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INTERVIEW DE DANIEL SANCHEZ AREVALO ET MARTA ETURA Le renouveau espagnol
Propos recueillis par Marion Haudebourg pour Evene.fr - Février 2007 - Le 26/02/2007
Parce que Pedro Almodovar n’est pas le seul réalisateur espagnol, parce que tous les acteurs de ce pays ne sont pas partis faire carrière en France ou à Hollywood, Evene se devait de faire la lumière sur cet ‘Azul’ et de faire découvrir à ses lecteurs un réalisateur prometteur, Daniel Sanchez Arevalo, et une actrice tout aussi talentueuse, Marta Etura. En salle le 28 février.
Après une journée passée à donner des interviews, Daniel Sanchez Arevalo et Marta Etura sont fatigués, mais disponibles pour répondre à nos questions, lui en anglais, elle en français, avec pour tous les deux un délicieux petit accent. Rencontre avec des nouveaux visages du cinéma espagnol que l’on sera sûrement amené à recroiser.
Comme le personnage principal, vous avez un master de gestion. Comment êtes-vous arrivé au cinéma ?
Daniel Sanchez Arevalo : Je viens d'une famille artistique. Mon père est peintre, ma mère est actrice, ma soeur est danseuse et mon frère travaille à la télé. J'ai décidé de ne pas suivre cette voie, mais d’une manière ou d’une autre c'était mon destin. C'est un peu ce qui arrive au personnage dans le film. J'essayais de courir contre mon destin et finalement, j'ai réalisé qu'il ne fallait pas lutter contre sa nature. Je vais au cinéma quasiment depuis que je suis né, je suppose que j'avais ça en moi mais que je ne le savais pas ou ne voulais pas le savoir. Quand j'ai fini mon école de commerce, j'ai commencé à écrire et j'ai découvert à 23 ans que j'étais doué pour ça. J'ai commencé à faire des scénarios pour la télé, et j'ai eu une bourse pour aller étudier à la Columbia University, à New York et c'est là que j’ai commencé à réaliser.
Vous avez réalisé beaucoup de courts métrages, c'est important avant de passer au format long ?
DSA : Pour moi c'est essentiel, je ne pense pas que j'aurais réussi à faire un long si je n'avais pas fait tous ces courts avant. C'est une façon d'apprendre, de prendre de l'expérience, de créer. Tout le monde doit passer par un processus d'apprentissage et le mien a été de faire des courts.
Les spectateurs français pourront trouver le titre du film assez obscur, pouvez-vous nous éclairer sur ce choix ?
DSA : C'est la seule chose qui reste de la première version du film, ‘AzulOscurCasiNegro’. Je l'écris comme ça parce que pour moi c'est une couleur en un mot. Elle change en fonction de la lumière. C'est une métaphore pour ce garçon qui pense que sa vie est très sombre et au cours de l'histoire, il la voit d'une autre façon, plus claire. C’est une couleur qui n'est pas si sombre qu'on le pense. C'est une vision optimiste de la vie du personnage.
Marta, on vous connaît encore peu en France, quel est votre parcours ?
Marta Etura : J'ai fait une dizaine de films en Espagne, mais ce sont des films indépendants. Ils n'ont pas eu beaucoup de public, mais des bonnes critiques.
Qu'attendez-vous de ce film ? Qu'il vous fasse dépasser les frontières ?
ME : Oui, j'aimerais. C'est un film qui a beaucoup plu en Espagne et qui plaît aussi dans les festivals, je pense que c'est très bon pour les acteurs de travailler dans un film qui peut ouvrir des portes dans d'autres pays.
C’est votre premier film, quelles sont vos influences ?
DSA : Je voulais faire quelque chose entre drame et comédie parce que c'est ce que j'admire le plus quand je vais voir un film en tant que spectateur : qu'on me raconte une histoire dramatique mais avec humour. Mes influences sont surtout les classiques : Billy Wilder - un maître du genre - et Chaplin et Buster Keaton... Si vous racontez l'histoire de mon film, ça semble très dramatique mais quand on voit le film, ça ne l'est pas tant que ça. J'aime aussi les comédies légères et j'ai essayé de mettre de la légèreté. La vie est assez dramatique elle-même, je ne voulais pas l’alourdir encore plus.
Comment avez-vous choisi vos acteurs ?
DSA : Il y a des acteurs pour qui j'ai écrit les personnages, comme Antonio de la Torre. J'étais assis devant mon ordinateur en me disant que je devais l'avoir parce que je pense que c'est l'un des plus grands acteurs en Espagne et c'est un ami. J'ai travaillé avec Hector Colomé et Eva Pallarés dans beaucoup de mes courts métrages. Et Marta est très connue en Espagne, elle a fait beaucoup de films ces dernières années et pour moi c'est un privilège de pouvoir l'avoir dans mon premier film. Et puis ça m'a donné confiance parce qu'elle a beaucoup d'expérience. Le personnage était difficile, elle est toujours en face-à-face en prison et elle n'a pas beaucoup de séquences donc il fallait que chaque réplique soit bien. Pour les autres, j'ai eu le privilège d'apporter de nouveaux visages au cinéma espagnol. En Espagne, et même dans le cinéma mondial, on voit toujours les mêmes visages encore et encore, et on s'en lasse. Je les ai trouvés par casting sans les connaître. Ils sont venus plusieurs fois pour faire des lectures, et ils ont eu les rôles parce qu'ils étaient les meilleurs.
Comment s'est passé le tournage pour vous avec les autres acteurs ?
ME : Très bien. J'ai eu des partenaires vraiment généreux et qui ont travaillé avec beaucoup d'humour. C'était très important pour moi parce que le rôle était dur, et on pouvait rire de nous-mêmes ou de nos personnages et ça a facilité les choses. On a travaillé avec beaucoup de plaisir. J'avais beaucoup de scènes difficiles où je devais me dénuder, au sens propre comme au figuré. Ce sont des choses difficiles à faire, mais quand on a un partenaire qui regarde, qui écoute... Je pense que quand on travaille avec un bon acteur, la moitié du travail est fait. C'est une question de regard et d'échange.
A quel point est-ce un film autobiographique ?
DSA : Rien de ce qui leur arrive ne m'est arrivé, mais dans tous les personnages, il y a des choses que j'ai ressenties. Je pense que tout a déjà été dit dans le cinéma et dans l'art en général, et ce qui fait la différence, c'est ce que l'on peut apporter à ces histoires. Je tenais absolument à rendre les personnages originaux et ce n'est qu'en y mettant des choses que l’on a soi-même ressenti que l'on arrive à les rendre réels et différents.
Comment avez-vous réussi, par des personnages et des histoires spécifiques, à donner une dimension sociale au film ?
DSA : Je pense qu'il faut être très particulier. On ne peut pas essayer d'être universel quand on écrit parce que le résultat ne sera pas bon. Ensuite, si vous y voyez une lecture sociale ou universelle, tant mieux, mais ce n'est pas ce que je recherche en premier lorsque j'écris.
Comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle difficile ?
ME : Je pense que mon travail, c'est une part d'investigation et une part d'intuition. J'ai fait des recherches et j’ai rencontré une femme qui était dans la même situation. Le travail d'un acteur c'est de voyager dans l'imagination et de pouvoir voyager dans ses sentiments. C'était intéressant parce qu'elle est en prison avec tout ce que ça implique et en plus, elle a été trahie par son amour. Elle avait plusieurs choses qui en faisaient une personne très très dure.
Il y a beaucoup de thèmes abordés dans ce film, lequel est le plus important pour vous ?
DSA : La lutte contre le destin, essayer de trouver le bonheur d’une façon personnelle et la recherche de l'amour. Je pense que c'est ce qui préoccupe tout le monde.
Comment vivez-vous le succès du film dans les festivals, aux Goya, auprès de vos pairs ?
DSA : Très bien ! Quand le film est sorti en Espagne, il n'a pas fait beaucoup d'entrées, et puis le bouche à oreille a commencé, il a eu des prix, il a été dans des festivals... Je pense que c'est grâce à ça qu’il a gagné un public en Espagne parce que c'est très difficile d'attirer les jeunes avec les films américains et tout leur marketing. Le pourcentage de films espagnols sur le marché est de 15 %, alors qu'en France, c'est plus de l’ordre de 30 % je crois. Ça fait une très grosse différence. Ici, en France, je me rends compte que les gens ont très envie de protéger leur cinéma, d’aller voir les films. Ce n'est pas comme ça en Espagne, les gens rejettent le cinéma espagnol. Des gens comme Almodovar et Amenabar ont leur public mais pour les nouveaux réalisateurs, c'est plus difficile. Pour moi, tout a été possible grâce aux prix. Et ça a aussi rendu possible la sortie ici en France.
Quels sont vos projets ?
ME : On va faire des festivals et vendre le film. Ensuite, personnellement, j'ai un projet de théâtre. C'est la première fois pour moi, j'aime beaucoup ça et je voulais en faire pour grandir comme actrice.
DSA : Là on en est à ce que j'appelle la troisième vie du film : l'international. Le film a été vendu dans à peu près tous les pays en Europe. La France est le premier à le sortir. Et je pense que je vais voyager en Europe et peut-être aux Etats-Unis pour accompagner le film. Mais je veux me concentrer sur mon deuxième film. Je suis déjà en train d'écrire et je n'ai pas eu encore beaucoup de temps à cause de la promo et des voyages, mais je veux vraiment m'y mettre et j'espère avoir fini avant la fin de l'année pour tourner en début d’année prochaine. C'est trop tôt pour savoir ce que ce sera mais j’aborderai à peu près les mêmes thèmes qui m'obsèdent : les relations, la recherche de l'amour, et le mélange de comédie et de drame. Mais ce sera différent de celui-ci, je ne veux pas faire 'AzulOscuroCasiNegro 2' !
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