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INTERVIEW DE KIM ROSSI STUART D’un fils à son père
Propos recueillis par Mélanie Carpentier pour Evene.fr - Mai 2006 - Le 26/10/2006
Salué par la critique et primé à Cannes, ‘Libero’, qui sort le 8 novembre sur nos écrans, fait l’unanimité. Son scénariste et réalisateur, Kim Rossi Stuart, livre la chronique d’une famille instable mais unie à travers les yeux d’un enfant de 11 ans. Rencontre.
Gare aux préjugés qui ont la dent longue : Kim Rossi Stuart a un physique de top-modèle, un français hésitant coloré par un accent italien à faire rougir les midinettes et un début de filmographie hétéroclite et parfois peu convaincante. Mais Kim Rossi Stuart est également un comédien dont les choix ont mûri si l’on s’en réfère à sa belle interprétation du bandit romain El Freddo de ‘Romanzo criminale’ de Michele Placido - sorti en DVD récemment. Et il est également le réalisateur d’un petit bijou découvert au Festival de Cannes 2006 ‘Anche libero va bene’ malencontreusement abrégé pour son séjour français au simple ‘Libero’. Alors quand on rencontre ce jeune et talentueux réalisateur italien, on oublie rapidement que l’on est, certainement, nous aussi, une midinette et l’on se laisse prendre au jeu d’une conversation passionnante sur les tenants et les aboutissants d’un film singulier et brillant.
Avec ce film, vous avez souhaité donner la parole à un enfant ?
Je trouve l’expression très juste. Oui, c’est exactement ça. Je voulais également retourner dans l’enfance. Quand je préparais le film et que je cherchais le garçon pour le rôle de Tommi, j’ai rencontré et parlé avec des centaines d’enfants et mon envie de leur donner la parole n’a fait que s’accroître. Ils avaient tous un univers complexe et plein de choses très importantes à dire. Avec les adultes, ce n’est pas toujours comme ça. Nous avons plus ou moins les mêmes problèmes, les mêmes attitudes. Je trouve que les enfants ont un univers plus étoffé.
Le titre original ‘Anche libero va bene’ (“Défenseur central ça me va aussi”) sous-entend-il que l’enfance est faite de compromis ?
Oui exactement. C’est pour cela que j’ai écrit notamment cette scène finale et que j’ai fait de la réplique de Tommi ‘Anche libero va bene’, le titre de mon film. Pour grandir, pour avoir de la générosité, pour se construire, il faut faire des compromis. C’est parfois très difficile pour les enfants. Tommi démontre une très grande maturité à ce moment crucial du film.
Il montre également un amour sans limite pour son père...
Il y a quelqu’un qui m’a dit en Italie, Pietro Citati, un grand écrivain italien : “Je pense que ce film est une grande démonstration d’amour pour la figure paternelle.” Je n’en avais pas autant conscience quand j’ai écrit le scénario.
Saviez-vous, dès le début, que vous interpréteriez le rôle de Renato, le père de Tommi ?
Non, je ne savais pas que j’allais l’incarner à l’écran. Le comédien qui devait prendre le rôle n’a pas joué dans le film au dernier moment. Je n’ai pas trop réfléchi à mon rôle et à son interprétation. Je voulais, avant tout, vivre une expérience complète de metteur en scène. Ma priorité n’était pas mon travail de comédien, c’était les enfants et Barbara, c’était raconter l’intérieur de cet enfant. Renato n’était pas la chose la plus importante. La journée de travail s’organisait de la sorte. Je faisais tout ce que j’avais à faire avec les autres comédiens et avec le temps qui restait j’interprétais mon rôle.
Certaines scènes sont très dures, très violentes : le retour de la mère, le rejet de l’enfant par son père. Comment les avez-vous appréhendées ?
C’est vrai qu’il y a certaines scènes très fortes qui comportent une dimension physique et psychologique importante. En tant que Renato, je dépensais énormément d’énergie et je devais, en plus, diriger les comédiens. Mon objectif était toujours de pousser les enfants et Barbara - qui interprète Stefania, la maman - jusqu’à leurs limites. Pour les scènes avec Alessandro - Tommi - je donnais tout en tant que comédien pour lui permettre d’arriver à ses limites. De mon jeu dépendait le sien.
Parlez-nous de ce jeune comédien, Alessandro Morace, que l’on découvre dans votre film…
L’électricien le comparait à Robert de Niro (rires). Alessandro a une capacité de concentration incroyable. Il est capable de mémoriser un parcours intérieur, émotionnel et physique. Il lui est impossible de mentir, d’être faux. Je lui avais dit, au début, que la chose la plus importante était de ne pas tomber dans le piège et de croire que ce qui se passait était vrai. En plus, son rôle demandait d’intérioriser énormément. Il a des ruptures intérieures qui doivent se voir dans le regard. Dès le début, il m’a donné la sécurité pour un film techniquement difficile avec de nombreuses scènes…
’Libero’ n’est pas qu’un film sur la relation père/fils. Il y est également question des femmes… qui apparaissent fort immatures et naïves ?
C’est vrai que la mère, Stefania, est une enfant… Elle est très immature. La fille, Viola, est plus superficielle. Mais ce n’est pas une vision générale sur la femme (rires). C’est cette histoire-là. A côté de ces deux personnages principaux, on trouve Monica, la petite fille de l’école et la mère d’Antonio, l’ami de Tommi : elles donnent une vision différente de la femme. Certaines personnes m’ont dit que ce film donnait une image pessimiste de la femme. Je ne suis pas d’accord même en ce qui concerne la mère, Stefania. C’est avant tout une femme très complexe et non négative. Je pense même porter un regard plus sévère sur le père qui est à la fois doux, caractériel et parfois violent.
Comme tous les films sur l’enfance, on pense à Truffaut… Aviez-vous des images de films en tête ?
Il y avait des films qui me sont passés par la tête sans pour autant m’inspirer. On pense en effet aux ‘400 Coups’… Je voulais faire quelque chose de très personnel. Je voulais faire quelque chose d’unique, de personnel, d’original, de vrai, de singulier.
Le Festival de Cannes et le public italien ont déjà salué votre travail…
C’est un souvenir agréable. Une réaction très positive du public, c’est appréciable. J’ai reçu le prix CICAE à Cannes, j’ai eu de très bonnes critiques en Italie et un très bon écho auprès du public italien. Bon, ce n’est pas un film qui a fait de l’argent comme un Benigni. Il y a eu 510 copies : dans les grandes villes, le film a vraiment bien fonctionné. Un peu moins en province.
Vous attendez quelque chose de plus du public français ?
Je ne sais pas. C’est ma façon de vivre les choses : ne pas avoir d’expectatives. Ce n’est pas une réponse diplomatique. Tout ça ne m’angoisse pas, je suis content. La distribution est plus angoissante, mais en l’occurrence, ‘Libero’ sort en France avec le double de copies qu’en Italie. Peut-être que ce genre de films a plus de potentiel réceptif ici qu’en Italie. Mais je ne peux pas mal parler de l’audience italienne, parce que c’est toujours comme ça en Italie : on vient en France et on parle mal de notre pays. Le système de distribution en Italie est différent d’ici, même s’il s’est beaucoup amélioré, nous n’avons pas la même capacité d’audience. Mais, il y a un problème plus grand. En France, vous avez un organisme de contrôle pour les projections. En Italie, j’ai vu mon film dans plusieurs cinémas : chaque fois c’était un autre film. Pas assez de lumière, trop, une autre fois il était criard, parfois tout pâle. Et le son également…
Cette expérience derrière la caméra vous a-t-elle convaincu ?
Oui, j’ai très envie de poursuivre dans ce sens. Pas tout de suite, car là, je dois faire un film en tant que comédien sur Luca Flores, le célèbre jazzman italien mort très jeune qui était atteint de schizophrénie. Mais j’ai très envie de renouveler l’expérience.
Quand est-ce que l’on vous reverra sur les planches ?
Che planches ? (Son attachée de presse lui traduit, il rit) Ha ! Les planches… Pas pour l’instant, mais je commence à avoir une nostalgie des “planches”…
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