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INTERVIEW DE MICHEL BLANC Man in white
Propos recueillis par Alexandrine Dhainaut pour Evene.fr - Mars 2007 - Le 05/03/2007
Au sortir d’une année de succès publics avec ‘Je vous trouve très beau’ et ‘Les Bronzés 3’ et d’une nomination pour le césar du meilleur acteur, Michel Blanc incarne Adrien, médecin homosexuel, futur fondateur de AIDES, dans le dernier film d’André Téchiné, ‘Les Témoins’, en salle le 7 mars.
C’est détendu, la main dans le plâtre, que Michel Blanc a répondu aux questions de la rédaction d’Evene. Souriant et taquin envers les journalistes et son réalisateur fétiche, Michel Blanc ne cache pas l’admiration qu’il a pour André Téchiné et semble ravi d’avoir joué le personnage d’Adrien, aux antipodes du rôle de comique névrosé qu’on lui retient souvent. Rencontre avec un acteur qui n’a pas fini de nous étonner.
Pourriez-vous parler de votre personnage ?
André Téchiné m’avait dit : “D’une certaine manière, ce personnage-là, il y a beaucoup de moi dedans.” Donc un auteur du niveau d’André qui vous appelle pour jouer dans un de ses films, ça vous fait extrêmement plaisir et qui plus est, vous dit “Tu vas être, au sein de ces gens-là, celui qui va m’être le plus proche“, c’est un véritable cadeau. Adrien est médecin dermatologue, il est sympathique et égoïste à la fois, très égocentrique, et d’une certaine manière, trop sûr de lui. Il aime dominer, c’est un donneur de leçons. Ça a été un bonheur extraordinaire de l’incarner, parce que mes partenaires étaient formidables. J’avais déjà tourné avec Sami Bouajila, je ne l’ai pas découvert sur ce film, je savais que c’était quelqu’un avec qui je pouvais m’entendre extrêmement bien. Il a joué dans mon film ‘Embrassez qui vous voudrez’, mais on n’avait jamais de scène ensemble et j’étais très frustré, parce qu’il fait partie de ces acteurs qui ne se préservent pas, qui ne sont pas tournés sur eux, qui donnent énormément à leurs personnages et à leurs partenaires. Et puis, Emmanuelle est absolument sublime dans la vie, et je savais bien ce qu’elle était à l’écran. Et j’ai aussi eu beaucoup de plaisir à être dirigé par André.
Comment André Téchiné dirige-t-il ses acteurs ?
André est l’un des directeurs d’acteurs les plus extraordinaires que j’ai rencontrés. Il sait débusquer les petits moments où l’on pourrait être un peu banal, un peu automatique, un peu en dessous du propos, rien ne passe au travers de ce filtre. Il sait ce qu’il veut et en même temps, on travaille ensemble. Il n’y a jamais la moindre violence, c’est toujours par l’intelligence qu’il communique avec vous. Le sujet était très dur, le tournage était exigeant mais c’est tout ce que j’aime faire.
Y a-t-il une part d’improvisation ? Ou est-ce le script à la virgule près ?
Non, c’est beaucoup plus subtil que tout ça. C’est à la fois une manière extrêmement précise, il sait vers quoi on va, il ne lâche rien mais en même temps, ce n’est pas un tyran, on a l’impression qu’il nous laisse vivre, mais il nous conditionne tellement, il nous amène tellement vers ce qu’il souhaite que quand on vit, on a l’impression que c’est nous, mais en fait, c’est lui. C’est donc très subtil. D’ailleurs, vous demanderez à tous les acteurs qui ont collaboré avec lui, ils adorent sa façon de travailler.
Quel a été votre travail sur le corps ? La coupe de cheveux ?
C’est ce que j’ai dans la vie ! Je lui ai demandé si je la gardais ou si je laissais ma calvitie repousser. Il m’a répondu que ça lui allait très bien comme ça. Et sur le corps, la costumière Radija et lui ont décidé de ce que devait être la silhouette d’Adrien. Il a une tenue tout le temps, c’est un personnage qui est dans la maîtrise, le contrôle, et le seul moment où il ne se maîtrise pas, c’est la scène où il s’en prend à Manu. On ne s’y attend pas et c’est ça qui est bien, parce que c’est un personnage très cérébral.
Avez-vous eu du mal à jouer la scène de jalousie ?
J’ai rarement joué un personnage aussi loin de moi. Je passais mon temps à demander à André ce qu’il voulait. Parce qu’il ne réagit presque jamais comme je réagirais moi. C’était donc passionnant.
Peut-on parler d’une vraie composition alors ?
Je ne fais pas ce métier pour m’étaler sur les écrans, je le fais pour montrer des personnages et essayer d’y faire croire. Alors, plus ils sont loin de moi, plus l’exercice est intéressant.
Comment êtes-vous parvenu à une telle crédibilité en médecin ?
Sur le plateau, j’avais une infirmière avec moi. Ça a un vrai impact, une importance déterminante. Ça n’est pas le fond du problème, mais si vous ne le faites pas, ça fout tout le reste en l’air. Si demain, on vous dit de jouer un violoniste et vous n’y croyez pas du tout, c’est foutu. Ça fait partie des impératifs pour moi. Si je joue un agriculteur, hé bien j’apprends à traire une vache, à conduire un tracteur et si je joue un professeur en médecine, il faut que je sache poser un garrot et surtout que je sache le faire comme si c’était automatique, en pouvant parler. C’est toute la difficulté, jouer la comédie en faisant tous ces gestes dans l’ordre précis, avec l’attitude précise mais en jouant quelque chose, déjà que ça occupe à 100 % de jouer ! C’est quelque chose en parallèle, l’essentiel est ailleurs. Il est de chercher la vérité du jeu. C’est comme si on te disait “Tu vas faire une déclaration d’amour en courant un 110 m haies” . Pour le souffle, le garrot est plus facile !
Est-ce le personnage le plus difficile que vous ayez eu à jouer ?
Non. Parce que j’ai été très heureux dedans. Si j’avais souffert pour y arriver, je vous dirais oui, mais j’ai beaucoup travaillé, j’adore ça. Je ne suis pas sorti de là avec la sensation de difficulté mais plutôt celle de l’exigence, et du bonheur de l’avoir fait.
Certaines comédies ont été plus difficiles ?
Oui, bien sûr. Tout d’abord parce que c’est très dur la comédie, contrairement au bruit qui court ! Il est plus facile de faire une mauvaise comédie qu’une bonne. Moi j’en ai fait, je le sais bien. Mais ce n’est pas parce qu’on l’a fait par-dessus la jambe, mais parce qu’on n’avait pas débusqué une faiblesse au départ et on la paie, on la paie tous les jours ! “Tu te dis, putain, c’est pas nourri, c’est pas vrai, qu’est-ce que je vais faire pour que ça soit juste ?” et puis finalement on ne peut pas la sauver.
C’est à l’écriture qu’on le sait ?
Tout se trouve à l’écriture. Après on ne peut plus que rater le film ! On ne peut pas réussir un beau film avec un scénario dégueulasse ou alors ce n’est pas le projet. Ou vous tombez sur un metteur en scène de génie qui va d’un seul coup péter les plombs et faire autre chose, et tous les matins réécrire et refaire autre chose. Moi je peux vous dire que les films que je considère comme pas bons à l’arrivée, en dehors de l’impact public, j’aurais dû le voir au scénario.
Est-ce qu’il y a un projet de ‘Bronzés 4’ ?
Non. Personne n’en a parlé, aucun de mes camarades ne m’a demandé ce que j’en pensais. Je vais vous dire pourquoi je ne le ferai pas, mais je n’aurai pas de mépris pour mes camarades s’ils voulaient le faire. Je ne le ferai pas parce que ça a représenté une pression énorme pour moi. Il y avait un véritable enjeu, un vrai risque à faire ‘Les Bronzés 3’, il fallait qu’on fasse trois millions d’entrées. Déjà en amont, on nous chiait dessus alors si on n’avait pas fait 3 millions, ce qu’on aurait écrit sur nous ! “Les Bronzés font un bide”, “les Bronzés font sur eux”, “les Bronzés font leur âge”, j’en avais préparé quelques-uns ! Mais surtout j’avais vu poindre les attaques personnelles. J’ai fait toute la promotion du film et puis le soir de la sortie, je me suis tiré à Shanghai pendant trois semaines. La pression était trop violente. C’est un film à 35 millions d’euros, il fallait donc que j’avale toutes les couleuvres ou alors il ne faut plus faire de films à 35 millions d’euros et c’est un peu mon intention…
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