Faire découvrir cet article à un ami
Sous les palmiers, le cinémaINTERVIEW DE MATHIEU AMALRIC ET NICOLAS KLOTZ
Comment se passe le Festival avec trois films dans trois sélections et un court métrage que vous avez réalisé pour Talents Cannes 2007 ? Mathieu Amalric : On ne voit pas grand-chose à part des journalistes et des photographes, malheureusement. Du coup, c’est la nuit qu’on croise d’autres cinéastes et qu’on parle vraiment de cinéma. Hier soir, on s’est retrouvés avec Jarmusch, Kaurismaki… Là, c’est amusant. Et puis on ne croise pas que des réalisateurs. Je pense que c’est pour ça que les nuits sont longues, pour sortir des obligations de la journée.
Mathieu, vous êtes ici en tant qu’acteur et réalisateur. Vous aviez déclaré il y a quelques années que vous vous sentiez plus réalisateur qu’acteur. Où en êtes-vous ? MA : C’est une bonne question… Il y a eu des projets un peu irrésistibles. C’est difficile de ne pas les faire. Surtout quand ce sont de vraies rencontres. J’ai quand même continué à écrire mon scénario. A partir du mois d’août, je me mets vraiment à travailler sur mon film, et je vais m’arrêter de jouer. Je devais arrêter, il y a déjà un moment, mais Desplechin voulait faire un autre film, et puis Bonello voulait faire un autre film… Comment avez-vous travaillé ensemble sur ‘La Question humaine’ ?
NK : Je crois qu’il y a quelque chose de l’ordre du frère. En creusant les choses avec Mathieu, j’ai creusé des choses en moi. Je trouve ça très impudique de demander à un acteur de jouer le metteur en scène. Il ne s’agit pas de confier des blessures à quelqu’un et de se filmer à travers un acteur. Je ne te demandais pas de jouer mais je creusais des choses en moi qui font que je voyais le film d’une certaine manière, grâce à cette métamorphose que j’ai moi-même vécue tout au long du film. Je n’arrive pas à m’imaginer demander ça à un autre acteur. J’imagine que c’est la même relation qu’a un écrivain avec ses personnages. Ce n’est pas simplement des lettres ou des mots, du papier et un stylo, c’est quelque chose de beaucoup plus profond. Je crois que Mathieu occupe une place très particulière en tant qu’acteur dans le cinéma français. Parce qu’effectivement les metteurs en scène adorent travailler avec lui. Cette fraternité nous fait découvrir des choses sur notre cinéma qu’on ne pouvait pas découvrir avec des acteurs seulement acteurs. Il y a quelque chose de Jean-Pierre Léaud, la place qu’il occupait dans le cinéma français et italien a permis à des cinéastes de trouver leur cinéma. MA : Certainement, avec lui ils étaient heureux de savoir qu’il venait de travailleravec untel ou untel. Et c’est assez incroyable, parce que c’est la raison de la rupture entre Godard et Truffaut : la possession de Jean-Pierre Léaud.
C’est une relation que vous n’avez eu qu’avec Mathieu Amalric ? Comment cela s’est-il passé avec les autres acteurs ? NK : C’est particulier avec Mathieu parce que c’est le rôle principal. Les autres, je pense que c’est un rapport plus amoureux : je ne peux pas filmer des gens si je ne les aime pas. Mais il n’y avait pas le même genre d’enjeu. Parce que le personnage de Simon dans ‘La Question humaine’ est en perpétuelle métamorphose, les autres sont là et l’accompagnent dans cette métamorphose. Ils ne se transformaient pas comme Mathieu. Pensez-vous qu’il était nécessaire de faire un film aujourd’hui sur le fascisme ordinaire ?
Vous avez décidé de faire ce film il y a quelques années, il se trouve qu’il est à Cannes aujourd’hui et qu’il est d’une actualité brûlante… NK : Le temps est une chose étrange. Je pense que ce dont parle le film est d’une actualité brûlante depuis des décennies. Simplement aujourd’hui, c’est un peu plus voyant. Parce que certains hommes politiques sont très “décomplexés” comme ils disent et ils veulent parler des “vrais problèmes”, des “vraies questions, sans tabou”, et du coup, ils se permettent de mettre en acte et en mots des décisions collectives qui rappellent assez précisément des choses qui se sont passées dans les années 1930. Ils stigmatisent certaines catégories de population, une manière de penser, ils décrètent que la pédophilie et l’homosexualité sont des problèmes génétiques. Ca s’appelle de l’eugénisme et ça passe comme une lettre à la poste parce que pour une raison totalement irrationnelle, un homme de droite arrive à faire croire que ce sont des choses propres. Alors que c’est peut-être une des choses les plus ignobles que la société contemporaine ait générées. Si on continue la réflexion, on peut dire que cet homme-là est génétiquement fait pour gouverner. Et qu’on peut créer et repérer une classe de dirigeants qui sont génétiquement capables de le faire alors que les autres ne le sont pas, qu’il n’y a plus besoin de philosophie, plus besoin de sociologie, plus besoin de penser. Qu’il suffit de naître à Neuilly, d’être extrêmement riche, d’affirmer les valeurs de la droite de manière extrêmement radicale pour revendiquer et reprendre cette place que les révolutions populaires ont évacuée.
Propos recueillis par Marion Haudebourg pour Evene.fr - Mai 2007
|
Réagissez à l'article "Sous les palmiers, le cinéma"
Tous les avis sur les articles et interviews
Festival de Cannes 200760 ans de palmes, de stars et de cinéma dans toutes ses couleurs... Un anniversaire fêté avec panache par Evene. Interviews, galeries photos, fil d'actualité, critiques des films de la sélection, rétrospective vidéos de tous les longs métrages marquants du Festival de Cannes, suivez, jour après jour, l'actualité du festival le plus glamour du 7e Art.
Voir le dossier spécial "Festival de Cannes 2007"
Soixante ans. Soixante ans que le Festival de Cannes marque l'année cinématographique autant par son sens du strass et des paillettes que par son exigence artistique. A tel point que l'on ne compte plus les grands noms distingués par les éditions successives de ce monument voué au septième art. Après des Palmes aux saveurs politiques, qui sera couronné par le réalisateur de 'The Queen', Stephen Frears ?
Lire "60e FESTIVAL DE CANNES"
Dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne et de la saison culturelle européenne, la cinémathèque de Toulouse consacre l'intégralité de sa programmation du mois de septembre à la diversité des frontières qui dessinent [...]
Plus sur "L'Europe dans tous ses états"
Le Festival international du film de Toronto, considéré comme l'un des plus importants événements cinématographiques au monde, se tiendra du 10 au 19 septembre. Mêlant comme toujours oeuvres d'auteurs et films grand-public, cette 34e édition [...]
Plus sur "Festival international du film de Toronto"
Cette année, pour la 57e Festival du film de San Sebastian, qui se tiendra du 17 au 26 septembre 2009, le festival rend deux hommages : une rétrospective consacrée au réalisateur américain Richard Brooks ('La Chatte sur un toit brûlant', [...]
Plus sur "Festival du film de San Sebastián"





Le 8 décembre 1995, un accident vasculaire brutal a plongé Jean-Dominique Bauby, journaliste et père de deux enfants, dans un coma profond. Quand il en sortit, toutes ses fonctions motrices étaient détériorées. Atteint de ce que la médecine [...]
Plus sur "Le Scaphandre et le papillon"
Plus sur "Dans la peau de Paulo Branco"
Blandine est blessée sur le tarmac de Roissy lorsqu'un groupe d'Africains résiste à l'embarquement. Bien qu'elle soit sur le sol français, sa blessure, sa présence, son être sont niés par la police des frontières à qui elle demande l'asile. [...]
Plus sur "La Blessure"
Victor, dix-huit ans, est dans l'effervescence des préparatifs du passage à l'an 2000. Coursier dans un vidéoclub, il vient juste de tomber amoureux d'Annabelle quand il se fait voler son scooter et virer de sa chambre. Victor erre dans [...]
Plus sur "Paria"
» Actrices » La Question humaine » Le Stade de Wimbledon » La Chose publique » Les Herbes folles » Visage » Les Derniers Jours du monde
Connu pour être un réalisateur de documentaires ayant pour centres névralgiques la musique et les portraits de musiciens tels que Ravi Shankar ou Brad Meldhau - pianiste de renom - Nicolas Klotz,est aussi réalisateur de fiction. Ses deux premiers longs métrages ont pour thème principal la nuit, et se présentent comme une anaphore cinématographique. 'La Nuit bengali' met en scène Hugh [...]
Plus sur "Nicolas Klotz"
C'est devant la caméra d'Arnaud Desplechin que la carrière de Mathieu Amalric prend sa source. Il est la figure récurrente du cinéma de l'auteur, l'une des nombreuses émanations de la personnalité du cinéaste : 'Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle)' et son apparence lettrée et chahutée, 'Rois et reine' et son sentiment d'abandon, de folie, et 'Un conte de Noël' où son aura s'empare [...]
Plus sur "Mathieu Amalric"
Actualité [cinéma] |
L'entre-deux-mondesRENCONTRE AVEC PETER JACKSON ET SAOIRSE RONAN |
Interview de Yann DedetLES METIERS DU CINEMA : MONTEUR |
Quelques distinctions...
Acteurs, réalisateurs, chefs-d'oeuvre... tous furent reconnus par leurs pairs et le public. Mais par quelles récompenses passe leur reconnaissance ?
Découvrez sur Evene les sorties de films pour la semaine du 10 Février 2010 au 16 Février 2010
» La Horde
» Lovely Bones
» C'est ici que je vis
» C'est parti
» L'Autre Dumas
» I Love You Phillip Morris
» Le Temps des grâces
|
