Evene.fr - Mars 2007 - Le 20/03/2007

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INTERVIEW D’ARTUS DE PENGUERN

Dans ‘L’Homme qui rêvait d’un enfant’, Artus de Penguern incarne Alfred, doux illuminé bien décidé à s’ouvrir au monde. Rencontre avec un artiste aux multiples facettes et à la sensibilité aiguisée.

Ton désinvolte, regard rieur, références singulières... Artus de Penguern, cultive l’humour comme une seconde nature. Dans ‘L’Homme qui rêvait d’un enfant’, la réalisatrice Delphine Gleize lui a concocté un rôle pour lequel regard et attitudes en disent bien plus que les mots. Cet adepte du génie et de l’irrévérence de Charlie Chaplin a donc pu tenter avec grand plaisir l’expérience de cinéma muet... ou presque.

Vous avez joué dans des films aux univers très différents. Comment choisissez-vous vos rôles ?

Alors d’abord, j’attends les propositions ! Ensuite, je choisis en fonction des projets, et j’accepte d’y prendre part si on va s’amuser. Le côté ludique est essentiel dans un film car le cinéma est avant tout un divertissement pour moi. Alors j’évite les propositions trop hermétiques, je préfère les laisser à d’autres qui font ça beaucoup mieux que moi.

Et dans le cas de ‘L’Homme qui rêvait d’un enfant’, qu’est-ce qui vous a incité à accepter d’incarner le personnage d’Alfred ?

A la lecture du scénario, j’ai trouvé qu’il avait quelque chose de très poétique, ce qui est devenu assez rare de nos jours. Et puis la rencontre entre ces deux personnages est exceptionnelle, elle ne pouvait donc aboutir que sur un résultat joli à regarder.
D’autre part, la personnalité de Delphine Gleize n’est pas pour rien dans ma décision. J’ai fait la rencontre d’une jeune femme sensible et intelligente qui a su me convaincre.

Pourtant, on dit que vous n’avez pas lu le scénario avant d’accepter…

Ah si, j’en ai quand même lu la moitié !
Je n’aime pas qu’on me fasse attendre des mois pour me donner une réponse, alors quand j’ai vu que j’étais convaincu par la première partie du scénario, j’ai décidé de dire oui. Et puis je me suis dit qu’à moins d’un accident dans la seconde partie, j’irai jusqu’au bout. Et je n’ai pas été déçu. D’ailleurs, il n’y avait pas de raison…

Comment Delphine Gleize s’y prend-elle pour faire entrer ses acteurs dans son univers à la fois onirique et inquiétant ?

Elle emploie pour cela la seule méthode qui à mon avis fonctionne au cinéma, même si certains en utilisent d’autres : la douceur. Et l’intelligence aussi. Elle prend le temps de nous accorder toute l’attention nécessaire. Et puis elle ne nous emmène pas sur la lune quand même !

’L’Homme qui rêvait d’un enfant’ est un film à la fois drôle, émouvant, poétique, mais parfois aussi effrayant. Comment le définiriez-vous ?

Alors en fait, je ne le définirais pas. Je préfère me contenter d’incarner. Mais je peux dire qu’il reflète l’existence, c’est donc normal qu’il présente à la fois du positif et du négatif, ce qui est merveilleux et ce qui est tragique. C’est en ceci qu’il s’agit d’un film complet… un peu comme la fameuse crêpe jambon, oeuf, fromage !

Que pensez-vous de la relation qui unit Alfred et Jules ?

Le thème essentiel du film est la reproduction. Ou la naissance, pour donner un côté un peu moins animal. Enfin cet événement qui fait que quelqu’un que vous ne connaissez pas débarque dans votre vie et que vous devez désormais composer avec lui, lui donner toutes les possibilités d’évoluer, de s’épanouir. Et ‘L’Homme qui rêvait d’un enfant’ aborde les conséquences de cette expérience.

Quelle est selon vous la morale de l’histoire ?

Je ne sais pas s’il y a une morale. Personnellement, je n’en tirerai pas. Un film se consomme comme un bon plat, et chacun en tire ce qu’il veut. Surtout quand il s’agit d’un film aussi poétique. Cette façon de voir laisse plus de portes ouvertes.

Quel genre de partenaire a été pour vous Darry Cowl ?

Absolument délicieux ! Il a un côté acteur de films burlesques typique du cinéma muet des années 1940, à la Buster Keaton. Et comme je suis très client de ce genre, j’ai été très heureux de constater ça chez lui. Entre nous ça a collé tout de suite, nous n’avons pas rencontré le problème de vivre sur deux planètes différentes. Je n’ai pas été étonné de le trouver formidable dans un rôle dramatique, d’ailleurs c’est dommage qu’il n’ait pas eu l’occasion d‘exploiter plus souvent cet aspect de son talent, surtout ces dernières années, parce que je pense qu’il aurait pu apporter un plus à de nombreux projets.

Il y a du mime dans votre jeu…

Oui. Je suis très client de Charlie Chaplin depuis toujours, ses films sont d’ailleurs les premiers que j’ai vus, et son jeu m’a toujours frappé. C’est un cinéma qui en dit très long avec très peu de moyens. Je pense que c’est lui qui a inventé la tragicomédie au cinéma… C’est une sorte de totem pour moi !

Et que cela apporte-t-il selon vous que les deux personnages principaux soient muets, ou aient en tout cas un rapport problématique à la parole ?

Le dialogue a souvent le tort d’expliquer, de surligner l’action dans une seule direction.
Dans ce film, nous n’avions pas le droit au dialogue, il fallait donc réussir à faire passer les sentiments uniquement par le regard, les attitudes. C’est un travail très créatif. On dit souvent que pour savoir si un film est compréhensible, il faut le visionner sans le son. Eh bien là, nous l’avons carrément diffusé sans le son !

Cinéma, théâtre, one-man show… Vos compétences artistiques sont variées. Avez-vous un domaine de prédilection ?

Non. Cette vie me va très bien. J’aime taper dans tous les genres, sinon c’est forcément moins rigolo, on risque d’avoir l’impression de s’enfermer dans quelque chose. Je trouve que l’écriture est ce qui reste le plus pénible, le plus difficile. Mais la scène, le cinéma, l’écriture... Un cocktail finement dosé qui comprend un peu de tout me convient parfaitement. C’est très excitant de raconter des histoires avec des moyens différents, et c’est aussi un défi. Pour moi, l’essentiel reste toujours le divertissement.

Finalement, votre truc à vous c’est d’interpeller les gens, et surtout de les faire rire…

Oui, c’est très important. Par exemple, j’ai beaucoup de mal avec les films où l’on ne rit pas. Les Anglo-Saxons sont très forts pour ça, ils nous racontent des choses tragiques, mais il y a toujours un moment où l’on est mort de rire !

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos projets à venir ?

J’ai actuellement deux projets. Je vais attaquer le tournage du prochain film d’Etienne Chatiliez, ‘Agathe Cléry’, qui débute au mois de juillet. Pour l’occasion, je serai le camarade de jeu de Valérie Lemercier. Et puis je prépare mon prochain film, ‘La Clinique de l’amour’. On peut le qualifier de “comédie débridée”. Et je l’interpréterai avec Gérard Lanvin… et d’autres, qui ne se sont pas encore dévoilés pour l’instant !

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