-
Comédie dramatique
The Paperboy
-
Documentaire
Woody Allen : a documentary
-
Film dramatique
Cosmopolis
INTERVIEW DE JENNIFER BAICHWAL Les cicatrices de la Terre
Propos recueillis par Rémy Pellissier pour Evene.fr - Novembre 2007 - Le 30/11/2007
Le film 'Paysages manufacturés' est une plongée dans l'univers de l'industrie et de ses conséquences mortifères. Suivant notamment le travail du photographe Edward Burtynsky en Chine durant un mois, la réalisatrice Jennifer Baichwal en rapporte un témoignage visuel saisissant, du côté social comme environnemental.
La réalisatrice Jennifer Baichwal, qui nous a accordé cet entretien, a obtenu de nombreux prix (meilleur documentaire, meilleur long métrage…) avec son film 'Paysages manufacturés', qui sort aujourd'hui en France. Elle a déjà réalisé quatre longs métrages documentaires. Jennifer Baichwal nous explique ici sa démarche, ses envies, son opinion sur la question brûlante de l'environnement…
Tout d'abord, d'où vient l'idée du film ?
J'ai été approchée par Jeff Powis pour regarder environ quatre-vingt heures de rushes d'archives, afin de déterminer si on pouvait en faire un film. Après avoir vu ça avec un ami, David Wharnsby, j'ai réalisé qu'on ne pouvait pas. Tout était trop centré sur Edward Burtynsky. Mais on pouvait l'incorporer dans un film plus large, en utilisant les photographies comme point de départ. Je connaissais le travail d'Edward depuis de nombreuses années. Je l'ai donc rencontré.
Edward Burtynsky a-t-il accepté tout de suite ?
La première fois que je lui ai parlé, je lui ai bien précisé que je ne voulais ni faire un film biographique, ni un film dans le genre "portrait d'artiste". Je voulais qu'il soit plus l'auteur du film que le sujet. Il a accepté, et il a été un partenaire exemplaire.
Etait-il impliqué dans la réalisation du film ?
Non, il n'était pas impliqué, ni dans la réalisation ni dans le montage - ça aurait pu poser des problèmes éthiques… Mais il est venu à la fin du montage, pour discuter des séquences du film comprenant ses photographies.
La plus grosse partie du film se déroule en Chine. Est-ce un choix délibéré, ou est-ce parce que Edward Burtynsky y travaillait lorsque vous avez tourné ?
On a tourné en Chine car c'était effectivement l'endroit où Edward travaillait à ce moment-là. On aurait pu aller ailleurs après, mais on avait largement assez de matière après ce long mois là-bas. Cependant, durant le montage, je me suis inquiété du fait que les gens pensent que, comme nous avions beaucoup d'images de Chine, mon documentaire consistait en une analyse de la révolution industrielle chinoise. Il ne s'agit pas que d'eux, mais plutôt de nous tous, en particulier en Occident, et de nos cycles inconscients de consommation / gaspillage. On conduit cette révolution industrielle, et on est collectivement responsables des changements cataclysmiques qui s'opèrent là-bas. Heureusement, la plupart des personnes qui nous ont fait des retours sur le film ont bien compris l'intention autocritique.
C'est la deuxième fois que vous travaillez avec un photographe pour vos films. Qu'est-ce qui vous intéresse particulièrement dans leur travail ?
C'est un peu une coïncidence. Mon premier ('The True Meaning of Pictures') était un film philosophique qui utilisait le travail de Shelby Lee Adams comme un contexte pour examiner les problèmes de représentation dans le documentaire. Ce serait une erreur pour moi de simplement montrer un travail réalisé sur un autre support (la photographie par exemple) dans un film pour présenter l'oeuvre de quelqu'un. Ca ne servirait à rien. Mais ce qui est intéressant, c'est de transférer cette oeuvre d'une manière intelligente et qui ait du sens, ce qu'on a essayé de faire avec 'Les Paysages manufacturés'. Là, ça vaut le coup.
Justement, pourquoi n'avez-vous pas tenté de créer une oeuvre d'art "originale", au lieu de suivre un photographe ?
Ce qui m'a attiré vers le travail de Burtynsky, c'est le fait qu'il ouvre la conscience des gens pour l'environnement d'une manière non didactique. Il crée le dialogue. J'avais déjà fait quelques films et pas mal de courts métrages à propos d'artistes canadiens ou états-uniens comme Paul Bowles, l'écrivain. Je pense que l'arène de l'art est un lieu particulièrement riche pour explorer les questions du sens et de la condition humaine. L'art a la capacité de nous bouger émotionnellement et viscéralement, pas simplement intellectuellement. C'est pour cela que je travaille avec des artistes qui "me bougent", et que j'essaye de recréer l'expérience que j'ai eue, pour les spectateurs de mes films.
Etes-vous personnellement concernée par les questions d'environnement ?
J'ai toujours été une personne relativement concernée par ces questions. Mais là, avec les endroits que j'ai vus en Chine… Des sites industriels où l'on peut se tourner à 360 degrés sans rien voir de naturel, ni oiseaux, ni arbres, ni plantes, ni herbe, rien… C'était une expérience profondément émouvante et traumatisante, comme un retour soudain à la réalité. Cela m'a fait réfléchir sur mon propre rôle dans la création d'endroits comme ceux-là, ces cicatrices de la Terre…
Qu'avez-vous pensé du film d'Al Gore 'Une vérité qui dérange' ?
Ce film a fait beaucoup pour éduquer les gens à propos des questions environnementales. Mais c'est l'exact opposé de notre film. 'Une vérité qui dérange' est complètement didactique, alors que le nôtre est essentiellement méditatif, il montre la situation catastrophique de lieux dont vous êtes responsables, mais que vous n'auriez normalement jamais dû voir. Le film d'Al Gore vous force à prendre conscience du désastre imminent, à travers les arguments d'un homme passionné. L'oeuvre est puissante parce qu'Al Gore est convaincant. Dans un sens, les deux films vous emmènent au même endroit, mais par des chemins entièrement différents.
Justement, pourquoi n'avez-vous pas insisté plus sur le message ? La neutralité n'annihile-t-elle pas la volonté sous-jacente du film ?
Je pense que de nombreux discours sur l'environnement n'arrivent pas à faire changer les comportements car ils sont trop polarisés, trop radicaux. Encore une fois, c'est ce qui m'a attiré vers le travail d'Edward : il vous emmène vers un dialogue complexe sur votre propre impact sur la planète, sans prêcher. En témoignant simplement. Je pense que c'est plus efficace que les arguments. C'est ce qu'on a voulu reproduire dans le film.
Quel est votre prochain projet ?
Je suis en train de finir un documentaire sur les effets métaphysiques du foudroiement.
vos commentaires
Pour aller plus loin
Articles & dossiers associés
-
LE GRAND RECYCLAGE DE L'ECOLOGIE
Une idée réchauffée ?Alors que la réalité du réchauffement climatique n'est plus à démontrer, tout le monde se prend à "jouer l'écolo" : des hommes politiques en mal de popularité aux responsables marketing...
Plus sur LE GRAND RECYCLAGE DE L'ECOLOGIE« LE GRAND RECYCLAGE DE L'ECOLOGIE »
3 personnes ont déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez3
-
INTERVIEW DE STEPHANE THORETON
Le fêlé des boîtesPour un dîner dans son palace, il met les petits plats dans les grands. Mais quand il part en pique-nique, c'est de petites boîtes qu'il remplit son panier. De conserve ou de tennis, chez...
Plus sur INTERVIEW DE STEPHANE THORETON
-
HOLLYWOOD RECYCLE L'ASIE
5 (bonnes) raisons de préférer l'originalChaque mois sortent en salle des remakes américains. Hollywood fouille dans son passé et dans celui des autres pour recycler les idées, et il semble désormais que les producteurs se...
Plus sur HOLLYWOOD RECYCLE L'ASIE
-
LES PROGRAMMES DE LA TNT
Garanti non-explosifEn 2005, les Français découvraient qu'il y avait une vie après M6 et que tous ces chiffres sur les télécommandes allaient enfin servir à quelque chose. Direct 8, W9, NT1, NRJ 12 et d'...
Plus sur LES PROGRAMMES DE LA TNT
-
LA POESIE EN CHANSON
En vers et contre chantC'est une tendance : de plus en plus de chanteurs recommencent à recycler les grands poètes classiques : de Ridan avec du Bellay à Murat avec Baudelaire en passant par la Première Dame de...
Plus sur LA POESIE EN CHANSON« LA POESIE EN CHANSON »
1 personne a déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez1
-
RECYCLAGE DU THEATRE ET DE LA DANSE
Consommer le passéLe microcosme culturel est sur les dents : une année 2008-2009 plus engagée, plus belle et bien plus originale que les précédentes nous attendrait. Des années que ça dure, et pourtant il...
Plus sur RECYCLAGE DU THEATRE ET DE LA DANSE
-
INTERVIEW DE ROB STEWART
Des seigneurs menacés'Les Seigneurs de la mer' est à la fois une plongée dans le monde mystérieux des requins et un pamphlet pour leur préservation. Ces prédateurs sont en effet menacés d'extinction et leur...
Plus sur INTERVIEW DE ROB STEWART
-
DOSSIER SOMMET DE COPENHAGUE
Qui perd gagnePlus qu'une simple prise de conscience, notre situation écologique nécessite une véritable révolution culturelle. Une perspective dans laquelle le sommet de Copenhague doit s'inscrire pour...
Plus sur DOSSIER SOMMET DE COPENHAGUE
-
LES DOCUMENTAIRES ECOLO
L'heure du tri sélectif'Le Syndrome du Titanic', 'Home', 'Nous resterons sur terre', 'Nos enfants nous accuseront'… Difficile d'ignorer l'offensive écologiste qui sévit sur grand écran ces dernières années....
Plus sur LES DOCUMENTAIRES ECOLO
Les films associés
Documentaire
Paysages manufacturés
de Jennifer Batchwal
Lors d’un voyage en Chine, le photographe canadien Edward Burtynsky documente les effets néfastes de la pollution et de l’industrialisation sur les paysages naturels.
- Plus sur Paysages manufacturés
Les événements associés
Festivals
Festival Cinécolo
Pour sa deuxième édition, le festival Cinécolo s'installe au coeur de Paris au centre culturel de La Clef. Organisé par l'association Les Amis de Tolbiac et le cinéma Le Barbizon, le...
Plus sur Festival Cinécolo Réservez vos places sur fnac.comLes stars & célébrités associées
-
Jennifer Baichwal
Réalisatrice canadienneDocumentariste de formation, Jennifer Baichwal commence par réaliser des documentaires pour la télévision. Son premier film sort en 1998 ‘Let it Come Down : the Life of Paul Bowles’,...
- Plus sur Jennifer Baichwal
-
Edward Burtynsky
Photographe canadienDès son adolescence, Edward Burtynsky entre en contact avec le monde de l’industrie par lequel il est fasciné. General Motors, usine installée dans sa ville natale, est son premier témoin...
- Plus sur Edward Burtynsky
fil culture
-
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Gérard Jugnot sur les planches -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Europacorp mise sur la comédie -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Troisième film pour Claudel -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez29/05 Étonnants Voyageurs : 60 000...
nouveautés
les Avis des membres
-
18/05/2012 12h14 presque nul...
Voir tous les avis
VOUS AIMEZ
-
Film Policier - Thriller
01.Sans issue
-
Films divers
02.Fading
-
Film Horreur Epouvante
03.Twixt
-
Film d'aventure
04.Avengers
-
Film dramatique
05.De rouille et d'os
-
Films divers
01.Amour
-
Film dramatique
02.Cosmopolis
-
Film dramatique
03.Confession d'un enfant du siècle
-
Comédie dramatique
04.The Paperboy
-
Film dramatique
05.Holy motors
citation du jour
« J’ai pris un cours de lecture rapide et j’ai pu lire “Guerre et Paix” en vingt minutes. Ca parle de la Russie. »
de Woody Allen
En savoir plus sur cette citationVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez-
Membres (7)





Documentaire
01.Palestro, Algérie : histoire d'une...
Film Policier - Thriller
02.Sans issue
Film Fantastique SF
03.Lock Out
Film Policier - Thriller
04.Contrebande
Films divers
05.Fading