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INTERVIEW DE CHRISTOPHER SMITH ET DANNY DYER Promenons-nous dans les bois...
Propos recueillis par Marion Haudebourg et Fanny Dutriez pour Evene.fr - Octobre 2006 - Le 17/10/2006
Tremblez spectateurs, ‘Severance’ arrive sur nos écrans. Véritable concentré d’horreur et d’humour, ce film de Christopher Smith promet d’être un beau petit succès auprès des amateurs du genre. Evene l’a rencontré en compagnie de Danny Dyer alias Steve, pour un entretien rythmé par l’humour sanglant de ce duo plus que séduisant.
C’est dans le fumoir de l’hôtel Costes que nous rejoignons Christopher Smith et Danny Dyer. Exit terrifiante forêt et sang à profusion, c’est un verre à la main confortablement assis dans des fauteuils en velours que les deux hommes se prêtent au jeu de nos questions.
Pour commencer, pouvez-vous présenter le film à nos lecteurs ?
Christopher Smith : ‘Severance’ est une comédie d’horreur sur un groupe de fabricants d’armes qui traverse l’Europe de l’Est pour participer à des conférences. Leur patron les invite à un week-end pour resserrer les liens du groupe dans une auberge de luxe. Sauf qu’ils n’arrivent pas dans la bonne auberge et se font attaquer par des terroristes et se font sauvagement tuer. C’est une comédie, c’est très drôle. La plupart des films de ce genre sont des comédies avec un peu d’horreur ou des films d’horreur avec un peu de comédie. Nous avons voulu nous positionner entre ces deux genres.
Comment vous est venue l’idée de ce week-end de séminaire ?
CS : L’idée est venue du scénariste James Moran qui était dans le métro londonien. Il y avait des yuppies qui faisaient du bruit. Ils parlaient et riaient très fort. Et James ne pouvait pas être plus différent que ces types-là. Il est rentré chez lui avec l’envie de les tuer et ça a été son point de départ. Il a commencé à écrire et lui est venue l’idée des séminaires. Il est très fan de ‘Delivrance’ et des survival movies. Et il s’est dit qu’il n’y avait pas meilleur exercice pour travailler en équipe que de se faire attaquer. C’est un scénariste qui a beaucoup d’humour.
Avez-vous vous-même organisé un week-end paint-ball pour créer un esprit d’équipe sur le film ?
CS : Danny pourra vous le dire, on ne voulait pas lui donner une arme de paint-ball. Il aurait été trop vicieux avec un tel engin entre les mains. Si vous donnez des armes comme ça à des acteurs, ils se transforment tout de suite en un groupe de gamins.
Danny Dyer : Forcément ! Que faire d’autre avec un tel engin dans les mains ? Tu commences à tirer c’est normal !
CS : Donc non, on n’a pas fait de paint-ball... Ce qu’on a fait, c’est qu’on a planifié le tournage de sorte que les scènes drôles soient tournées en premier. Donc, on a commencé par la comédie pour que tout le monde fasse connaissance et s’amuse. Et il n’y a pas mieux pour créer un groupe que de mettre des acteurs dans un car pendant 3 jours !
DD : Et puis on était logé dans un hôtel au milieu de nulle part, une sorte de château rose. Je n’avais jamais vu un truc pareil ! Il n’y avait rien d’autre, c’était le seul endroit où l’on pouvait manger tous les soirs. C’est un peu déprimant, mais ça crée des liens. Et une fois qu’on a terminé les trucs drôles, on avait vraiment envie de passer à la noirceur. J’en avais marre de faire le marrant, d’être sympa et propre. Je voulais du sang sur moi, perdre ma dent, n’avoir plus qu’un oeil...
Pensez-vous qu’il est encore possible aujourd’hui de faire un pur film d’horreur ?
CS : Je me pose effectivement la question. Comment faire quelque chose de si direct maintenant que j’ai fait quelque chose de si drôle. Mon prochain film est un film d’horreur psychologique. Je suis en train de l’écrire et je trouve ça vraiment difficile. J’ai toujours envie de dériver et d’inclure des éléments de comédie. Mais je ne peux pas. Je veux faire quelque chose de plus lent et plus subtil. C’est comme les groupes qui en sont à leur troisième album. Est-ce que tu fais l’album ‘War’ de U2 ou le 3e album d’Oasis ? Je pense que la clé est là pour moi maintenant. Je veux faire un autre film d’horreur, parce que je pense que le genre est très intéressant. ‘Severance’ me plaît parce qu’il utilise tous les trucs gore que j’aime. Donc la seule façon de surpasser ça, c’est de ne pas les répéter.
Est-ce difficile, à votre avis, d’être surprenant dans un film d’horreur ?
CS : Il a fallu être très honnête. Souvent en regardant les prises, je trouvais ça bon, mais il fallait que ce soit encore mieux. Il fallait repousser les limites. Sur mon premier film, une fois terminé, j’ai su en le regardant que j’aurais pu faire mieux. Celui-ci, j’arrive encore à l’apprécier. Et c’est parce que les situations sont poussées à l’extrême.
Qu’est-ce qui est le plus important, l’humour ou l’horreur ?
CS : Je savais que je pouvais faire de l’horreur puisque j’en avais déjà fait. Ce qui était important c’était d’arriver à un résultat qui me plaise. La question n’était pas de savoir lequel des deux était le plus important parce que je savais que je serais jugé plus durement sur l’horreur que sur la comédie. Mais je pensais que je pouvais faire fonctionner la comédie. J’entretiens une obsession sur Woody Allen depuis des années. Et à force de voir comment il fait, j’ai pensé que je pouvais le faire. Le scénario était drôle, donc si les acteurs suivaient, ça devait fonctionner. Mais le public de films d’horreur est très exigeant, très critique. Donc j’ai essayé de faire un film équilibré entre les deux.
Vous êtes-vous inspiré d’un film en particulier ?
CS : Bizarrement, le film est plein de références, mais souvent il ne s’agit pas de films d’horreur. J’aime le cinéma, point final. Pas seulement les films d’horreur. Je voulais qu’il ressemble autant à ‘Massacre à la tronçonneuse’ qu’à un Woody Allen, ou un épisode de ‘The Office’.
Vous avez recréé l’auberge en studio ou en avez-vous trouvé une sur place ?
CS : On a tourné la moitié du film en Hongrie et l’autre moitié sur l’île de Man, pour des raisons financières. Et ce qui paraissait logique, c’était de tourner les intérieurs sur l’île de Man et la forêt en Hongrie. Mais je n’aime pas les films où l’on voit que c’est un décor. Je voulais une auberge de laquelle on pouvait voir Danny sortir en courant. Donc on a trouvé cette vieille auberge. La seule séquence qui n’est pas dans l’auberge, c’est l’étage où il y a la scène du rêve et quelques autres. Le reste, tout était en Hongrie. Et pour la forêt inquiétante, on pensait la trouver en Europe de l’Est. Mais là-bas, elles étaient magnifiques et pas du tout effrayantes ! Alors que sur l’île de Man, c’était d’horribles... non pas horribles, c’est une île très mignonne, s’il vous plaît, financez mon prochain film ! Mais sur l’île de Man, c’était plus inquiétant. (Ils éclatent de rire)
Avez-vous réuni facilement le casting dont vous rêviez ?
CS : Pas si facilement que ça, non. Pour Danny, les financiers ne le trouvaient pas drôle. Et s’il y a une chose qu’on ne peut pas dire sur Danny Dyer, c’est qu’il n’est pas drôle. Si vous jouez un personnage horrible, comme Danny dans ‘Football Factory’, on ne l’imagine pas aider une vieille dame à traverser. Il le joue horrible, mais il est sympa. Et c’est ce dont j’avais besoin pour le personnage central. A la place de Danny, ils voulaient un inconnu. D’habitude, c’est le contraire.
DD : Ils ne m’aimaient pas les cons ! Mais j’aime ça, ça me donne une conduite. Et finalement ils ont été convaincus.
CS : La personne qui ne voulait pas de Danny m’a appelé dès qu’il a vu les rushes pour me dire qu’il s’était trompé.
DD : Et maintenant, on est les meilleurs potes ! (il rit)
CS : Sept acteurs c’était un grand pas pour moi. S’imposer face à quelqu’un, quand on sait qu’on ne peut pas jouer la comédie et que lui le peut, c’est comme être un entraîneur de foot qui ne sait pas jouer au foot. Un acteur vous fera confiance s’il sait que vous savez ce que vous faites et que vous êtes passionné.
DD : Monsieur Smith, c’est un directeur d’acteurs. D’habitude, le réalisateur commence à s’enthousiasmer quand il y a du sang. Dans les films d’horreur habituels, on se fout éperdument des personnages. Parce qu’on sait qu’ils vont mourir et c’est même pour ça qu’on va voir des films d’horreur. On veut aller vite avec l’histoire s’il y en a une et que le monstre arrive tout de suite. Et là c’est le contraire. On s’intéresse aux personnages. On se pose des questions à leur sujet, on s’y attache. Et c’est là qu’ils se font tuer. Ca donne plus de punch. Quand un personnage meurt, c’est d’autant plus marquant. Et on ne sait pas qui sera le prochain. Il n’y a plus de repères. Christopher s’est attaché à tous ses personnages pour savoir ce qu’il pouvait en tirer. On ne voulait pas être dans l’évidence ou le cliché. C’était difficile, il était toujours sur notre dos.
CS : C’est vrai, la scène où il dit qu’il a laissé le pied dans le frigo, je ne trouvais pas de façon de le dire. Danny l’a eu, dès la deuxième prise, mais il nous en a fallu dix autres pour le réaliser. Je voulais tellement que ce soit encore mieux. Comme il dit, je suis un directeur d’acteurs parce que je suis fan des acteurs, je les adore. Si j’ai fait ce film comme ça, c’est aussi pour montrer au monde ce que je pourrai faire quand j’en aurai fini avec l’horreur. C’est-à-dire des comédies ou des drames basés sur des personnages, avec des acteurs qui jouent.
Pour finir, quels sont votre film d’horreur et votre comédie préférés ?
CS : Pour les films d’horreur, j’en donnerais trois. Je dirais ‘Alien’ (le premier), ‘Massacre à la tronçonneuse’ et ‘L’Exorciste’. Pour les comédies, j’adore les Woody Allen des années quatre-vingt : d’‘Annie Hall’ à ‘Maris et femmes’. Pas ses premières comédies, ni les dernières. J’aime celles où il est sérieux, où il construit un drame sur ses personnages et là, vous fait rire. C’est le génie de Woody Allen. Faire des films où les gens pleurent et retourner le film pour faire rire. C’est ce que j’ai essayé de faire, je pense que Woody Allen est la plus grande influence de ce film.
DD : Pour l’horreur, je dirais ‘Evil Dead’. Pour la comédie ‘Dumb & Dumber’ (Christopher Smith éclate de rire). J’adore, c’est tellement stupide. Et surtout j’adore Jim Carrey.
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