-
Comédie dramatique
The Paperboy
-
Documentaire
Woody Allen : a documentary
-
Film dramatique
Cosmopolis
INTERVIEW DE GAEL MOREL ET THOMAS DUMERCHEZ (V)ivre de cinéma
Propos recueillis par Mélanie Carpentier pour Evene.fr - Mai 2007 - Le 15/05/2007
Sélectionné à la Quinzaine de réalisateurs, ‘Après lui’ de Gaël Morel possède les qualités requises pour ne pas passer inaperçu dans cette catégorie très prisée des cinéastes. Rencontre avec Gaël Morel et Thomas Dumerchez, qui tient l’affiche de ce long métrage aux côtés de Catherine Deneuve.
Une fois n’est pas coutume, c’est dans les locaux d’Evene que nous avons accueilli le réalisateur et son acteur, utilisant pour l’occasion le luxueux bureau du patron, garni d’un moelleux fauteuil - merci patron. Avec une grande gentillesse, et malgré une timidité visible de la part de Thomas Dumerchez quand il s’agit de parler de lui face caméra, les deux acolytes ont répondu à nos questions avec une grande sincérité. Avant de s’envoler fièrement pour Cannes pour présenter ‘Après lui’.
Pouvez-vous nous parler de la genèse du film ?
Gaël Morel : C’est compliqué de parler de la genèse d’un film, car on fait ce film-là contre le précédent, avec ce qu’on a fait avant, et je ne me suis pas dit “Tiens, si je parlais d’une mère avec son fils”… C’est plus sinueux. Après ‘Le Clan’, qui était un film dans lequel il n’y avait que des garçons, j’avais envie de faire un film avec une femme comme personnage central. Et puis, je ne suis pas un théoricien du cinéma. C’est pulsionnel, compulsif, pas forcément raisonné.
Vous êtes sobre dans le traitement du deuil : vous préférez les scènes choc à l’étalage de sentiments ?
Gaël : Oui, je n’aime pas que mes personnages se répandent dans des discours très “psychologisants”. Je n’aime pas ce genre de dialogues et de naturalisme où les personnages parlent de ce qu’ils sont en train de vivre. Je crois plus aux images fortes qui nous mettent tout de suite en empathie avec les personnages.
Vous aviez dès le début pensé à Catherine Deneuve pour interpréter Camille ?
Gaël : Je n’ai pas écrit le scénario pour elle. L’idée de ce personnage est venue avant l’idée d’une actrice. Avec Christophe (Honoré, ndlr) on s’est dit qu’un tel rôle nous laissait une grande liberté pour l’actrice. Moi, j’avais déjà proposé un rôle à Catherine il y a dix ans, et j’avais été échaudé par son refus, donc je m’interdisais de penser à elle pour ce rôle. C’est Christophe qui a pensé à Deneuve à la fin du scénario. Puisque c’est le récit qui était la colonne vertébrale de l’écriture, et non l’actrice, j’ai dit oui. Quand on écrit pour une actrice, on écrit en prenant en compte ce qu’elle a déjà fait dans sa carrière, et avec quelqu’un comme Deneuve, c’est presque impossible. Je voulais qu’à la lecture du scénario, elle sache que ce n’était pas écrit pour elle. Elle a tout de suite été emballée, mais elle s’est posée des questions quant à sa capacité à s’investir dans ce rôle. Au même moment j’ai réécrit des choses pour finaliser son rôle, mais je n’ai pas réécrit l’intrigue pour elle.
Thomas, quand on sait qu’on va tourner avec Catherine Deneuve, on est excité et angoissé ?
Thomas Dumerchez : Ca a été très fort dès la première rencontre, elle m’a tendu la main pour me calmer et gérer le stress. Du début à la fin, ça a été très fort. Il y a très peu de moments où on peut oublier qui elle est.
Gaël Morel, comment vous y prenez-vous pour diriger vos acteurs ?
Gaël : Déjà, je ne dirige pas, je ne gère pas. Diriger, c’est comme diriger du bétail vers l’abattoir. On travaille ensemble, plutôt. Et je ne gère rien non plus, j’ai envie que les choses débordent. Je prends en compte la personne qui est en face de moi, comme quand je parle avec des gens dans la rue. Je ne me comporte pas pareil avec Thomas, Catherine, Guy ou Elodie. C’est mon système à moi, chaque personne est différente et demande un traitement particulier. Il faut trouver un terrain d’entente et des accords tacites qui font que l’échange va fonctionner. Sur ‘Après lui’, une confiance s’est instaurée et a permis de s’abandonner dans le travail. Ca a été festif et sérieux à la fois. Pour un film aussi tendu que celui-ci, il faut que derrière la caméra il y ait beaucoup de décontraction, ça permet de réduire la tension face à la caméra. Je pense que c’est réellement dans la douceur que l’on peut obtenir des choses des gens. Je pense que les petits tyrans ne font pas du cinéma mais du cirque, et ça ne m’intéresse pas. On n’est pas des dresseurs d’acteurs, et on n’est pas des comptables, on ne gère rien. J’aimerais que les rapports entre les gens dans la vie soient ainsi. Etre un réalisateur, c’est rêver une société qui n’existe pas. C’est à nous de créer un esprit sur le tournage qui fasse que les hiérarchies tombent. C’est cette société-là que j’aime. Je ne vais pas reconstituer sur mon film une société que je vomis et qui fait que j’ai souvent fait du cinéma pour m’échapper d’elle. Sur mes tournages, il n’y a pas de grades, de rangs, les techniciens sont traités comme les acteurs. D’ailleurs Catherine parle beaucoup de l’équipe rencontrée sur le tournage, il y a eu une vraie histoire d’amour entre l’équipe et elle.
On peut aussi parler d’une histoire d’amour entre votre caméra et le visage de Catherine Deneuve…
Gaël : C’est une alchimie, ça fait partie de la magie du cinéma. C’est pour cela que je n’aime pas les mots “gérer” ou “diriger”, car c’est un discours dans lequel je ne me reconnais pas. Le visage de Catherine Deneuve a quelque chose de magique. Sur le tournage, il se passe des choses invisibles à l’oeil et révélées seulement avec les rushs. C’est étonnant, ça fait partie des grosses joies du cinéma qui font qu’on peut entrer en cinéma comme d’autres entrent en religion, avec l’idée de miracle.
L’autre femme du film, c’est Elodie Bouchez…
Thomas : J’ai notamment une scène difficile avec Elodie Bouchez, la scène de la réception de l’enterrement. J’ai admiré sa concentration et sa facilité à dégager des émotions.
Gaël : Ca fait très longtemps que je travaille avec Elodie. Pour moi ça a été une joie qu’elle accepte le rôle, car c’est un rôle mineur en termes de présence, mais je savais que les scènes qu’elle avait à interpréter étaient fortes, et c’est pour cela que j’ai insisté pour la convaincre. Je trouve qu’il y a quelque chose de très familier entre Catherine Deneuve et Elodie Bouchez, dans leur facilité à être d’emblée dans la scène, à avoir une technique immense mais de parvenir à la camoufler. Je ne sais pas par quel incroyable don elles arrivent à ça, mais quand je les regarde jouer je suis incapable de savoir à quoi elles pensent en tant qu’actrices, je ne vois que des personnages qui bougent, je ne vois pas l’actrice qui pose. C’est troublant, car parfois je me dis que je pourrais ne pas avoir la scène parce qu’elles me donnent l’illusion à chaque prise de faire leur premier pas devant une caméra. C’est quelque chose que je trouve totalement hallucinant ! C’est d’autant plus impressionnant chez une femme comme Catherine Deneuve qui signe avec ‘Après lui’ quelque chose comme son 99e film. Elle oblige mon propre regard à être vigilant ; pour plaisanter je disais souvent à Catherine au début d’une scène que je ne savais pas si on allait au miracle ou à la catastrophe, car il y a toujours l’idée possible d’une catastrophe. Son jeu est vibrant, on a l’impression que ça peut se casser d’une minute à l’autre, et c’est l’impression que j’ai quand je suis spectateur des films dans lesquels elle a joué. C’est pour ça que j’aime autant son jeu. C’est quelqu’un de fiévreux. Réunir Catherine et Elodie sur le même film était une grande joie pour moi, et je voulais que les scènes qu’elles avaient ensemble soient à la hauteur de ce qu’elles représentaient pour moi. Je suis content car les retours que j’ai sur ces scènes sont assez forts.
Quel réalisateur est Gaël Morel ?
Thomas : C’est une chance de retravailler avec lui, j’aime beaucoup cette douceur avec laquelle il dirige ses acteurs : une main de fer dans un gant de velours. Même dans les situations de tension forte, il arrive à faire passer l’essentiel, c’est très rare de le voir s’énerver, et c’est quelque chose dont j’ai besoin, cette douceur, cette façon dont il m’oriente, c’était essentiel pour ce rôle. Entre les prises j’avais du mal à ressortir du rôle de Franck, car c’était quelque chose de trop fort, et Gaël à su gérer tout cela. C’était un rôle qui était trop prenant pour que quelqu’un se permette l’indélicatesse d’être trop virulent. A tous les moments il savait m’accompagner.
Et vous, Gaël, que pouvez-vous nous dire de Thomas Dumerchez ?
Gaël : Thomas a fait ses premiers pas devant ma caméra. Il y a donc un rapport particulier. Ce qui m’intéressait dans le film c’était de pouvoir faire tourner la personne qui m’a fait naître au cinéma, Catherine Deneuve - puisque j’ai eu envie de faire du cinéma quand j’ai découvert ‘Belle de jour’. C’est elle qui m’a fait découvrir ce qu’est un réalisateur. C’est le fantasme de tout le monde de pouvoir travailler avec la personne qui a bouleversé votre vie. Je n’ai pas voulu prendre Thomas par facilité. Je suis allé vers lui parce que c’était beau de pouvoir faire rencontrer à la femme qui m’a révélé au cinéma, quelqu’un envers qui j’ai une responsabilité. C’était un plaisir de retrouver Thomas, que j’avais connu en pleine crise d’adolescence sur le tournage du ‘Clan’. Pour moi c’est important le cinéma, c’est ma vie, je ne suis pas un commerçant. Ce qui se passe devant ma caméra, c’est aussi là où j’en suis dans ma vie. C’est un rapport très particulier.
Que vous inspire le Festival de Cannes ?
Thomas : Pour moi, c’est la première fois. Je suis très heureux de vivre ce moment avec Gaël. C’est lui qui m’a donné goût au cinéma. Je suis devenu comédien et cinéphile grâce à lui ; je n’ai pas vraiment de souvenirs de cinéma avant ‘Le Clan’. ‘Le Clan’, c’est le départ de toute chose. Je trouve cela génial aujourd’hui après plusieurs tournages de retravailler avec Gaël et de présenter ‘Après lui’ à Cannes.
Gaël : Pour moi, Cannes est avant tout une fête, un moment où le cinéma devient le centre du monde, c’est tellement rare. C’est l’occasion d’en profiter. On va retrouver toute l’équipe du film et le tournage était tellement bien, que de toutes façons ce sera la fête. Et puis, pour être beaucoup allé à Cannes, la première fois pour ‘Les Roseaux sauvages’, ce sont des souvenirs de jeunesse et je suis content de permettre à Thomas d’y aller. Je pense qu’il y retournera régulièrement, mais l’on garde toujours sa première image de Cannes, et je suis heureux que la sienne soit avec moi, Catherine, Elodie et Guy. C’est une joie que je peux offrir en tant que réalisateur…
Un mot sur le film de Christophe Honoré présenté en compétition, ‘Les Chansons d’amour’ ?
Gaël : Je joue dedans. Un petit rôle. ‘Les Chansons d’amour’ est une comédie musicale, il y a un petit clin d’oeil au tout début. C’est un cinéaste ami, même un cinéaste frère. Nos films sortent en même temps. Dans les cinéastes de ma génération, c’est celui dont je me sens le plus proche même si nos cinémas sont très éloignés.
vos commentaires
Pour aller plus loin
Articles & dossiers associés
-
60e FESTIVAL DE CANNES
Le carnaval des habituésSoixante ans. Soixante ans que le Festival de Cannes marque l'année cinématographique autant par son sens du strass et des paillettes que par son exigence artistique. A tel point que l'on...
Plus sur 60e FESTIVAL DE CANNES
Les films associés
Film dramatique
Après lui
de Gaël Morel
Camille voit sa vie brisée par la disparition de son fils dans un accident de la route. Incapable de faire le deuil, elle s'attache à Franck, le meilleur ami de celui-ci, qui est aussi...
- Plus sur Après lui
« Après lui »
3 personnes ont déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
RéagissezLes stars & célébrités associées
-
Thomas Dumerchez
Acteur françaisLe public français découvre Thomas Dumerchez en 2004, alors qu’il fait partie du casting très masculin du drame ‘Le Clan’, dans lequel il donne la réplique à Stéphane Rideau et Nicolas...
- Plus sur Thomas Dumerchez
-
Gaël Morel
Réalisateur, scénariste et acteur françaisNé à Lacenas Né le 25 Septembre 1972Ivre d’actrices et de cinéma, il devient membre d'un Jury Jeunes au Festival de Cannes alors qu’il vient d’avoir… 18 ans. La mise en scène le mobilise mais le cinéaste André Téchiné lui...
- Plus sur Gaël Morel
« Gaël Morel »
1 personne a déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez1
fil culture
-
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Gérard Jugnot sur les planches -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Europacorp mise sur la comédie -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Troisième film pour Claudel -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Étonnants Voyageurs : 60 000...
nouveautés
les Avis des membres
-
18/05/2012 12h14 presque nul...
Voir tous les avis
VOUS AIMEZ
-
Film Policier - Thriller
01.Sans issue
-
Films divers
02.Fading
-
Film Horreur Epouvante
03.Twixt
-
Film d'aventure
04.Avengers
-
Film dramatique
05.De rouille et d'os
-
Films divers
01.Amour
-
Film dramatique
02.Cosmopolis
-
Film dramatique
03.Confession d'un enfant du siècle
-
Comédie dramatique
04.The Paperboy
-
Film dramatique
05.Holy motors
citation du jour
« J’ai pris un cours de lecture rapide et j’ai pu lire “Guerre et Paix” en vingt minutes. Ca parle de la Russie. »
de Woody Allen
En savoir plus sur cette citationVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez-
Membres (7)





Documentaire
01.Palestro, Algérie : histoire d'une...
Film Policier - Thriller
02.Sans issue
Film Fantastique SF
03.Lock Out
Film Policier - Thriller
04.Contrebande
Films divers
05.Fading