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INTERVIEW DE CATE BLANCHETT Chronique d’une actrice
Propos recueillis par Marion Haudebourg pour Evene.fr - Février 2007 - Le 23/02/2007
Avec sa pluie de nominations, difficile de passer à côté de ‘Chronique d’un scandale’. Un face-à-face tendu pour un duo d’actrices impeccable, il n’en faut pas plus pour titiller le sens de l’aventure de la rédaction d’Evene et aller retrouver Cate Blanchett à Berlin. Rencontre avec une comédienne en état de grâce.
Disponible, sympathique, détendue... Les mots ne manquent pas pour décrire l’actrice lors de cette rencontre avec une poignée de journalistes européens. Près d’une demi-heure durant, elle évoque avec nous ce dernier film, mais aussi son métier et ses projets plus personnels avec beaucoup humour et une grande simplicité avant d’aller fouler le tapis rouge du palais des Festivals de Berlin, sous la pluie mais toujours avec cette élégance rare. Tout ça valait bien deux nuits en train-couchettes.
Ce film est avant tout un film d’actrices. C’est aussi votre opinion ?
C’est sûr que les deux personnages sont extraordinaires. J’avais d’abord lu le roman et trouvé l’histoire géniale. Souvent, quand il y a deux personnages féminins si forts, l’histoire passe au second plan. Le fait d’être des femmes intéressantes est considéré comme suffisant pour les porter sur un écran alors que ce n’est pas tellement le cas pour les hommes. Ils ont tendance à avoir des très bons personnages et des bonnes histoires. Je pense que ce film est l’un de ces grands films qui allient les deux. C’est surtout une très bonne histoire.
Etes-vous en train de dire que vous avez du mal à trouver des rôles intéressants ?
Je sais ! Pauvre de moi ! (rires)
Comment voyez-vous votre nomination aux Oscars ?
Recevoir un oscar ne change pas quelqu’un. Si c’est le cas, il faut consulter immédiatement ! J’en ai gagné un, et je ne pensais pas que je le méritais plus que quelqu’un d’autre. Cette année, il y a eu tellement de belles prestations délivrées par des femmes, vraiment, ça a été une grande année. Etre nommée en compagnie de ces femmes-là me rend particulièrement fière. Mais tout ça reste arbitraire.
Comment s’est passée la collaboration avec Judi Dench ?
Elle est brillante, elle est sublime. Elle est tellement généreuse et vraiment drôle. Et elle met ses partenaires très à l’aise. Ses incroyables facilités techniques et l’intimité qu’elle crée avec la caméra et les acteurs... C’est tellement facile de travailler avec elle.
Comprenez-vous votre personnage, Sheba ?
Pour Sheba, la tâche la plus difficile a été de la libérer de mon jugement, la laisser respirer et la laisser agir. J’ai senti à quel point elle se sentait seule et isolée, et le désespoir dans lequel elle se trouve. Au départ, elle est proche de l’état dans lequel se trouve Barbara, mais elle l’exprime de façon très différente. Je pense qu’il faut adopter l’attitude de l’analyste impartial : ne pas juger les personnages et les laisser parler par eux-mêmes. Et quand on a un bon scénario comme celui-ci, ça aide.
Il y a beaucoup de tension entre vos deux personnages. La tension était-elle aussi palpable sur le plateau ?
Ca dépendait des scènes. Quand on a tourné la scène où l’on se bat, il y avait un niveau de tension sur le plateau. Pas de l’anxiété mais il faut garder les choses à un certain niveau, vous ne pouvez pas décompresser parce qu’après, il faut y retourner et être au même niveau de tension. On ne se relaxe pas totalement. A la fin de cette journée, on a fêté ça en buvant du champagne et en pensant ne jamais avoir à refaire cette scène, et environ une semaine plus tard, on nous a dit qu’il fallait rajouter quelques répliques.
Quelle a été la séquence la plus difficile à tourner ?
J’ai trouvé la scène d’amour avec Steven Connelly sûrement la plus difficile à affronter. La première fois qu’on a enlevé nos vêtements, je pensais que je m’inquiétais pour son bien-être : je parlais à son père, au réalisateur, etc. Et je suis arrivée sur le plateau, et j’ai réalisé que j’étais très gênée. Et heureusement que la lumière était basse parce que je rougissais des oreilles jusqu’au bout des orteils !
Le film reste très respectueux, il n’y pas de nudité par exemple.
Je pense que c’était une sage décision pour le film parce que le but n’est pas de traiter seulement de cette relation-là. C’est un catalyseur, c’est le secret qui pousse Sheba dans les bras de Barbara. Le sujet était plus la raison qui pousse Sheba à le faire plutôt que la relation en elle-même. En allant trop loin dans la relation charnelle, on risquait de déséquilibrer le film, parce que le sujet était déjà lui-même très puissant. Il fallait être très prudent sur la façon de le révéler.
Sheba se dit amoureuse de ce jeune garçon de 15 ans. Comment voyez-vous cette relation ?
Sheba se justifie en disant qu’il est assez mature pour son âge, mais il n’y a pas de justification. Qu’il ait 14, 15 ou 16 ans, je trouverais ça tout aussi fou. Beaucoup de gens tombent amoureux - pas moi, je suis dans une relation très saine, merci ! - de gens qui les entraînent dans des relations destructrices. J’aime beaucoup que le film n’essaie pas de manière cheap et simpliste de justifier ce qu’elle fait. Elle dit juste qu’elle l’aime. Et que peut-on répondre à ça ? Je suis sûre que c’est vrai, mais cela dépend de ce que l’on considère être de l’amour. Souvent les gens tombent amoureux pour des raisons personnelles plus que pour l’autre.
Vous avez aussi tourné dans ‘Babel’ cette année, avec Brad Pitt. Il dit que la connexion entre les acteurs en dehors de l’écran est importante, qu’en pensez-vous ?
Je pense que ça dépend des rôles. C’était très bien que Judi et moi nous entendions bien, en considérant le temps que nous passons ensemble à l’écran, mais ça n’aide pas forcément. J’ai eu de la chance, j’ai eu peu - sinon aucune - mauvaise expérience avec un acteur qui serait comme un mur de briques face à vous. Mais on entend des choses sur des acteurs avec qui il n’est pas agréable de travailler, qui ne sont pas là pour donner la réplique lors des prises en gros plan par exemple. Et c’est là qu’il faut vraiment se baser sur sa technique parce qu’au final, c’est votre responsabilité de délivrer une bonne performance.
Vous êtes toutes les deux des gens de théâtre...
Je sais, c’est une maladie ! (rires) Mais c’est une bonne maladie, je pense. Le théâtre donne un sentiment de longévité à une carrière. L’industrie du film peut se prendre terriblement au sérieux et il y a une sorte de “polissonnerie” à jouer au théâtre. Et puis ça donne des facilités techniques qui aident quand on joue dans un film.
Pouvez-vous nous parler des deux ou trois années que vous allez passer à travailler au théâtre de Sydney ?
Mon mari et moi avons été désignés codirecteurs artistiques de la Sydney Theatre Company et on programmera notre première saison en 2009. Mais on ne peut rien accomplir avec une compagnie en trois ans. J’espère que ce sera un engagement bien plus long que ça. Comme d’autres directeurs artistiques qui gèrent des compagnies, ce sont des artistes et non des bureaucrates. Ils peuvent continuer leur travail personnel et je trouve que c’est très important.
Doit-on s’attendre à moins vous voir au cinéma ?
J’espère que je ferai des films, tant qu’on me le demande. C’est un gros engagement, une énorme responsabilité. La compagnie gère quatre théâtres et il y a aussi un énorme programme d’éducation. Mais nous sommes deux, et nous faisons ça en équipe. Mon mari va avoir besoin de temps pour écrire et moi du temps pour faire des films.
Vous mettez en scène au théâtre, voudriez-vous mettre en scène également au cinéma ?
Je n’ai pas de telles ambitions. Je fais mon travail de mon côté de la caméra, mais je ne pense pas être très douée dans une salle de montage. Je suis une bonne collaboratrice, j’aime travailler avec les réalisateurs mais je ne pense pas avoir quelque chose de plus à apporter. Je ne sais toujours rien à propos des lentilles ! Et pourtant je devrais depuis le temps ! Mais je pense que ça pourrait dépendre du sujet. Encore une fois, vous m’auriez dit il y a cinq ans que je gérerai la Sydney Theatre Company avec mon mari, j’aurais dit “Quoi ?!” C’est un peu ce que je viens de vous répondre pour la réalisation au cinéma, mais qui sait ce que je ferai dans trois ans ?
Comment avez-vous appris à mettre en scène au théâtre ?
Je suis toujours en train d’apprendre. Je n’oserais même pas me qualifier de metteur en scène. Je suis venue à la compagnie en tant qu’actrice avant tout. Je pense que j’ai une activité globale quand je travaille, je ne vois pas tout à travers le prisme de mon personnage. Je comprends bien l’espace, et je pense que je sais laisser les acteurs travailler, avancer. Je sais être patiente parce que j’ai été de ce côté-là moi aussi. Je pense que tout se fait dans le casting.
Avec quels réalisateurs avez-vous le plus apprécié de travailler dans les termes que vous venez de décrire ?
Oh là là ! Sam Raimi, Ron Howard, Alejandro Gonzalez Inarritu, Steven Soderbergh - j’ai adoré travailler avec Soderbergh - et Scorsese bien sûr !
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