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Sophie perdue dans ChinatownINTERVIEW DE GINA KIM ET VERA FARMIGA
Pourquoi 'Never Forever' ? Gina Kim : En fait, ce sont les premiers mots tirés d'un très beau poème sur le thème de la passion. L'amour y transcende la réalité et le temps. C'est un titre qui m'a paru très pertinent pour le film. En outre, à l'écriture du scénario, deux parties se sont très vite dégagées. La première correspond à “Never” et se conclue sur la réplique de Sophie à l'attention de Jihah : "Nous ne nous reverrons jamais." Le film aurait pu se terminer là. Sophie est enceinte. Les termes du marché ont été honorés. Commence alors la deuxième partie du film, le "Forever" : là où les désirs et l'amour finissent par se révéler. Comment avez-vous travaillé ensemble ?
GK : Pour Sophie, je cherchais quelqu'un capable d'"habiter" véritablement le rôle plus que de le "jouer". Et j'ai trouvé en Vera cette femme diaphane et mystérieuse, dont la simple présence physique suffit à provoquer une puissante charge émotionnelle. Sur son visage transparaissent les sentiments les plus intenses. Les images se suffisent à elles-mêmes. Une présence qui était indispensable à ma volonté de réduire les dialogues au strict minimum. C'est un travail très exigeant pour une actrice et je craignais de ne jamais trouver ma perle rare. Mais en voyant Vera dans 'Down to the Bone', j'ai été frappée par sa performance. Elle a la capacité de s'effacer derrière le personnage qu'elle interprète. Dans chacun de ses films, incarnant des personnages clairement différents, Vera sait se fondre complètement dans son rôle. Et dans ce café, à Soho, j’ai compris à l’instant où je l’ai vue que je tenais ma Sophie. Pouvez-vous nous parler de vos choix de réalisation ?
Nous ne savons rien de Sophie, en dehors de sa vie avec son mari. Comment avez-vous travaillé votre personnage ? VF : Une première version du scénario contenait un certain nombre d'éléments qui pouvaient aider à mieux la cerner. Notamment, la présence d'un père pas très paternel et l'absence de la moindre figure maternelle. Je travaille toujours un personnage en partant des aspects extérieurs. Son style, ses vêtements, sa coiffure… Il s'agit pour moi de fixer les contours plastiques de mon personnage. Pour m'approprier un rôle, je commence toujours par changer mon aspect physique. Et surtout, ce scénario est arrivé dans ma vie à un moment où mon désir d'être mère et celui de faire de quelqu'un un père surpassait tout le reste. C'était une véritable idée fixe. L'histoire a trouvé en moi une réelle résonance. Quel est le rôle de la belle-famille dans cette histoire ?
Quel était votre but en montrant Sophie comme étant l'étrangère ? GK : Dans ce film, toutes les situations et tous les personnages sont ironiques. Le personnage de Sophie doit se prostituer pour devenir mère. Et lorsqu'elle y parvient enfin, son mari ne voit en elle que cette prostituée qui a cédé à ses désirs en allant coucher avec un autre. L'ironie se retrouve également dans les dialogues. Sophie est ainsi souvent amenée à dire le contraire de ce qu'elle pense réellement. Et en plaçant Sophie au coeur de cette communauté américano-coréenne, j'ai souhaité renverser les stéréotypes. Avoir un mari et un amant coréens, dans la société new-yorkaise actuelle, est une chose plutôt rare. Et alors qu'elle devrait être le personnage dominant, Sophie est cet être fragile et docile, soumis à la pression de sa belle-famille et donc de son mari. Elle a beau être américaine, blanche et blonde avec de jolis yeux bleus, elle se sent terriblement seule. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle finit par s'attacher à Jihah : ils sont tous les deux victimes de leur isolement. Considérez-vous 'Never Forever' comme un film féministe ?
GK : Effectivement, je ne voudrais pas réduire le propos de mon film à des considérations exclusivement féministes, même si c'est un mouvement auquel je crois. Et encore faudrait-il s'entendre sur la définition du féminisme. Certes, il y est question de désirs féminins et de maternité. Mais au-delà, 'Never Forever' est d'abord un encouragement pour chacun à définir ce que l'on veut et, ensuite, à se donner les moyens d'y parvenir, en dépit des difficultés. Il s'agit d'apprendre à se réaliser. Et peut-être est-ce un peu plus difficile pour les femmes qui oublient souvent de satisfaire leurs propres besoins, leurs propres désirs. Oui, 'Never Forever' peut être perçu comme un film féministe, mais j'espère sincèrement que sa portée sera bien plus large. C'était en tout cas ma volonté. Propos recueillis par Mathieu Menossi et Marion Haudebourg pour Evene.fr - Octobre 2007
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