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INTERVIEW DE JULIE GAVRAS Premiers pas

Propos recueillis par Mikaël Demets pour Evene.fr - Novembre 2006 - Le 27/11/2006

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INTERVIEW DE JULIE GAVRAS

Jusqu’ici réalisatrice de documentaires, Julie Gavras se lance dans la fiction avec ‘La Faute à Fidel’, adaptation d’un roman italien. Un film malin qui revient, à travers les yeux d’un enfant, sur des années soixante-dix mouvementées.

Son nom vous dit quelque chose : oui, Julie Gavras est bien la fille du réalisateur Constantin Costa-Gavras. Ce n’est pas pour autant qu’elle s’est jetée sur le cinéma, puisque son premier long métrage n’intervient qu’après de longues années de courts métrages, documentaires ou autres travaux en périphérie du 7e art. Rencontre avec une femme tranquille qui, sans penser aux conséquences ni à la pression qui pèse sur son nom, a simplement raconté une histoire qui lui tenait à coeur.

Comment vous est venue l’idée d’adapter le roman de Domitilla Calamai ?

Un peu par hasard. On m’a d’abord résumé le roman, de façon plutôt drôle. Ca m’a pris un ou deux ans avant que je me dise que l’histoire me plaisait toujours et qu’il fallait que je le lise. Le livre m’a plu, mais par rapport à ce que j’attendais pour en tirer quelque chose, il m’a un peu déçu : c’est un enchaînement de petites chroniques, la petite héroïne va de rupture en rupture. Finalement, j’ai essayé de garder les ruptures du premier tiers du livre. Ce qui me plaisait dans le roman, c’est que cette histoire permettait de parler de ma génération, dite engagée, comme de la suivante, dite cynique et désintéressée.

L’adaptation de ces courtes chroniques n’a pas dû être facile : il a fallu trouver un fil conducteur...

J’ai d’abord sorti tout ce qui me plaisait dans le livre, et je me suis sentie coincée : pour mon film, il fallait que j’écrive l’histoire des parents. J’avais besoin d’une chronologie précise, qui n’existait pas dans le roman. J’ai rajouté le Chili et l’épisode d’Allende, qui sont devenus le fil rouge du film, non seulement pour leur intérêt historique, mais aussi parce que ce sont des événements qui m’ont marquée. A cette époque, mon père a réalisé ‘Missing’, j’avais alors 11 ans et c’est sans doute le premier film que j’ai compris. Plus jeune, les films de Costa, c’était un peu obscur, voire un peu long (rires). Cette histoire m’a fait connaître la date du 11 septembre 1973, j’ai appris ce qu’étaient un putsch, une junte militaire. Je ne me suis pas engagée à 11 ans, loin de là, mais j’ai sans doute découvert comment marchait le monde à travers cet événement.

En plus du Chili, vous avez également ajouté une dimension féministe au récit d’origine. Vous aviez déjà abordé ce sujet dans vos documentaires : vous teniez à l’inclure dans votre premier long métrage ?

Tout ce qui a été acquis dans les luttes des années 1970 a tendance à être remis en cause aujourd’hui. Finalement, seuls les droits acquis par les femmes semblent acquis pour de bon. Evidemment, il faut veiller à toujours les défendre, mais l’héritage de cette période apparaît comme indiscutable. On a plus fait en 40 ans qu’en 2.000 ans.

Est-ce que ‘La Faute à Fidel’ est un film nostalgique ?

Les événements de cette période ont permis à la génération suivante d’être plus ouverte sur un certain nombre de choses, comme le montre l’évolution de la petite Anna. Il n’y a pas d’adhésion idéologique de sa part évidemment, mais elle change tout de même : d’une petite fille cadrée avec des idées sûres, elle devient une fille qui se rend compte que personne “ne sait les choses pour de sûr” - comme elle dit. On est forcés de se faire nos idées seuls, personne n’a raison. Qu’elle soit d’accord ou pas n’est pas un problème, c’est la remise en cause qui est importante. Cette ouverture a aussi permis une multiplication des choix.

Cette vision enfantine d’un monde chaotique, c’est aussi ce qui vous a séduit dans le roman ?

C’était pas mal d’être planquée derrière une enfant de 9 ans, grâce à elle je n’avais pas à suivre une vérité historique. Tout le monde a un peu son avis sur les années soixante-dix. Moi, cachée derrière Anna, ça me permet de dire que tout le monde était barbu. Ca donne une liberté et un petit grain de folie supplémentaires.

Justement, c’était difficile de diriger un enfant ?

Ca inquiétait un peu tout le monde en effet, sauf moi, sans doute à cause de l’insouciance du premier film. J’avais en plus fait un documentaire sur une classe de CM1, un groupe avec lequel j’ai passé une semaine par mois pendant un an. Après ça, je connaissais bien cette tranche d’âge. On a surtout eu un gros travail de casting, qui a duré 6 mois, où on a eu le temps de voir l’enfant sur la durée. Il ne fallait pas seulement que l’enfant joue bien, mais il fallait - sans être sadique - tester son endurance : c’était un rôle présent sur tous les plans, tous les jours du tournage. Il fallait avoir les épaules larges.

Comment avez-vous choisi le reste du casting, le duo franco-italien Julie Depardieu/Stefano Accorsi ?

Julie Depardieu s’est imposée très vite. Je ne pense pas aux comédiens dès l’écriture, mais j’ai très vite pensé à elle. Ca me plaisait de lui faire jouer autre chose que la fofolle parisienne avec sa petite fleur dans les cheveux. Ici, c’est une bourgeoise mère de deux enfants. J’adore sa façon de jouer. Et je l’ai choisie aussi pour ce qu’elle est : juste elle, telle qu’elle est, quand je l’imaginais dans le rôle de Marie, elle apportait un côté décalé qui épousait et justifiait le rôle. Elle donnait un passé, une épaisseur au personnage.
Stefano Accorsi m’a lui été proposé par Dominique Besnehard, l’agent de Julie. J’ai trouvé que c’était tout de suite une très bonne idée : je l’avais découvert dans ‘Un bébé en Italie’, quand ça a fait un carton, et je me souviens d’avoir pensé, en voyant Stefano et les autres, qu’il y avait enfin une nouvelle génération d’excellents comédiens en Italie. On les retrouve dans ‘La Chambre du fils’, ‘Romanzo criminale’. Ca fait un bout de temps qu’il n’y avait personne, et là voici des gens qui marchent même à l’étranger. Et puis un Italien pour jouer un Espagnol, moi, ça ne me pose pas de problèmes (rires)….

Réaliser un long métrage était un objectif ? Pourquoi s’y mettre seulement maintenant ?

Je marche pour la fiction comme pour les documentaires : un projet dépend d’une rencontre avec des gens, un article, une photo... On ne se dit pas un jour : “Aujourd’hui, je fais mon long.” Ce n’était pas un objectif primordial, même si je me doutais bien que je m’y essayerais un jour, au moins pour voir si ça me plaît.

Verdict ?

Je vais essayer d’en faire un deuxième pour être bien sûre que ça me plaît…

Vous appréhendez l’image de “fille de Costa-Gavras” ?

Je me rends compte seulement maintenant que les gens perçoivent ‘La Faute à Fidel’ comme une oeuvre autobiographique. Moi, je partais d’un livre, j’y ai mis évidemment beaucoup de moi dans les idées et les questionnements, mais pas dans les faits. Après, quand on me parle de Costa, c’est toujours très bienveillant, puisqu’il est quand même bien vu, donc j’en profite un peu je crois…

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