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INTERVIEW DE JEAN-PAUL RAPPENEAU Histoire d’en rire

Propos recueillis par Léa Chauvel-Lévy pour Evene.fr - Juillet 2007 - Le 19/07/2007

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INTERVIEW DE JEAN-PAUL RAPPENEAU

La 35e édition du Festival international de La Rochelle a été l’occasion de rencontrer Jean-Paul Rappeneau, invité d’honneur de la manifestation. L’alibi parfait pour revenir sur les traits saillants de son cinéma.

Le cinéma de Jean-Paul Rappeneau émancipe la popularité de son image parfois simpliste. Les comédies populaires du réalisateur surnommé “le prince de l’élégance” affichent toujours finesse, sagacité et intelligence. Contrairement aux cinéastes de la Nouvelle Vague, Rappeneau fit très tôt gagner le large à ses réalisations et choisit de ne pas les cantonner aux chambres de bonnes d’un Paris intra-muros. Son parti pris a toujours été celui de rendre sur la toile des périodes historiques en égayant les bobines. Le vice-président de la Cinémathèque française répond avec la générosité d’un débutant, affable et détendu, heureux d’avoir mis un point final à son dernier scénario écrit en collaboration avec l’écrivain Tonino Benacquista.

Le lien entre votre cinéma et l'écriture romanesque est fort. Vous sollicitez notamment la collaboration d'écrivains comme Patrick Modiano. Quel rapport avez-vous avec l’écriture ?

J’ai toujours beaucoup lu. J’ai vécu dans les livres, surtout adolescent. Je suis d’une génération où il n’y avait ni télévision ni cinéma. Je lisais tout le temps, je me souviens que lorsque mon père voyait la lumière encore allumée très tard le soir, je faisais semblant de m’être endormi sur le livre. La littérature m’a toujours accompagné. Je me souviens d’Alexandre Dumas, de Jules Verne. Tout le XIXe siècle en fait m’a plu. Puis j’ai fait un détour par le théâtre que j’ai adoré, au point de songer à devenir comédien. Et enfin, j’ai découvert le cinéma, après la guerre, à travers les films américains. Je me suis dit que c’était l’art suprême mais derrière cette passion naissante, il y avait l’amour des livres. L’acquis littéraire était là avant que je ne me plonge dans le cinéma. Je suis monté à Paris, je suis devenu assistant, puis scénariste. J’ai rencontré mes amis de la Nouvelle Vague. Quand je suis venu au cinéma, l’écriture était déjà là, attendant qu’elle ne se réalise pour moi.

Pensez-vous que votre cinéma puisse exister sans l’apport spécifique et particulier de l'écriture littéraire ?

Lorsque j’écris un scénario, je tends à l’écrire comme j’écrirais un roman. La rédaction m’importe énormément. J’écris toujours une première version de scénario romancée puis suit une deuxième version bien plus technique où le décor gagne en précision et où la profusion des détails de réalisation supplante la première narration. Mon fils, également scénariste, me le reproche d’ailleurs souvent !

Les adaptations littéraires sont-elles pour vous un aveu de force ou de faiblesse du cinéma ?

Il a toujours existé des adaptations littéraires. Regardez la merveille du cinéma muet ‘Le Comte de Monte Cristo’ de 1929 : il s’agit d’une adaptation. L’écriture a toujours beaucoup compté pour le cinéma français. Je pense à Pagnol, Guitry, Prévert. Pendant très longtemps le monde des livres a nourri le cinéma. Louis Malle adapte ‘Zazie dans le métro’ de Raymond Queneau et je participe à l’adaptation. Truffaut s’est rué sur les livres qu’il aimait, dès son deuxième film ‘Tirez sur le pianiste’. La voix off compte pour beaucoup dans la narration filmique et est souvent proche d’un exercice littéraire. Je crois que pour qu’il se réalise, mon cinéma doit être proche de l’écriture.

Vous avez surpris avec ‘La Vie de château’ en égayant le discours qu'on portait à l'époque sur la guerre. Comment avez-vous eu cette envie de renouveler un genre ?

Ce n’était pas franchement voulu. C’est une idée que nous avons eue avec Alain Cavalier et lors de la rédaction du scénario j’étais même embarrassé de trouver des éléments burlesques dans ces histoires de maquis, de libération. On voulait que ce soit un film sérieux. Faisant malgré moi déraper les choses, tout devenait drôle. Je me souviens avoir téléphoné à Alain, et lui avoir dit que cela me faisait beaucoup rire. Nous avions même eu peur de choquer. Mon caractère a pris le dessus. Dans toute situation je vois la drôlerie, le décalage entre le comportement des gens et les situations. C’est pour ça que dans les périodes dramatiques, je vois bien le contraste qu’il peut y avoir entre la folie et le sérieux. Au fond, ce qui aurait pu être un drame est devenu une comédie sans qu’on ne le choisît. J’ai, avec simplicité, laissé mon tempérament s’exprimer.

Votre cinéma est principalement historique. Que pensez-vous de ce genre florissant dans les années 1950 qui semble aujourd'hui être sur le déclin ?

A l’exception du ‘Sauvage’ avec Montand et Deneuve, mes films sont en costume car j’aurais du mal à faire un film qui se passe de nos jours. J’ai toujours besoin de rêver d’un film dans un espace-temps bien différent de celui que j’ai sous les yeux, dans un ailleurs. ‘Le Sauvage’ m’emmenait ailleurs, géographiquement, et le décor constituait presque un costume, il était le voyage dont j’ai besoin pour faire un film. Je regrette bien sûr que les films en costume soient sur le déclin mais je crois que je me l’explique facilement : des sommets ont été atteints, avec Visconti par exemple ou ‘Barry Lyndon’ de Kubrick, sur lequel Milena Canonero a fait un travail remarquable. Il y a des choses insurpassables mais c’est vrai que c’est toujours un plaisir de voir du cinéma en costume. Enfin, il ne faudrait pas voir ça tous les jours, on se lasserait.

Avez-vous une période historique de prédilection, que vous souhaiteriez plus tard porter à l'écran ?

Plus maintenant... J’étais un passionné de la Révolution, j’ai réalisé les films que je voulais en relation avec cette période. La dernière guerre, la période de mon enfance, me touche beaucoup. Elle est traitée dans ‘Bon voyage’ , sans doute le film que j’ai fait qui m’est le plus cher.

Le point de départ de vos réalisations réside-t-il dans l'histoire avec un petit h ou avec un grand H ?

Je pars d’une période qui me passionne, bien sûr. Dans le cas de ‘Bon voyage’, je suis parti d’un lieu chargé d’histoire qui a su mobiliser mon attention et ma curiosité. En lisant des ouvrages historiques sur l’exode de 1940, je me suis aperçu qu’à Bordeaux, les artistes, notables et le gouvernement lui-même avaient fui tout l’establishment français et avaient élu domicile à l’hôtel Splendid. Toutes les personnalités qui avaient compté pendant les années suivantes s’étaient retrouvées quelques jours dans cet hôtel alors que La France chavirait. Là, je me suis dit qu’il y avait un monde, un décor et que je tenais quelque chose pour un scénario.

Il se passe du temps entre chaque nouveau film. Vous avancez à votre rythme ?

Je reviens tous les cinq ans. Pendant longtemps je promettais de revenir vite. Mais je me suis vite rendu compte qu’il m’était impossible, biologiquement, d’aller plus vite. Je suis comme un naufragé sur la plage : je n’ai aucune idée de ce que sera le film suivant. Pour trouver quel sera le film suivant, le prochain voyage, je me tourne vers les livres, je me pose inlassablement la même question : n’y aurait-il pas un bouquin que je voudrais porter à l’écran ? J’inspecte également les scénarios qu’on me propose. Pour tout cela, j’ai besoin d’au moins deux ans. Et comme je le disais, l’écriture chez moi est une épreuve qui demande minutie et points d’orgue. Je rencontre des auteurs et le travail de strates s’harmonise progressivement. En définitive, cinq ans c’est très peu ! “Rien ne nous oblige à enchaîner les films”, disait Pascale Ferran récemment. Cela m’a beaucoup touché.

En tant que vice-président de la Cinémathèque française, que feriez-vous pour que le cinéma patrimonial puisse intéresser encore les nouvelles générations ?

Continuer comme nous le faisons avec le directeur, monsieur Serge Toubiana ! Les rétrospectives de films muets charrient avec elles plus de 400 personnes, des enfants pour la plupart, des groupes scolaires ébahis devant le cinéma qu’on leur montre. Les conférences sont écoutées avec attention, cela me touche beaucoup. Quoi de plus émouvant qu’une projection de ‘Faust’ de Murnau, accompagnée d’un pianiste, que vient applaudir une salle comble ?

Pour revenir à ce que disait Pascale Ferran sur les "films du milieu" aux derniers Césars, quel est votre sentiment par rapport à la mort lente mais progressive du cinéma d'auteur ?

Je ne parlerai pas de mort lente. Pascale Ferran en est la preuve vivante. Arte a battu tous ses records d’audience avec la diffusion de son film, ‘Lady Chatterley’. Pourtant, il dure plus de trois heures. Il n’y a qu’en France que des choses comme cela sont possibles. C’est dire combien est vivace le cinéma français. Celui-ci, dans sa diversité, n’est pas mort. Loin de là.

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