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INTERVIEW LE DERNIER ROI D’ECOSSE Dans la peau d’Amin Dada

Propos recueillis par Marion Haudebourg pour Evene.fr - Août 2007 - Le 28/08/2007

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INTERVIEW LE DERNIER ROI D’ECOSSE

En février sortait sur les écrans ‘Le Dernier Roi d’Ecosse’, drame inspiré de la dictature ougandaise du général Idi Amin Dada. Auréolé de succès - oscar, golden globes - le film est aujourd’hui dans les bacs en DVD. L’occasion de revenir avec l’équipe du film sur un personnage fascinant.

Les acteurs, les couleurs et les musiques de l’Afrique, et cette relation ambiguë entre un jeune médecin écossais et un dictateur charismatique mais sanguinaire, tout fait de ce ‘Dernier Roi d’Ecosse’ une véritable réussite. Fin et subtil, le film nous interroge aussi sur nos propres réactions face à un personnage aussi séducteur que terrifiant. Retour avec Kevin McDonald, réalisateur, Forest Whitaker, “Amin Dada”, et James McAvoy, le médecin, sur une expérience unique.

Le titre du film peut être trompeur, pourquoi ce choix ?

Kevin McDonald : J'aime le titre, mais je reconnais qu'il faut savoir de quoi il s'agit avant de le trouver intéressant. C'était le titre du livre. Lors des projections-tests organisées par le studio américain dans la banlieue de Los Angeles, pour recruter des spectateurs, on disait juste aux gens dans la rue que le film s'appelait 'Le Dernier Roi d'Ecosse' et que c'était avec Forest Whitaker. Ensuite, les gens ont tous déclaré qu'ils étaient venus parce qu'ils se demandaient comment un film sur un roi en Ecosse pouvait être avec Forest Whitaker !

Forest, quelle a été votre réaction quand on vous a proposé le rôle d'Idi Amin Dada ?

Forest Whitaker : C'était une opportunité incroyable. J'ai pensé que ça m'aiderait à grandir en tant qu'acteur, et puis c'était l'occasion d'aller en Afrique où je n'avais jamais été. C'était attractif pour beaucoup de raisons. Et ça a vraiment répondu à tous mes souhaits : essayer de comprendre cet homme, comprendre les parts les plus sombres de moi-même, les plus extrêmes aussi. Cela m'a vraiment apporté beaucoup.

Comment avez-vous travaillé ? Y avait-il une volonté d'imitation ou aviez-vous une liberté de création ?

FW : Kevin McDonald tenait surtout à ce que je capture son énergie et son esprit. J'ai baissé ma voix, j'ai utilisé le dialecte de la manière dont il l'utilisait, j'ai repris certains de ses gestes et un peu de sa démarche mais je l'ai fait pour m'aider à m'approcher de son esprit. Je n'ai pas essayé de faire une imitation de lui, mais je voulais que son énergie soit très palpable.

Pouvez-vous nous parler du tournage en Ouganda ? Pourquoi avoir tenu à tourner sur place ? Que cela vous a-t-il apporté ?

KMD : Je viens du documentaire et je pense que ma motivation vient de là. Les lieux sont importants pour moi et je pense que ça a influencé toute l'équipe. Ca a aussi joué sur le script puisqu'on pouvait nous raconter des histoires sur Amin. Pour beaucoup de raisons, du jeu des acteurs au plateau et aux décors, c'était vraiment bien pour le film qu'on tourne là-bas.

FW : Chaque jour était un nouveau voyage à la découverte du personnage. J'allais à la rencontre de gens qui pouvaient m'aider, dans des endroits où il avait été. Ca pouvait être rencontrer des gens qui le connaissaient intimement, ou juste me promener dans le pays. Quand il dit dans le film que l'Ouganda vous embrasse, je pense qu'Amin Dada était l'Ouganda. Ils m'ont vraiment aidé à trouver comment jouer le personnage. Ils m'ont ouvert leurs vies pour m'apprendre ce que c'est qu'être ougandais. Certains sont devenus des amis, ils m'ont permis d'entrer dans cette situation et je n'aurais pas pu le faire sans eux. J'ai été surpris par la certaine dualité des Ougandais dans la façon qu'ils ont de voir Idi Amin Dada. Ils ne le voient pas comme une aberration. C'est très compliqué. Certains le voient comme quelqu'un qui a tué des centaines de milliers de gens, mais ils peuvent aussi vous dire "je n'aurais pas cette vie-là sans lui" ou "nous serions toujours en état d'esclavage sans lui". Ils le voient comme un roi libérateur sans qui ils seraient toujours sous l'égide de la Grande-Bretagne. Cette façon d'être reconnaissant sans oublier ses actes tragiques est très surprenante.

Quel regard portez-vous sur le personnage de Nicholas Carrigan ?

KMD : Nicholas Carrigan emmène le public dans son voyage, c'est son point de vue. Je voulais que le public suive ses sentiments, ses premières impressions, la beauté de l'Afrique et l'excitation de l'aventure. Amin Dada est charismatique et drôle, le public l'apprécie et puis quand le public commence à douter, là, je ne voulais pas qu'on voie déjà la part sombre d'Amin Dada, je voulais que le public continue à l'apprécier pour qu’ensuite, lorsqu'on découvre vraiment les actes d'Amin Dada, il se sente aussi coupable que Nicholas.

James McAvoy : Il n'est pas montré comme quelqu'un de mauvais mais comme quelqu'un qui est corrompu et égoïste, vain et arrogant. Il est assez destructeur. Il est coupable de beaucoup de ce qui arrive. Et j'aime ça, parce que c'est le protagoniste et on ne voit pas souvent le protagoniste comme un connard. Mais il l'est ! Il n'est pas mauvais mais ce n'est pas quelqu'un de bien. Son égoïsme est la cause de la mort de certaines personnes, et dans la réalité, l'une des personnes sur laquelle est basé mon personnage était responsable de la mort de bien plus de gens que mon personnage. Au départ, ce type était un héros, et j'aime le fait que ça ait changé pour donner une version plus authentique. Et pourtant, il me représente, il représente le public occidental et on ne peut pas s'empêcher de s'identifier à lui. On a de l'empathie pour lui, si ce n'est de la sympathie.

Comment jouer un personnage qui vous est si proche et que pourtant vous n'aimez pas ?

JMA : Il faut être très honnête avec soi-même. Je suis persuadé d'être capable de me conduire comme lui, d'être égoïste, de sacrifier quelqu'un d'autre pour sauver ma peau. Je ne sais pas si je le ferais, mais je sais que j'en ai la capacité. Il faut juste s'imaginer le faire. Je me suis demandé en quoi Amin m'aurait transformé, comment il aurait changé ma vision du monde. En tant qu'acteur, on défend toujours son personnage, on le rend attrayant pour le public. Et c'est pour ça que c'est bien que des films montrent des gens comme Amin, Hitler, et essaient de voir leur humanité, parce qu'ils montrent un conflit interne au personnage, à l'acteur et au public. Mon personnage aurait pu être ridicule s'il était juste un mec bien. Je veux vraiment que le public l'aime, puis le déteste, pour enfin réaliser que ce personnage, c'est eux.

Voyez-vous Amin Dada comme un "produit de la guerre froide" ?

FW : Dans cette partie du sud de l'Afrique, le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda avaient commencé à former un bloc socialiste. L'Ouest ne voulait pas qu'il se développe et pour trouver un équilibre, ils ont réussi à évincer Obote et à installer Amin Dada. Et cela a causé le trouble dans ces trois pays, ils ont commencé à se battre. Je pense que les Occidentaux étaient sûrs de pouvoir le contrôler, sinon, ils ne l'auraient jamais mis au pouvoir. Il a été soldat pendant près de 25 ans avant d'être président, et ils l'avaient observé, ils savaient qu'il suivait toujours les ordres. Ils pensaient qu'il était leur homme, qu'ils le tenaient entre leurs mains. Mais ils n'ont pas compris ce que signifiait le patriarcat en Afrique à ce moment-là. Ils l'ont mal compris. Amin Dada a considéré qu'il était le père de son pays et est devenu incontrôlable pour eux.

Pourquoi avoir choisi la fiction plutôt que le documentaire pour évoquer Amin Dada ?

KMD : Ce n'était pas seulement Amin Dada qui m'intéressait, c'était la relation entre ces deux personnages. Je pense que dans ce film, on s'approche plus d'Amin Dada que l'on aurait pu le faire dans un documentaire. Et puis il y avait déjà le film réalisé par Barbet Schroeder. D'une drôle de manière, j'avais l'impression qu'on serait plus proche de la vérité avec cette fiction, parce qu'on peut le montrer dans son intimité. Je voyais la dynamique entre ces deux personnes comme une métaphore de la relation entre le pouvoir et le pays colonisé, et comme une métaphore de la naïveté et l'arrogance occidentale. Ces gens qui pensent tout comprendre et qui se disent que si ça tourne mal, ils n'auront qu'à partir. Le problème avec Amin Dada c'est qu'on ne sait jamais ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas. C'est pourquoi le sujet est traité de façon semi-fictionnelle. C'est un homme qui a créé une mythologie autour de lui. J'avais un assistant qui était un dramaturge ougandais, et qui me donnait des conseils pour que le film soit réaliste. Toutes ces histoires sur Amin, son cannibalisme, sa magie noire... je lui ai demandé où était la vérité. Il m'a expliqué qu'on racontait que quand Amin a voulu devenir président à vie, il est allé voir son "sorcier-médecin" qui lui a dit "Si tu veux être président à vie, il faut que tu manges le coeur de la personne que tu aimes le plus." Et quelques semaines plus tard, son fils aîné a disparu. C'était la chose la plus horrible que j'aie entendue. Je lui ai demandé si c'était vraiment vrai, et il m'a répondu que le fait que ce soit vrai ou non n'était pas le plus important, ce qui compte, c'est que tout le monde a cru que c'était possible.

Avez-vous appris à apprécier Idi Amin Dada, malgré sa monstruosité ?

FW : Je l'ai approché comme quelqu'un dont il fallait comprendre les émotions et les motivations. J'ai donc essayé de creuser un peu pour comprendre ses choix, d'imaginer ses motivations et cela change la perspective. Je ne l'ai pas jugé.

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