-
Film dramatique
Noces
-
Film Policier - Thriller
La Taupe
-
Court et moyen métrage
Un monde sans femmes
-
Documentaire
My Land
INTERVIEW DE DANIELLE ARBID ET MELVIL POUPAUD La perte de soi
Propos recueillis par Mélanie Carpentier pour Evene.fr - Mai 2007 - Le 20/05/2007
Danielle Arbid livre un récit fait de quête identitaire et d’errance avec son long métrage ‘Un homme perdu’. Inspiré de la figure torturée du photographe français Antoine d’Agata, ce film singulier et dérangeant met en scène un Melvil Poupaud incandescent. Rencontre avec un duo transgressif.
Fatigués et peu loquaces, voilà le souvenir pas très mémorable que l’on a envie de garder de cette rencontre sur le pouce avec Danielle Arbid et Melvil Poupaud. Mais parce que le film nous a surpris, intrigués et agacés parfois, nous avons souhaité parler de cette création esthétique et intimiste qui revient sur les origines de la création.
Deux hommes errants
Lorsque l’on demande à Melvil Poupaud le thème central du film ‘Un homme perdu’ sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs cette année, il répond distant et un poil provocateur “ Picoler, baiser des meufs. La perte de soi comme dit Danielle”. Et Danielle Arbid, la réalisatrice, de rattraper le coup en souriant : “Melvil n’a dormi que deux heures. C’est l’histoire de la trajectoire de deux hommes en déshérence.” Ces deux hommes, ce sont Thomas Koré, photographe français à la recherche d’expériences extrêmes et Fouad Saleh, amnésique et solitaire, qui a quitté Beyrouth, un lourd secret dans ses bagages. Koré engage Saleh comme traducteur. Le point de rencontre et la distance de ces deux personnages se mettent à nu dans des chambres d’hôtels exiguës qu’ils partagent sans trop savoir pourquoi, dans des bars à putes où le photographe, tel un prédateur, chasse ses modèles pour des nuits de luxure et de création artistique. Fouad devient le complice de ces scènes érotiques et la victime d’un choc culturel.
Antoine d’Agata : source d’inspiration
Si Melvil n’a pas dormi, c’est parce qu’il a fait la fête toute la nuit aux côtés du photographe français Antoine d’Agata, dont s’inspire le personnage de Thomas Koré. Même profession que dans ‘Le Temps qui reste’ d’Ozon, pour un acteur et réalisateur qui se dit piètre photographe et précise que “la photographie ne l’intéresse pas du tout, qu’il n’aime ni en faire, ni en être l’objet. Il aime ‘quand ça bouge’, il aime ‘la vidéo’”.
Danielle Arbid raconte que sa rencontre avec d’Agata a été décisive : “Antoine est quelqu’un de très généreux, qui ne dissocie pas la vie et le travail. D’ailleurs, c’est ce que l’on voit dans ses photos. La photo est la continuité de sa vie. Notre rencontre va dans ce sens, ce n’est pas du travail même si c’est quelqu’un d’extrêmement professionnel. C’est juste de la sympathie. S’il sympathise avec quelqu’un, il donne tout. Et pour ce film, c’est ce qui s’est passé. Et puis je voulais éviter tout malentendu. Je ne voulais pas pomper la vie de quelqu’un de célèbre pour m’approprier une part de sa notoriété. Ma rencontre avec Antoine était très honnête. Entière. S’il avait eu la moindre réticence, je ne l’aurais pas fait.” Et Melvil Poupaud d’ajouter : “C’est quelqu’un qui mélange beaucoup, sa pratique de la photo et sa vie quotidienne. Je l’ai rencontré avec Danielle juste avant de partir tourner le film. On s’est bien entendus. Il adore Danielle et s’est personnellement investi dans le projet. Il nous a expliqué plein de trucs de photographe. Il nous a même prêté son appareil photo, celui que j’utilise dans le film. Il était très attentif au projet et c’était très important d’avoir sa caution. C’était important de savoir que je n’étais pas à côté de la plaque.”

De la provocation à la transgression des tabous…
Parce que dans son film, Arbid capte l’errance, la perdition, le sexe. Parce que Melvil Poupaud domine des femmes devenues le temps d’un acte charnel, des modèles à qui “il prend, plus qu’il ne donne”, on s’interroge sur la démarche de la réalisatrice. Provocation ? Danielle Arbid répond qu’elle a souhaité réaliser “un film honnête”. Pour elle “la provocation n’est que superficialité et ne sert qu’à faire réagir momentanément les gens.” Avec ‘Un homme perdu’, elle explique que si ces deux protagonistes agissent ainsi, c’est avant tout par nécessité. Son objectif était d’aller au fond des choses, au tréfonds de l’intime. Elle ajoute que son film n’est provocateur que dans ce monde-là, dans ce Proche-Orient, mais qu’en Occident les choses ne seraient pas identiques.
De la place des femmes…
Des femmes, il en passe beaucoup dans le lit de ces hommes perdus. Si Arbid filme des scènes de sexe, c’est avant tout, confie-t-elle, parce qu’elle aime le faire. En revanche, pas l’ombre d’un phallus sur la pellicule, parce qu’elle ne voulait pas les montrer molles et qu’elle ne souhaitait ni simulation, ni pénétration sur le tournage. Alors quand on lui dit que son film n’est pas très flatteur à l’égard du sexe faible, la réalisatrice se lance dans un grand plaidoyer : “Les femmes n’ont pas à être défendues. Si elles veulent se victimiser qu’elles le fassent. Ce n’est pas à moi de faire ce travail-là. Je ne me suis pas demandée si je devais montrer telle ou telle chose, ni si elles allaient être rabaissées. Je trouve qu’elles sont toutes dignes dans mon film, toutes très belles. Est-ce que les femmes vont être rabaissées parce qu’elles font appel à leur sexualité ? Je ne pense pas. Ce qui m’intéressait, c’était la rencontre, qu’elle soit entre un homme et une femme ou entre deux hommes. Et plus loin encore, la relation entre d’Agata et son modèle, entre l’artiste et sa source d’inspiration. Et cette façon dont il prend la vie des gens.
Un film sur la moralité artistique
Et si la photographie semble au coeur du projet de Danielle Arbid, la réalisatrice ajoute : “Le fait que d’Agata soit photographe n’est pas le plus important. Il aurait pu être écrivain, cela n’aurait rien changé. C’est simplement l’histoire de quelqu’un qui vit à travers ce qu’il fait. L’outil ne compte pas. C’est un film sur la moralité artistique.”
vos commentaires
Pour aller plus loin
Articles & dossiers associés
-
60e FESTIVAL DE CANNES
Le carnaval des habituésSoixante ans. Soixante ans que le Festival de Cannes marque l'année cinématographique autant par son sens du strass et des paillettes que par son exigence artistique. A tel point que l'on...
Plus sur 60e FESTIVAL DE CANNES
Les films associés
Film dramatique
Un homme perdu
de Danielle Arbid
Thomas Koyré, photographe français, parcourt le monde à la recherche d'expériences extrêmes. Son chemin croise celui de Fouad Saleh, un homme étrange, à la mémoire défaillante. Le Français...
- Plus sur Un homme perdu
Les événements associés
Festivals
Quinzaine des réalisateurs
Chaque année, depuis 1969, la Quinzaine des réalisateurs organisée par la SRF (Société des réalisateurs de films) propose durant le Festival de Cannes une sélection de films du monde entier...
Plus sur Quinzaine des réalisateurs Réservez vos places sur fnac.comLes stars & célébrités associées
-
Danielle Arbid
Réalisatrice, actrice et scénariste libanaiseD’origine libanaise, Danielle Arbid quitte son pays natal quelques mois avant la guerre civile pour poursuivre des études de lettres et de journalisme à Paris et à Bruxelles. Elle se...
- Plus sur Danielle Arbid
-
Melvil Poupaud
Réalisateur, acteur et compositeur françaisNé à Paris Né le 26 Janvier 1973Grâce à sa mère, attachée de presse, Melvil Poupaud rencontre Raúl Ruiz, alors qu'il n'a que dix ans. Le cinéaste lui offre son premier rôle dans 'La Ville des pirates'. Il participe...
- Plus sur Melvil Poupaud
« Melvil Poupaud »
3 personnes ont déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez3
fil culture
-
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez10/02 Le Salon du Livre protège ses... -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez10/02 Les Folies très Yé-Yé -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez10/02 Les Molières menacés -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez10/02 Samedi littéraire au Lutetia
nouveautés
les Avis des membres
-
07/02/2012 04h00 ai bien aimé ce film ...que je ne trouve pas trop manichéen copte tenu du sujet Pilou1930
Voir tous les avis
VOUS AIMEZ
-
Documentaire
01.L'amour à trois têtes
-
Film dramatique
02.Detachment
-
Comédie
03.Et si on vivait tous ensemble ?
-
Film dramatique
04.Beau Rivage
-
Film Policier - Thriller
05.Millénium : les hommes qui n'aimaient...
-
Film dramatique
01.Elles
-
Comédie
02.JC comme Jésus-Christ
-
Documentaire
03.République de la malbouffe
-
Comédie
05.Tucker & Dale fightent le mal
citation du jour
« Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que tout le monde a ses raisons. »
de Jean Renoir
En savoir plus sur cette citationVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez-
Membres (16)







Film dramatique
01.Detachment
Film Policier - Thriller
02.Millénium : les hommes qui n'aimaient...
Film d'aventure
03.Zatoichi, le voyage meurtrier
04.Wonderland
Documentaire
05.Water on the Table