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INTERVIEW DE JAMES C. STROUSE Etat de grâce

Propos recueillis par Marion Haudebourg et Mathieu Menossi pour Evene.fr - Mai 2008 - Le 30/05/2008

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INTERVIEW DE JAMES C. STROUSE

Avec 'Grace is Gone', James C. Strouse signe son tout premier passage derrière la caméra. Abordant le conflit irakien avec une étonnante maturité, le jeune réalisateur offre une profonde méditation sur la douleur et l'impuissance de ceux qui restent.

Après deux scénarios et une réalisation, la plume assurée, le regard acéré, James C. Strouse filme déjà juste. Ancré dans un quotidien intime et personnel, 'Grace is Gone' se garde bien de toute prise de position partisane anti-guerre. James Strouse, tel un disciple de Socrate, procède par questions. Comment annoncer à ses enfants la disparition d'un être cher ? Comment rester fidèle à son système de valeurs ? Comment envisager l'avenir après un tel traumatisme ? Centré sur ses trois personnages principaux (dont un John Cusack éblouissant de sobriété), le film évite tout traitement spectaculaire. Reposant entièrement sur l'écriture et le jeu des acteurs, 'Grace is Gone' s'impose déjà comme une des pièces majeures du cinéma américain indépendant.

D'où vous est venue l'idée du film ?

Elle me vient de mon enfance dans l'Indiana, dans le Midwest. Je connais très bien les gens comme Stanley Phillips (le personnage incarné par John Cusack, ndlr). J'ai grandi avec. Je me retrouve en lui sur pas mal de choses. Je me suis également inspiré de ma propre famille. Mon père a servi brièvement dans l'armée mais je n'ai pas du tout grandi dans une famille militaire. Dans le film, tout repose sur cette dynamique père / filles.

Qu'est-ce qui vous a influencé dans votre famille ?

J'avais une famille très patriotique. Je n'associe pas ça au conservatisme, à la droite ou la gauche. Ce sont juste des gens qui aiment sincèrement leur pays. Et c'est quelque chose dont je voulais faire le portrait et honorer à travers le personnage de Stanley Phillips. Il est facile de regarder avec condescendance ceux qui ont des croyances qui peuvent sembler vieux jeu. Aujourd'hui, je vis à New York et là-bas, les gens regarderaient Stanley comme un dinosaure. Mais New York n'est pas les Etats-Unis. Je voulais honorer cette mentalité, sans la juger, sans s'en moquer.

Pourquoi avoir choisi de parler d'un homme qui perd sa femme et non l'inverse ?

C'est une nouvelle situation qui n'est possible aux Etats-Unis que depuis peu de temps. En fait, c'est un sujet pas du tout exploré. En tant que scénariste, si on a une idée et que l'on se rend compte que rien de tel n'a jamais été fait, il faut suivre cette idée parce qu'elle sera sûrement bonne. C'est tellement rare de trouver un nouveau contexte. C'est une histoire familière, une histoire classique de deuil qu'on a déjà vu, mais jamais racontée de cette façon.

Beaucoup d'éléments sont authentiques. Pourquoi cette approche presque documentaire ?

Je sentais que c'était nécessaire pour cette histoire. J'ai lu le livre de Sidney Lumet 'Making Movies', qui est un bouquin génial pour n'importe qui s'intéressant au cinéma, à la réalisation. Il dit que c'est l'histoire qui dicte la façon de la raconter. Et je pense vraiment qu'il y a des manières dont les histoires doivent être racontées. Le seul qui semblait approprié était de le faire de manière réaliste. Il y a un précédent réel, il y a des familles dans cette situation. Je ne voulais pas que le style s'interpose, ou même se sente. Ce qui était à la fois positif et négatif. Il fallait rester sobre par rapport à l'histoire, même si c'était frustrant. J'aurais voulu explorer certaines pistes, bouger un peu plus la caméra. Mais pour ça, il faut une raison et pour mon histoire, il fallait de la stabilité. Quand la caméra bouge, on le remarque. J'aurai l'occasion de faire des choses plus intéressantes esthétiquement parlant dans d'autres projets.

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