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L’engagement d’une vieINTERVIEW DE FERNANDO SOLANAS
Avez-vous rencontré des difficultés pour obtenir tous les témoignages ? C’est un film qui s’est fait avec du temps. C’est un sujet que je connais assez bien. Mon premier film, je l’ai fini en 1968, et il traitait déjà à peu près du même sujet. Il a fallu aller à la rencontre des gens. Mais je suis un homme public en Argentine. Cinquante ans que j’arpente mon pays, que je milite socialement de façon cohérente. J’ai ainsi rencontré des gens qui apprécient ma personne et mon travail. Ils n’avaient donc aucune objection à partager avec moi leur intimité, leur quotidien. Ca s’est fait naturellement mais avec beaucoup de travail. Comment avez-vous construit ‘La Dignité du peuple’ ?
Comment le film a-t-il été accueilli à sa sortie en Argentine ? Les plus démunis ont-ils eu accès à quelques projections ?
La résistance du peuple prend diverses formes mais elle est toujours pacifique et constructive... Ce film est avant tout une démonstration d’organisation et de patience. Il y a derrière toute une ancienne expérience de travail social, héritée au fil des ans et des combats. Dans les manifestations collectives, il y a près de 1.000 ou 2.000 personnes qui partent avec leurs enfants, leurs chiens et leurs poulets pour occuper les rues. Il faut organiser tout cela. L’occupation des terres, l’occupation des usines, l’organisation de cantines collectives avec souvent presque rien... Il existe également des regroupements en comités de sécurité et de surveillance, des groupes qui assurent la santé, d’autres qui assurent la scolarité, la nourriture… Le président Nestor Kirchner, au pouvoir depuis mai 2003, arrive bientôt au terme de son mandat. Quel bilan faites-vous de l’homme et de sa politique ? La politique de Kirchner sur le plan économique a eu une énorme réussite. C’est la quatrième année consécutive où l’Argentine affiche un excédent fiscal de plus de 8 %. Il a su ramener l’inflation à l’un de ses plus bas niveaux. Il a considérablement augmenté les importations du pays, assurant ainsi une indéniable reprise industrielle. Un point négatif malgré tout : les richesses dégagées ne sont toujours pas distribuées équitablement. C’est vrai que le gouvernement de Kirchner a amené l’Argentine vers une unité stratégique avec le Brésil et le Venezuela. Le Mercosur (la communauté économique des pays de l’Amérique du Sud, ndlr) aussi est un élément fondamental de stabilité. La dette de l’Argentine, vis-à-vis du FMI, a été annulée. Tout ça c’est très important. Mais c’est sûr que j’ai toujours des critiques à formuler parce que Kirchner continue de mener une politique néolibérale. Néanmoins, si on fait un bilan, c’est un bon gouvernement par rapport aux précédents. Hugo Chavez au Venezuela, Michelle Bachelet au Chili, Evo Morales en Bolivie. Comment interprétez-vous cette poussée de la gauche politique sud-américaine ?
A travers votre travail, celui de Fabian Bielinsky (‘Nuevas renas’, ‘El Aura’), ou encore d’Adrian Caetano (‘Buenos Aires 1977’, bientôt en France), peut-on voir dans le cinéma argentin une volonté de constituer une mémoire et de la sauvegarder ? Je crois que c’est un cinéma qui veut être en rapport avec la réalité argentine. Ce qui est intéressant, c’est que c’est un cinéma qui produit un petit peu de tout. Il y a bien sûr un cinéma de marché, industriel. Mais surtout, ce qu’il y a de remarquable, c’est le nombre de réalisateurs qui chaque année font leur premier film. 15 réalisateurs nouveaux environ chaque année. Le pays produit à peu près 60 films par an. Evidemment, de qualité inégale mais comme partout. Si 10 ou 15 % des films sont bons, c’est déjà une réussite. Vous retrouvez-vous dans le cinéma engagé du réalisateur britannique Ken Loach ? Oui, j’aime beaucoup son travail. Son cinéma est d’une grande sensibilité sociale, lié à la problématique de son pays, d’une grande cohérence. Comment expliquez-vous le décalage souvent frustrant entre la reconnaissance pour le message que vous véhiculez dans vos oeuvres et l’inertie générale d’un monde très inégalitaire ?
Quels sont vos projets à venir, pour finir votre trilogie ouverte par ‘Mémoire d’un saccage’ ? Je suis en train de finir le troisième film, ‘Argentina latente’, qui s’inscrira dans la continuité de ‘Mémoire d’un saccage’ et de ‘La Dignité du peuple’. Il y en aura d’ailleurs un quatrième que je vais commencer avant la fin de l’année. Il s’agira d’un docu-fiction. Un cinéma de fusion. Il y en aura peut-être même un cinquième. Tous ces films formeront un ensemble cohérent tout en restant indépendant les uns des autres. Propos recueillis par Mathieu Menossi pour Evene.fr - Septembre 2006
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