Faire découvrir cet article à un ami
Rock en salleINTERVIEW DE JULIEN TEMPLE
Pourquoi avoir choisi Joe Strummer comme sujet de ce documentaire ?
Etait-ce difficile de parler de Strummer sans évoquer seulement les Clash ? Non. Quand j’ai connu Joe en 1976, je ne connaissais que le punk rocker, le leader des Clash, puissant, charismatique. C’est seulement dans les années 1990 que j’ai découvert le vrai Strummer. J’ignorais combien il ressentait profondément les choses, combien il était instruit, un brillant autodidacte. Je ne savais pas combien il s’intéressait à toutes les cultures, et finalement qu’il avait eu tant de vies à côté de celle des Clash. Je voulais montrer qu’il y avait toute une vie avant et après les Clash. C’est ce qui est intéressant. Les Clash sont le sommet de sa vie, mais pour expliquer les Clash il faut savoir ce qui s’est passé avant, d’où il vient. Les Clash, c’est finalement comme un accident de voiture : Joe roule, il avance, progresse, et tout à coup “Bang !”, c’est l’accident. L’explosion. Et puis, péniblement, Joe rampe hors de la voiture, vivant mais blessé. La manière dont il refait ensuite sa vie est une histoire passionnante, une histoire humaine. Qu’est-ce que vous préférez chez Joe Strummer ?
Finalement, il a eu une destinée assez classique : devenu star, son succès l’a dépassé et il a eu une période difficile. A travers lui, nous revivons l’histoire de beaucoup de rockstars ?
Vous ne réalisez pas que des documentaires, mais aussi des films. Pourquoi n’avoir pas tenté le biopic sur Strummer ? C’est pourtant la mode... Je déteste les biopics. Particulièrement ceux d’Hollywood. Quand on regarde ‘Ray’ sur Ray Charles ou ‘Walk the Line’ sur Johnny Cash, on voit que leur manière de faire est identique. C’est toujours la même histoire, à part que l’un est blanc et l’autre noir. C’est seulement des clichés sur leur vie scénarisés de manière à avoir un début, un rebondissement, et un happy end. Pour moi, une seule personne peut jouer Joe Strummer : c’est Joe Strummer ! Un acteur qui le jouerait, ce ne serait qu’une blague.
Passons à l’autre documentaire que vous sortez : ‘Glastonbury’. Votre démarche est assez originale, puisque vous avez mêlé énormément d’images amateurs, historiques, et les vôtres. Vous teniez à être le plus complet possible ?
Ce travail de longue haleine fut le plus difficile de votre carrière à mener à bien ? Probablement… On a reçu plus de 1.500 heures d’images, des milliers de VHS. Quand on a reçu les premières, on était aux anges, puis on en a tellement reçues qu’on a été submergés. Mêmes regardées en accéléré, ces cassettes recèlent des moments fantastiques. Choisir fut très difficile, on avait des milliers de directions possibles, on était pas loin de désespoir parfois... (rires) Aujourd’hui Joe Strummer est mort et Glastonbury ne semble plus le même. Etes-vous nostalgique ?
Pourquoi filmez-vous tous ces groupes finalement ? C’est votre côté historien ? Craignez-vous que l’on oublie ces moments si vous ne les fixez pas sur la pellicule ? Je n’ai pas peur que ces moments disparaissent, parce que je ne pense pas que ce soit le cas. Je veux juste qu’ils soient utiles pour le futur. Je veux que quelqu’un qui, dans vingt ans peut-être, n’aurait jamais entendu parler des Clash regarde ce film et comprenne de quoi il s’agissait. A un moment, dans le film, on voit Joe Strummer alors qu’il n’est qu’un tout jeune garçon, qui joue dans son jardin et soudain qui s’approche de la caméra et la fixe. Quand tu connais la vie de ce type, et que tu vois ce petit garçon qui regarde la caméra, son futur n’est pas encore écrit. D’où le titre du film. Je crois que plus que ses bonnes chansons, Joe nous laisse un véritable mode de vie. Une honnêteté envers les autres, et envers lui-même avant tout, et c’est une chose importante. Vous filmiez déjà les Sex Pistols alors que vous n’étiez encore qu’étudiant. A une période où tout le monde s’achetait une guitare, pourquoi avoir choisi la caméra ?
Si vous aviez 20 ans aujourd’hui, quel groupe auriez-vous suivi avec votre caméra ? Je ne sais pas… Ce serait quelque chose de jeune et de vraiment nouveau... (Il réfléchit longuement :) J’ai vu Maxïmo Park à Glastonbury, et ils étaient vraiment très bons. Je pense que si j’étais jeune je pourrais me mettre à les suivre avec ma caméra. Mais ce n’est plus à moi de le faire désormais, un jeune le fait sûrement en ce moment.
Propos recueillis par Mikaël Demets pour Evene.fr - Juin 2007
|
Réagissez à l'article "Rock en salle"
Tous les avis sur les articles et interviews
Du Fouquet's au jardin des Tuileries en passant par Eurodisney, année présidentielle oblige, l'attention était sans doute ailleurs. Pourtant, toute l'année, Evene s'est efforcé de vous transmettre une certaine idée de la culture. En voici ses coups de coeur.
Lire "RETROSPECTIVE 2007"
'Berlin' de Julian Schnabel consacré à Lou Reed et à son chef-d'oeuvre maudit sort cette semaine, soit quelques jours avant l'arrivée du film de Martin Scorsese sur les Rolling Stones. Après 'Control' et Joy Division ou 'I'm Not There' et Bob Dylan, les rockers reviennent en force, pour le meilleur et pour le pire, sur les écrans. Mais le rock passe-t-il bien à l'image ?
Lire "QUAND LE ROCK FAIT SON CINEMA"
Après 'The Wall' de Pink Floyd, album de légende le mois dernier, gros plan sur 'London Calling' des Clash. Un disque qui, plutôt que de bâtir des murs gigantesques, relève un défi autrement plus noble : les faire tomber un par un…
Lire "THE CLASH, ALBUM 'LONDON CALLING', 1979"



En tant que leader du groupe punk Clash à partir de 1977, Joe Strummer a profondément marqué l'existence de ses contemporains. Cinq ans après sa mort, cette influence perdure à travers le monde entier, plus forte aujourd'hui que jamais. [...]
Plus sur "Joe Strummer : The Future is Unwritten"



Documentaire retraçant l'histoire du légendaire festival rock anglais de Glastonbury, réalisé à l'occasion des 35 ans de la manifestation, à partir d'images d'archives tournées par des professionnels et des amateurs.
Plus sur "Glastonbury"
Avant d'être diplômé de la prestigieuse Ecole nationale du film de Londres, Julien Temple se fait réalisateur. Il met en place des projets de réalisation liés à l'univers musical, qui lui tient à coeur. Il s'intéresse notamment au début du mouvement musical punk en 1976. Suivant les différentes tournées de groupes emblématiques du primo-punk, Julien Temple signe un premier travail en [...]
Plus sur "Julien Temple"
A Londres dans les années 1970, Joe Strummer "le gratteur" joue avec le groupe de pub rock les 101ers, quand Mick Jones et Paul Simonon décident qu'il sera le chanteur de leur nouveau groupe. Ca tombe bien car Joe a compris, grâce aux Sex Pistols, que le punk allait changer la face du rock. The Clash est né et se lance dans six années de création musicale et d'engagement politique. Joe, [...]
Plus sur "Joe Strummer"
Parmi tous les groupes nés de la vague punk, The Clash est l'un des rares à ne pas s'être enfermé dans une posture réactionnaire, puriste, en essayant toujours de sortir le mouvement de ses clichés. Si le premier album des Londoniens est typique de la violence sèche des disques de 1977, ce qui ne réduit en rien sa qualité, les suivants abordent autant le rock'n'roll pionnier ('I'm Not [...]
Plus sur "The Clash"
Actualité [cinéma] |
L'entre-deux-mondesRENCONTRE AVEC PETER JACKSON ET SAOIRSE RONAN |
Interview de Yann DedetLES METIERS DU CINEMA : MONTEUR |
Quelques distinctions...
Acteurs, réalisateurs, chefs-d'oeuvre... tous furent reconnus par leurs pairs et le public. Mais par quelles récompenses passe leur reconnaissance ?
Découvrez sur Evene les sorties de films pour la semaine du 10 Février 2010 au 16 Février 2010
» La Horde
» Lovely Bones
» C'est ici que je vis
» C'est parti
» L'Autre Dumas
» I Love You Phillip Morris
» Le Temps des grâces
|
