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Cinéma du droit, cinéma du choixINTERVIEW DE CRISTIAN MUNGIU ET DE ANAMARIA MARINCA
Je suis content que vous disiez cela. Je n’ai pas de sexe précis quand j’écris. Si je n’étais pas capable de me mettre dans la peau d’un personnage, je n’aurais jamais commencé à écrire. Ce que j’essaye de faire quand je raconte une histoire, c’est d’être aussi près que possible de mes personnages et de leur histoire, d’être sûr de comprendre ce qui les fait agir d’une certaine manière. J’ai voulu comprendre cette histoire, qui m’avait été racontée par quelqu’un qui avait traversé cette épreuve. Ca m’a mis très en colère ! J’ai mis de nombreuses années pour digérer tout ça et pour décider qu’il ne fallait pas le cacher mais le raconter.
Et vous Anamaria, comment êtes-vous devenue Otilia, le personnage principal de ‘4 mois, 3 semaines et 2 jours’ ? Cristian m’a appelée pendant que j’étais à Londres. Il m’a demandé de lire le scénario, ce que j’ai fait avec beaucoup d’intérêt et d’urgence. Nous en avons parlé le lendemain par téléphone. J’ai immédiatement pris l’avion pour passer l’audition. C’était une nécessité de faire ce film, et je voulais jouer dedans. Quels points communs avez-vous avec votre personnage ?
Pensez-vous qu’une telle amitié, à la vie, à la mort, est possible ? Anamaria : Je crois que cela existe. Mon personnage est pris dans une histoire et n’a pas le choix. Ce n’est pas par générosité qu’elle aide, c’est par urgence. La décision de mon personnage est la plus humaine qui soit. Elle a énormément de courage. Quel est pour vous le thème principal du film ? Anamaria : L’humanité. Ca parle également d’amitié. Les problèmes qu’évoque Cristian n’ont pas forcément à voir avec une époque donnée, ou avec une idéologie. L’histoire de ces deux femmes est intemporelle.
Certaines scènes du film sont très dures… Anamaria : On n’a pas voulu choquer le public. C’est inspiré d’une histoire réelle. La violence du sujet devait se voir dans le film. Cristian : Je voulais que ce soit dur, parce que je voulais forcer les gens à écouter une histoire qu’ils ne veulent pas entendre, à leur faire voir quelque chose qu’ils ne veulent pas voir. Je ne voulais pas faire un film populaire, ce n’était pas le but. Je veux être très honnête et très sain, pas du tout spectaculaire. C’est un sujet qui compte beaucoup pour moi. L’histoire est plus importante que tout ce qui suit. Je voulais respecter l’exactitude de cette histoire. Anamaria, quel réalisateur est Cristian ? C’était un travail d’équipe. J’avais toute la liberté que je souhaitais. Mes mots, mes idées, mes émotions sont dans le film. On a tourné plusieurs versions de chaque scène. C’était très beau, une très belle expérience, très dense. Présenter un film d’une telle gravité dans un Cannes de paillettes et de starlettes peut paraître quelque peu décalé…
Cristian : Ce qui était important pour nous dans le fait d’être à Cannes, c’est que nous pouvions atteindre le plus large public possible, que cette histoire atteigne le plus de personnes possibles. On espère que ça va faire du bruit. Beaucoup de gens vont voir le film et y réfléchir. Où en est le cinéma roumain aujourd’hui ? Cristian : Je pense qu’il se porte bien. Ca a commencé par deux films en 2001, puis ensuite quatre. Et maintenant, on fait entre dix et quinze films par an. C’est une croissance naturelle qui vient du fait que tous les ans, de plus en plus de réalisateurs ont l’opportunité de faire des films, donc de plus en plus de chances de découvrir des histoires originales. Je pense aussi que notre génération est plus mature cinématographiquement parlant. Nous avons tous 40 ans aujourd’hui et nous avons tous déjà réalisé des premiers films, nous avons eu le temps de réfléchir au cinéma, de la direction à prendre. Nous avons compris ce qui était bien ou non. Nous essayons de faire des choses simples et efficaces, et de raconter les bonnes histoires.
Propos recueillis par Mélanie Carpentier pour Evene.fr - Mai 2007
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