RSS

INTERVIEW DE JACQUES DOILLON Un autre regard

Propos recueillis par Simon Duflos pour Evene.fr - Avril 2008 - Le 01/04/2008

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
0 avis
  • Membres (0)  
INTERVIEW DE JACQUES DOILLON

Après cinq ans d'absence, Jacques Doillon revient avec 'Le premier Venu'. Ni social ni sentimental, le film est pourtant un savant mélange des genres. Le cinéaste ne joue pas la facilité et signe un drame aux enseignements profondément humains.

On le disait fatigué de tourner, à bout de souffle. Jacques Doillon tord le coup aux rumeurs et propose son 'Premier Venu' au public. Sans prendre le spectateur par la main, son film est tout à la fois : critique du mécanisme de l'exclusion, éloge de l'humanisme... Une autre vision de la réalité, sans cynisme ni euphorie.

'Le Premier Venu' se déroule dans un contexte social difficile, où la précarité fait partie du quotidien, et où les perspectives d'un avenir meilleur ne semblent pas nombreuses. Etait-ce plus compliqué de traiter des sentiments de deux jeunes adultes ?

Ce n'était pas un choix délibéré. Au cinéma en général, les histoires mettent en scène des adultes plutôt bourgeois. Mais dans la "vraie vie", il y a des enfants, des adolescents, des gens qui ont du mal à gagner leur vie... Ce n'est pas pour maudire de mes petits camarades réalisateurs ou d'un milieu social par rapport à un autre, mais c'était plus facile de démarrer avec un personnage comme Costa, l'anti-héros typique, qui donnait certaines clés. Il aurait pu être un bourgeois pas très formidable, mais ça n'aurait pas eu la même portée. Etre d'un milieu modeste ne lui donne pas d'excuses, mais par exemple, quand on voit son père, on se rend compte que l'on n'a pas dû l'aimer pendant son enfance. Il n'a pas retenu l'attention. Qu'il ait ensuite manqué de confiance et qu'il n'ait pas réussi à s'en sortir, c'est une évidence absolue. De ce point de vue, c'était plus facile pour moi. Et peut-être, alors que je ne tourne pas volontiers deux fois avec un même acteur, j'ai eu Gérald Thomassin dans le collimateur assez tôt. Il me paraissait un premier venu tout à fait formidable.

Le film ne donne pas de détails sur le personnage central, Camille, joué par Clémentine Beaugrand. Qu'elles sont ses attentes, et surtout sa motivation dans son acharnement à l'égard de Costa, personnage marginal, à l'opposé de la jeune fille ?

C'est un personnage assez insaisissable, à première vue. D'ailleurs, elle est mal comprise par les deux garçons. Ils sont dans un schéma classique de rivalité amoureuse, alors que ce n'est pas son cas. Elle maîtrise assez bien son destin et son désir, mais les autres ne le comprennent pas, il leur paraît insensé. Mais, entre ce qu'elle veut, et ce qui se fait, elle prend conscience que ce n'est pas un théorème. Ce n'est pas un personnage qui arrive avec une envie dès la première scène et qui sort avec ce qu'elle a réussi à obtenir à la dernière scène. Ce qu'elle contrôle le plus c'est son désir, qui est, pour emprunter un langage "catho", un don d'amour. Si on regarde quelqu'un qui vous fait plutôt peur et qui ne vous intéresse pas, que l'on dépasse ce manque d'intérêt, qu'on y met un peu plus d'intention et d'intensité, est-ce qu'on ne va pas trouver le bon côté de l'autre ? C'est une question de regard : quelqu'un qui s'attarde pour la première fois peut-être sur une personne qui n'est sûrement pas habituée à être vu comme ça. Et le garçon se rend compte que ce regard est nouveau, il en tire un certain plaisir. Depuis un certain temps, il est à la fois un ami sur qui on ne peut pas compter, un mauvais père, un fils indigne... Il est désolant sur tout.

Comment avez-vous choisi François Damiens pour ce film, lui qui est plutôt habitué à des rôles comiques ?

Je l'avais aperçu une ou deux fois dans des "pitreries" de télévision que je trouvais souvent assez drôles d'ailleurs. Mais je ne pouvais pas l'utiliser dans ce registre là. Ca m'amusait seulement si je pouvais retourner ce personnage. C'était assez drôle de voir la trouille qu'il avait devant le maniement du couteau de Gérald Thomassin. Il n'a jamais eu confiance en lui, de temps en temps on le voit faire des bonds quand il lui passe le couteau trop près ! Quand le tournage a été terminé il était tout content d'être encore en vie !

Malgré la violence qui plane sur le film, physique, verbale ou morale, le ton reste optimiste, et la note finale le confirme. Est-ce une attention particulière que vous apportez aux personnages ?

Costa vient d'un milieu où la violence est présente, c'est un moyen de communiquer. Et ce n'est pas parce qu'il a appris à s'exprimer grâce à elle, qu'il est obligatoirement un type antipathique. Mais c'est très difficile de faire des films de deux heures autour de personnages que l'on n'aimerait pas. Ce serait compliqué de l'écrire, premièrement. Par exemple, s'il y a un genre que je n'aime pas, c'est la parodie. Ces films sur la bourgeoisie que l'on a si souvent vus, faits par des cinéastes qui en sont issus, et qui règlent des comptes avec des personnages de notaires. Je ne vois pas comment on peut se lever le matin pour travailler sur des personnages que l'on déteste et que l'on ne fait que dénoncer. D'une certaine manière, ces trois-là dans 'Le Premier Venu', je les aime beaucoup, comme j'aime ceux de mes autres longs métrages. Faire un film, c'est très long à écrire, à financer, à tourner, à monter. On passe beaucoup de temps avec eux. Pour se dire dès le départ : je vais être un an ou deux avec des gens que je n'estime pas, il faudrait être extrêmement masochiste.

A la vue du film, le jeu des comédiens donne l'impression d'une grande liberté, qui tient presque de l'improvisation. Pouvez-vous nous parler de votre manière de diriger les acteurs ?

La liberté est à conquérir. J'ai tendance à tourner en plan-séquence, les scènes font à chaque fois trois ou quatre minutes. Les acteurs de ce film ne sont pas des comédiens professionnels "accomplis", si l'on peut dire. Il faut donc travailler pour avoir ce sentiment de liberté. C'est après dix ou quinze prises que l'on commence à comprendre la nature, la vérité de la scène. Le bon rythme, les mouvements intérieurs de chaque personnage, on ne peut pas les trouver immédiatement. Si l'on regardait les deuxièmes ou troisièmes prises de chaque scène, c'est assez médiocre, c'est un début de recherche. En passant par le travail et en ne se trompant pas avec les acteurs que l'on a choisis, alors on va obtenir une liberté que nous donnent les grands instrumentistes du côté de la musique, que nous donnait Zidane ailleurs, à force d'avoir manipulé un instrument, un ballon... Il faut aussi se mettre à la place des comédiens : quand pendant des années on vous a dit que c'était bien tout de suite, et qu'on tombe sur un type hargneux, curieux et fouineur comme moi, parfois ça passe mal. Mais faire ce métier c'est aussi être surpris, dépasser le scénario, et il faut accepter les changements, les enrichissements, qui ne viennent qu'avec la répétition des scènes et le travail du texte.

Le choix de la région Picardie, et de la baie de Somme plus précisément, pour tourner votre film vous tenait-il à coeur ?

Ce n'était pas un choix particulier, l'histoire pourrait se dérouler n'importe où. Si ce n'est que j'étais allé quelques jours en baie de Somme, que je ne connaissais pas, avec ces sables magnifiques dessinés par les courants de la mer, et aussi ces paysages des champs qui sont sous le niveau de la mer, sur des hectares et des hectares. Et il y avait surtout ces huttes de chasse ici et là. Comme je ne filme pas les paysages, mais les visages, je savais qu'il serait peu présent dans le film. Mais quand vous choisissez un lieu plutôt qu'un autre, c'est que vous vous y sentez bien. Ce décor, cette hutte, la baie de Somme, tout cela m'a donné le dernier acte. La région Picardie avait d'abord dit : "nous n'aidons que les premiers films". J'ai donc cherché ailleurs mais comme j'avais la "nostalgie" de ces endroits, ça ne donnait rien. Puis ils sont revenus sur leur décision, et exceptionnellement ils ont aidé mon film.

Quels sont vos projets pour le futur ? D'autres films en préparation ?

La difficulté n'est pas d'avoir des projets, mais de faire des films. En ce qui me concerne, je n'ai pas tourné depuis cinq ans. Dans cette société du divertissement, le cinéma est passé dans les mains des télévisions, et la majorité, presque toutes, ne veulent plus entendre parler que de films de divertissement. C'est la fin de l'utopie qui disait : les gens travaillent moins, ils vont pouvoir faire des activités un peu plus astucieuses, en tout cas devenir un peu plus curieux. Hélas il semblerait qu'à 21 heures, devant la télévision, ils s'intéressent à des choses médiocres. Est-ce qu'on leur laisse le choix ? Telle est la question. Pour revenir très en arrière, à l'époque de l'ORTF, les programmes étaient beaucoup plus ambitieux. Aujourd'hui ce n'est plus le cas. Et ce qui est difficile, c'est de penser que la situation ne peut pas s'arranger. Si encore on voyait une gauche qui avait une ambition infiniment plus grande, et qui dans son programme inclurait cette ambition culturelle là. Mais je n'ai jamais vu des gens de gauche intéressés par ce problème. On a le sentiment, pour schématiser, que plus les scénarios sont médiocres, plus ils trouvent de l'argent facilement. Le nivellement se fait par le bas. Donc, la question n'est pas celle de l'envie de faire des films, ou d'arriver à écrire un ou deux scénarios dans l'année, mais de réussir à convaincre. Il m'a fallu cinq ans pour trouver un peu d'argent pour 'Le Premier Venu'. Mais il est tellement amusant de faire des films, et tellement plaisant d'écrire, que je n'arrêterai jamais. J'espère seulement ne plus attendre cinq ou dix ans pour tourner le prochain.

Vers qui faut-il se tourner ?

D'abord vers soi, vers quelques acteurs... Parfois le salut peut venir de quelqu'un dans une télévision qui veut vous aider. France 3 a financé ce film, sans cet apport nous n'aurions pas pu le réaliser. Mais en voyant ces difficultés, on se dit qu'il y aura un cinéma à deux vitesses, où un scénario qui plaira à l'industrie du cinéma se tournera, et pour les autres, il faudra compter sur autre chose. Bricoler. Ensuite, ce n'est pas seulement une question de budget, mais de distribution, de diffusion. Nous sommes quelques réalisateurs à nous demander si par exemple Internet pourra nous offrir ça, et faire en sorte que nos films aillent directement au public, sur la grande toile. Ce serait assurément une grande chance pour le cinéma en général.

vos commentaires

 
votre avis sur cet article : (Jusqu'à 1500 caractères)

Pour aller plus loin

Les livres associés

Le Premier Venu

Cinéma

Le Premier Venu

de Jacques Doillon

Editeur : Ecole des loisirs | Parution : 10 Avril 2008

Camille est sur les traces d'un type d'une trentaine d'années, Costa. Elle l'a suivi, dans le...

Plus sur Le Premier Venu Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  
Le Jeune Werther

Cinéma

Le Jeune Werther

de Jacques Doillon

Editeur : Ecole des loisirs | Parution : 10 Avril 2008

Guillaume est mort. Hier, il s'est pendu. Pour Ismaël, le meilleur ami de Guillaume, pour Théo,...

Plus sur Le Jeune Werther Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  
Le Petit Criminel

Cinéma

Le Petit Criminel

de Jacques Doillon

Editeur : Ecole des loisirs | Parution : 10 Avril 2008

Aujourd' hui, pour Marc, cela pourrait être un jour comme un autre dans les couloirs vides de sa...

Plus sur Le Petit Criminel Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  
Les Doigts dans la tête

Cinéma

Les Doigts dans la tête

de Jacques Doillon

Editeur : Ecole des loisirs | Parution : 10 Avril 2008

Chris, Léon, Rosette et Liv sont barricadés dans une chambre de bonne. Ils mangent ensemble,...

Plus sur Les Doigts dans la tête Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  

Les films associés

Le Premier Venu

Film dramatique

Le Premier Venu

de Jacques Doillon

Sortie en salle : 2 Avril 2008

La fille a une vingtaine d'années, elle est issue d'un milieu bourgeois. Elle cherche à donner un peu de lumière et de légèreté à sa vie qu'elle voit comme très insuffisante et inutile....

« Le Premier Venu »

1 personne a déjà commenté cet article

Voir les commentaires

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
1
  • Evene  
  • Membres (1)  

Les événements associés

Prix Louis-Delluc 2008

Festivals

Prix Louis-Delluc 2008

Date : le 12 Décembre 2008 TERMINÉ

Le prix Louis-Delluc a été créé en 1937 en hommage à Louis Delluc, réalisateur, premier journaliste français spécialisé dans le cinéma et fondateur des ciné-clubs. Ce prix récompense chaque...

Plus sur Prix Louis-Delluc 2008 Réservez vos places sur fnac.com

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  
Hommage à Jacques Doillon

Rétrospectives

Hommage à Jacques Doillon

Demain: Cinémathèque de Toulouse - Toulouse (31000) Dates : du 14 Octobre 2008 au 29 Octobre 2008 TERMINÉ

Du 14 au 29 octobre, la Cinémathèque de Toulouse rend hommage à Jacques Doillon en projetant quelques uns de ses plus grands films. L'occasion de (re)découvrir l'oeuvre d'un cinéaste majeur...

Plus sur Hommage à Jacques Doillon Réservez vos places sur fnac.com

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  
La Semaine des cinéastes

Festivals

La Semaine des cinéastes

Dates : du 20 Août 2008 au 26 Août 2008 TERMINÉ

Pendant cette semaine, le Cinéma des cinéastes propose de revenir sur les films sortis au cours de l'année, en présence des auteurs, réalisateurs et producteurs pour des rencontres et des...

Plus sur La Semaine des cinéastes Réservez vos places sur fnac.com

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  
Festival Trois couleurs

Festivals

Festival Trois couleurs

Demain: MK2 Parnasse (75006) Dates : du 25 Mars 2009 au 31 Mars 2009 TERMINÉ

Trois couleurs, le mensuel du groupe MK2, a sélectionné pour son festival vingt et un films considérés comme le meilleur du cinéma parmi les sorties de l’année dernière. Du 'Conte de Noël'...

Plus sur Festival Trois couleurs Réservez vos places sur fnac.com

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  
Festival international du film de La Rochelle 2009

Festivals

Festival international du film de La Rochelle 2009

Demain: Dragon - La Rochelle (17000) Dates : du 26 Juin 2009 au 6 Juillet 2009 TERMINÉ

La 37e édition du Festival international du film de La Rochelle aura lieu du 26 juin au 6 juillet en compagnie, cette année, de Jacques Doillon, Bent Hamer, Nuri Bilge Ceylan et Ramin...

Plus sur Festival international du film de La Rochelle 2009 Réservez vos places sur fnac.com

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  

Les stars & célébrités associées

  • Jacques Doillon

    Jacques Doillon

    Réalisateur, scénariste, monteur et acteur français
    Né à Paris Né le 15 Mars 1944

    Après plusieurs courts métrages, Jacques Doillon se fait connaître en 1972 avec son premier long 'L'An 01'. Deux collaborateurs de prestige, Jean Rouch et Alain Resnais viennent tourner...

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
     
    • Membres (0)  
  • Clémentine Beaugrand

    Actrice française

    « Clémentine Beaugrand »

    1 personne a déjà commenté cet article

    Voir les commentaires

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
    1
    • Membres (1)  
  • Gérald Thomassin

    Gérald Thomassin

    Acteur français
    Né à Pantin Né le 8 Septembre 1974

    ‘Le Petit Criminel’ n’est pas le surnom de Gérald Thomassin, mais bien le premier film dans lequel il a joué en 1991, sous la direction de Jacques Doillon. Il reçoit pour ce rôle le césar...

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
     
    • Membres (0)  
  • François Damiens

    François Damiens

    Acteur belge

    Très peu connu en France, François Damiens est pourtant une véritable star en Belgique. Il commence sa carrière en participant à des séries de caméras cachées diffusées dans les avions. Il...

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
     
    • Membres (0)  

fil culture

François Morel plaide au Rond Point

ThéâtreFrançois Morel plaide au Rond Point

Plus sur François Morel plaide au Rond Point
 

nouveautés

les Avis des membres

VOUS AIMEZ

la lettre evene

L’actualité culturelle au quotidien
Citation, livre, événement, célébrité, jeu concours... › Voir la lettre du jour
Plus

citation du jour

« J’ai pris un cours de lecture rapide et j’ai pu lire “Guerre et Paix” en vingt minutes. Ca parle de la Russie.  »

de Woody Allen

En savoir plus sur cette citation

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (7)
     

privilèges

Plus

vidéos

  • Amour, de Michael Haneke Palme d'Or 2012

  • Madagascar 3 : la love story XXL de King Julian et Sonia avec la voix de Michaël Youn (King Julian).

Plus

photos

  • "The We and the I" de Michel Gondry - The We and the I

    "The We and the I" de Michel Gondry © Mars Distribution

  • Holly Motors de Léos Carax - Holy motors

    Holly Motors de Léos Carax © Les Films du Losange

agenda

tous les films

Découvrez tous les films dans l'une de ces catégories :

et aussi