-
Comédie dramatique
The Paperboy
-
Documentaire
Woody Allen : a documentary
-
Film dramatique
Cosmopolis
INTERVIEW DE CORNELIU PORUMBOIU Les histoires dans l’Histoire
Propos recueillis par Guillaume Monier et traduits du roumain par Dora Voicila pour Evene.fr - Décembre 2006 - Le 14/12/2006
Après la réalisation de 3 courts métrages, Corneliu Porumboiu débarque sur les écrans français avec ‘12h08 à l’est de Bucarest’, un film plein de poésie, d’humour parfois, de tendresse souvent et revient sur une période sensible de l’histoire roumaine.
Pourquoi un tel film, 16 ans après la révolution ? En ce début d’année 2007, la Roumanie - avec la Bulgarie - fait son entrée dans l’Union européenne. Pays méconnu, cette nation fait souvent figure de parent pauvre du Vieux Continent. C’est ce que viennent démentir ici Corneliu Porumboiu et son ‘12:08 à l’est de Bucarest’ ; le jeune réalisateur nous livre ici un film extrêmement intéressant et attachant. Il propose au téléspectateur sa vision sur ce qu’a pu laisser comme empreinte la révolution de décembre 1989 sur le peuple roumain. Rencontre à l’hôtel Alesia avec le réalisateur roumain, accompagné d’une interprète qui sut pallier le français (pourtant très correct !) du jeune cinéaste.
L’historien français Marc Bloch pensait que la non-compréhension du présent provenait d’une mauvaise connaissance du passé… Est-ce pour éclairer la situation d’aujourd’hui que vous vous attachez à présenter les événements d’hier ?
C’est tout à fait vrai, cela fait partie du message que j'ai essayé de faire passer à travers ce film.
Au vu du sujet, nous pourrions croire qu’il s’agit d’un film historique, qu’en est-il ?
Il y a effectivement, à un certain niveau, une dimension historique incontestable mais ce n'est pas un film historique à proprement parler, il est difficile de le placer dans cette catégorie.
Pourquoi cet intérêt pour cette période ? Dans le film, nous avons l'impression que les gens ne font pas grand cas de ce qui s'était passé en 1989...
Il y a pourtant une préoccupation indéniable autour de cette révolution : celle-ci a eu lieu en décembre (les 22 et 23) et chaque année à l'approche de Noël, on se replonge dans notre passé, on se remémore ces événements. Car même actuellement, on ne sait pas exactement ce qui s'est véritablement passé pendant la révolution... Enfin, à cette période.
C'est justement la question centrale posée lors du talk-show télévisé et par là même le filigrane de votre film : y a-t-il eu révolution ou non ?
Je pense effectivement qu'il y a eu ce mouvement populaire, mais là encore ça dépend de chacun des individus, de chaque point de vue. En ce qui me concerne, il y a eu indéniablement une révolution en Roumanie.
Comment avez-vous vécu personnellement la chute de Ceausescu et l’effondrement de ce régime autoritaire ?
C'était exactement comme à la fin du film, quand le cameraman - qui est aussi la voix off - raconte que “tout était beau, tout était calme...” Ce sont mes souvenirs de la révolution en fait. Le dernier plan montre de la neige, cela essaie de traduire mon sentiment de l'époque, quelque chose de calme, de poétique, de romantique.
Vous qualifiez le cameraman qui filme le débat télévisé comme une sorte d’homonyme à l'écran, est-ce que les autres personnages ont également quelque chose de biographique ? Serait-ce des gens que vous connaissez ?
La typologie des trois personnages qui sont présents pendant l'émission de télévision est la représentation exacte des trois personnages que j'ai vus dans l'émission qui m'a inspiré ce scénario. C'est à partir de cela que je les ai construits dans mon film : le professeur, le directeur de la chaîne de télévision et le père Noël Piscoci. Et le cameraman, c'est bien moi !
De tous les personnages du film, y en a-t-il un qui vous a plus touché qu’un autre ?
Oui et non. A chaque film, quand je définis les personnages, j'y mets un peu du mien dans chacun ; donc, tous les personnages me sont proches, c'est une espèce de combinaison entre moi-même et les personnes telles que je les ai vues lors du débat télévisé.
Pourquoi avez-vous désiré intégrer le personnage d’un commerçant chinois, victime de racisme et d'ostracisme de la part de ses concitoyens ?
J'avais avant tout besoin d'un personnage qui puisse incarner le changement de ce monde. De la même manière, il y a une séquence du film où l'on peut apercevoir une voiture étrangère... Ce sont des éléments qui montrent que le monde est en train de changer autour des protagonistes du film, même si les principaux concernés ne s'en rendent pas toujours compte. D'où le commerçant chinois et la voiture étrangère.
Dans cette société nouvelle, vous présentez deux types de comportements : ceux qui arrivent à s'intégrer et ceux qui sont restés nostalgiques d'une époque aujourd'hui révolue, à l’instar de ce qui peut se passer en Russie par exemple.
Oui, il y a des nostalgiques, il y en a encore qui ne se sont pas adaptés. Si l’on met de côté l’attachement - ou le refus - du régime étatique, durant cette période, ils ont vécu, ils ont aimé, ils ont construit une vie et une famille ; c'est quelque chose qui a fonctionné pour eux, mais c'est moins une nostalgie politique qu'une nostalgie de leur jeunesse, du passé en général. En Roumanie, il peut y avoir un certain passéisme politique, mais c'est quelque chose de négligeable. On ne pourrait pas définir, ni un parti, ni un mouvement, ni rien qui puisse concrétiser cela.
Le parti pris de présenter des intervenants téléphoniques vous a laissé une grande liberté de ton...
C'est exactement le thème du film : DES opinions diverses. C'est exactement comme ça que j'avais ressenti les choses dans la vraie émission.
Ce film a-t-il été difficile à réaliser dans le contexte politique ? Vous parlez pourtant d'une période qui peut encore heurter les sensibilités.
Non, je n'ai pas pensé à ça en réalisant ce film.
L’histoire aurait pu être pesante, mais on se surprend souvent à rire face à l’absurdité de certaines situations et face au comique des personnages, sortes de héros maudits. Est-ce une volonté délibérée de faire de l’humour un fil conducteur du film ?
C’est ma manière à moi de voir le monde et c’est un humour presque involontaire. Je n’avais pas l’intention au début d’en faire une comédie : c’est ma façon de voir les choses, c’est un humour personnel. Je pense que j’ai un peu d’humour ! (rires)
La révolution roumaine est une révolution médiatisée. Est-ce pour cela que vous avez pris comme axe central une certaine satire de la télévision ?
Ce n’est pas vraiment pour dénoncer mais plus pour exprimer la réalité de ce qui s’est passé car la plupart des personnes ont vu la révolution à la télévision. Et pour la plupart des personnages, cette révolution est une fiction médiatique et l’ironie est que justement ils vont se retrouver dans une émission de télé pour raconter cette fiction médiatique comme s’ils l’avaient vécue. C’est un axe intéressant - la satire -, mais je n’ai pas voulu aller au-delà de cela dans la dénonciation.
’12:08’ peut-il faire oeuvre politique grâce à cette diatribe ?
Cela ne m’a pas intéressé de faire un film politique, ce qui m’a séduit est surtout d’avoir pu faire le récit de petites histoires, du chemin de mes personnages, leur destin à chacun. C’est ce qui m’a captivé avant tout : assembler toutes ces voix, chacune avec sa vérité, des voix qui par ailleurs ne concordent pas toujours, ce qui crée un petit chaos.
Vous avez précédemment abordé dans un court métrage la question de l’avortement sous Ceausescu, vous considérez-vous comme un réalisateur engagé ?
En tant que Roumains, nous n’avons pas résolu le problème du passé ; tout ce qui se passe aujourd’hui dans la société est une conséquence d’hier. Et l’on n’est pas encore sorti de cette position, malheureusement. Je ne suis pas à proprement parler engagé : pas de façon classique ni politique tout du moins. On pourrait dire que je m’investis d’un point de vue social, cela m’intéresse terriblement : faire des films sur des personnages communs, ordinaires, dans un monde commun, ordinaire.
De très nombreux prix saluent votre travail (notamment la Caméra d’or du Festival de Cannes) ; après le salut des professionnels, quel accueil du public attendez-vous, du public roumain d’une part, du public étranger d’autre part ?
Ce film a déjà été diffusé en Roumanie où il a reçu un très bon accueil - même s’il a fini son cycle de diffusion dans les cinémas. Et apparemment un très bon accueil a l’étranger lui est réservé. Les prix aident mais ne sont pas une finalité en soi ; ce qui m’intéresse le plus est bien sûr la reconnaissance des spectateurs. Les prix ne sont pas vraiment importants.
Vous dites avoir écrit le scénario de ce film comme une sorte de “thérapie” car vous étiez bloqué sur une autre idée. L’exutoire étant terminé, pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce premier projet ?
J’ai recommencé à zéro, pour la troisième fois ; je ne sais pas si je vais jamais finir ce film !! (rires) J’ai également un autre projet en cours….
Un petit peu plus…?
Ce sera encore un film très réaliste, une histoire racontée à la première personne.
Sur la Roumanie toujours ?
Oui. (sourire)
vos commentaires
Pour aller plus loin
Articles & dossiers associés
-
5 BONNES RAISONS D'ALLER A BUCAREST
Masque de joieMembre de l'Union européenne depuis le 1er janvier 2007, elle reste pourtant une mystérieuse étrangère. Capitale aux charmes subtils, Bucarest s'ouvre aux regards et se veut nouvelle...
Plus sur 5 BONNES RAISONS D'ALLER A BUCAREST
-
RETROSPECTIVE 2007
D'une année à l'autreDu Fouquet's au jardin des Tuileries en passant par Eurodisney, année présidentielle oblige, l'attention était sans doute ailleurs. Pourtant, toute l'année, Evene s'est efforcé de vous...
Plus sur RETROSPECTIVE 2007
-
62e FESTIVAL DE CANNES
Suivez le guide1.670 films visionnés venus de 120 pays pour garder seulement 52 longs métrages représentant 32 pays sur la Croisette. Evene vous aide à vous y retrouver dans ce foisonnement cinéphile en...
Plus sur 62e FESTIVAL DE CANNES
-
INTERVIEW DU COLLECTIF DES 'CONTES DE L'ÂGE D'OR'
La chute de l'empire roumainLoin des charniers de Timisoara et des dernières images de Ceausescu, 'Contes de l'âge d'or' remet la dérision et la débrouille dans le contexte de la fin de la dictature en Roumanie. Une...
Plus sur INTERVIEW DU COLLECTIF DES 'CONTES DE L'ÂGE D'OR'
Les films associés
Comédie dramatique
12 h 08 à l'est de Bucarest
de Corneliu Porumboiu
Une petite ville de province roumaine s'apprête à fêter Noël seize ans après la révolution. C'est la période que Virgile Jederescu, patron de la télévision locale, choisit pour confronter...
- Plus sur 12 h 08 à l'est de Bucarest
Film dramatique
Policier, adjectif
de Corneliu Porumboiu
Cristi est un policier qui refuse d'arrêter un jeune qui offre du hachisch à deux camarades de lycée. L'offrir est puni par la loi. Cristi pense que la loi va changer et il ne veut pas...
- Plus sur Policier, adjectif
Les événements associés
Festivals
Festival international du film d'Arras
En 2009, le Festival international du film d'Arras célèbre encore et toujours un "autre cinéma" et propose une compétition européenne soumise au regard du jury présidé par Philippe Lioret,...
Plus sur Festival international du film d'Arras Réservez vos places sur fnac.com
Festivals
Le Latina fait son (F)Estival
Le cinéma des pays latins, Le Latina fait son festival du 2 juillet au 26 août et propose à cette occasion une rétrospective de soixante films des années 50 à nos jours. Un programme riche...
Plus sur Le Latina fait son (F)Estival Réservez vos places sur fnac.com
Festivals
Festival international du cinéma d'auteur de Rabat
Ce rendez-vous international dans la capitale du Maroc pour proposer aux publics marocains des films d’auteurs n'ayant que peu l'occasion d'être diffusé en salle obscure. Le festival a pour...
Plus sur Festival international du cinéma d'auteur de Rabat Réservez vos places sur fnac.comLes stars & célébrités associées
-
Corneliu Porumboiu
Cinéaste roumainAvec humour et sensibilité, Corneliu Porumboiu écrit, réalise et produit des films qui s'inspirent de la réalité pour mieux la comprendre. Enfant de la révolution roumaine de 1989, Corneliu...
- Plus sur Corneliu Porumboiu
fil culture
-
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Gérard Jugnot sur les planches -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Europacorp mise sur la comédie -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Troisième film pour Claudel -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Étonnants Voyageurs : 60 000...
nouveautés
les Avis des membres
-
18/05/2012 12h14 presque nul...
Voir tous les avis
VOUS AIMEZ
-
Film Policier - Thriller
01.Sans issue
-
Films divers
02.Fading
-
Film Horreur Epouvante
03.Twixt
-
Film d'aventure
04.Avengers
-
Film dramatique
05.De rouille et d'os
-
Films divers
01.Amour
-
Film dramatique
02.Cosmopolis
-
Film dramatique
03.Confession d'un enfant du siècle
-
Comédie dramatique
04.The Paperboy
-
Film dramatique
05.Holy motors
citation du jour
« J’ai pris un cours de lecture rapide et j’ai pu lire “Guerre et Paix” en vingt minutes. Ca parle de la Russie. »
de Woody Allen
En savoir plus sur cette citationVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez-
Membres (7)





Documentaire
01.Palestro, Algérie : histoire d'une...
Film Policier - Thriller
02.Sans issue
Film Fantastique SF
03.Lock Out
Film Policier - Thriller
04.Contrebande
Films divers
05.Fading