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INTERVIEW DE PAOLO VIRZI ET MICAELA RAMAZZOTTI Mère-fils, mode d'emploi
Propos recueillis par Cécile Auguste - Le 28/06/2011
Autofiction, drame sur les rapports mère-fils et comédie dans la plus pure tradition italienne, 'La Prima Cosa Bella', le film de Paolo Virzi dont Evene est partenaire, combine tous ces genres pour offrir au public une bouleversante chronique familiale. Interview du réalisateur et son actrice principale.
« Avec l'amour maternel, la vie vous a fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais » (La Promesse de l'aube). Avec 'La Prima Cosa Bella', Paolo Virzi aurait pu s'inspirer de cette phrase de Romain Gary. Dans ce film très autobiographique, le cinéaste italien chérit la femme, toutes les femmes. Été 1971, Anna, incarnée par Micaela Ramazzotti (épouse du réalisateur à la ville), est une mère fantasque et inconséquente qui rend sa vie de famille quelque peu chaotique. Trente ans plus tard, sous les traits de l'actrice Stefania Sandrelli, cette mère mourante convoque ses enfants à son chevet pour le meilleur et pour le pire. Rencontre.
Lire la critique de 'La Prima Cosa Bella'
Le label 'comedie italienne' fait un retour en force en 2011 (avec le récent 'Gianni et les femmes' ou 'L'amour a ses raisons', de Giovanni Veronesi). Avez-vous voulu reprendre le flambeau ?
Paolo Virzi – J'ai eu la chance d'étudier le cinéma avec le grand Furio Scarpelli (un des plus grands scénaristes transalpins, ndlr), j'ai beaucoup appris auprès de lui. Grâce à ce patrimoine, je me sens fort et je me suis fait une place dans le milieu du cinéma. Mais je ne sais pas si je peux être considéré comme l'héritier de la comédie italienne. Le cinéma du présent doit sortir de ces traditions, faire autre chose, être inventif, c'est une certitude. Je pense qu'il y a véritablement une nouvelle génération qui apparaît, une nouvelle vague est en train de naître. J'ai beaucoup de sympathie et d'estime pour de jeunes collègues, malgré les difficultés de notre époque. Je pense notamment à Paolo Sorrentino. On a beaucoup de choses en commun, on a combattu les mêmes ennemis et l'on a gagné. C'est grâce à nous que le marché reste vivant. Après je peux paraître hautain en disant ça, mais je suis en France après tout (rires)…
La famille Michelucci, © Wild Bunch DistributionD'où vient le titre du film 'La Prima Cosa Bella' (en français, "le premier grand bonheur") ?
PV - 'La Prima' est le titre d'une comptine populaire un peu bébête des années 70. C'est un air de famille. Grâce à cette chanson, je voulais raconter ce lien mystérieux et fort entre une mère et ses deux enfants. C'est ce 'premier grand bonheur', chantée par Anna toute sa vie, que Bruno n'a jamais su saisir, ni enfant, ni au seuil de la quarantaine. Trente ans, plus tard, il s'accepte de s'abandonner à ce refrain au chevet de sa mère mourante, entourée de sa sœur et sa famille. 'La Prima Cosa Bella' devient synonyme de réconciliation.
Vous avez tourné à Livourne en Toscane, dont vous êtes originaire. Est-ce qu'il y a une part d'autofiction dans votre film ?
PV – Oui, c'est un mensonge plein de vérité. Livourne est l'un des éléments qui inspire fortement mon film. C'est la ville où je suis né, où j'ai vécu, où j'ai grandi mais aussi que j'ai fui avec beaucoup de colère il y a un quart de siècle. Une colère équivalente à celle que l'on peut ressentir lorsque l'on quitte une ville de province jeune. Où je suis pourtant revenu filmer pour la quatrième fois malgré tout. Oui, on peut dire que Livourne est un élément de mon autobiographie, c'est comme ma scène personnelle. Sans Livourne, ce film n'existerait pas. C'est une ville particulière où des gens ordinaires vivent des histoires extraordinaires. Ils sont tout sauf discrets, ils n'ont aucun égard vis-à-vis des autres. Il y a un certain charme à cela. Pendant le tournage, il y avait souvent du monde autour de nous. Je peux presque dire que j'ai partagé la direction du film avec ma ville. C'était comme une codirection. Par exemple, quand j'estimais que la prise était bonne, pour les passants ce n'était pas forcément le cas, ils avaient toujours leur mot à dire.
Anna et Bruno, © Wild Bunch DistributionDans 'La Prima Cosa Bella', Anna incarne une femme hors du commun. Qu'est-ce qui vous a plu dans ce personnage ?
Micaela Ramazzotti - Quand j'ai lu le script, j'ai tout de suite été touchée par le caractère d'Anna. Ce film, c'est Anna ! Cette femme, c'est comme une grande mère qui embrasse tendrement le film. Son récit est un hymne à la vie et Anna fait tout le temps des hymnes à la vie grâce à son enthousiasme. Elle est une femme vivante, frivole, et c'est ce qui l'a rend si spéciale. Cette façon d'être en dehors de toutes normes fait que les gens l'interprètent mal. Son ouverture, sa disponibilité la rendent incomprise aux yeux des autres et surtout dans les années 70. Il y a comme une mésentente sur sa beauté. Elle est malmenée. Pour m'imprégner de son personnage, j'essayais de me fondre dans les attitudes et les façons d'être de Stefania Sandrelli (qui incarne à Anna à sa mort, en 2009, ndlr) et ses grands films que j'ai regardée des dizaines de fois. Car Stefania est comme Anna. Un mélange de sensibilité et de douceur. Le plus important était de trouver ce juste équilibre.
Dans votre film, la mère est synonyme de force et d'espoir. On songe au mouvement des femmes en Italie pour protester contre l'attitude de Silvio Berlusconi envers la gente féminine...
PV - 'La Prima Cosa Bella' est remplie de contrastes. On voit toute une galerie de portrait d'hommes fragiles et immatures, face à Anna, qui fait figure de femme forte et joviale. Mais mon film n'est pas un film féministe. Les hommes ne sont pas terribles dans mon histoire et les femmes sont les héroïnes modernes. Car l'homme italien est pathétique, il manque de maturité dans la réalité. C'est le coq. Un peu comme Bruno. Il n'a jamais su profiter de la gaieté de sa mère, de son enthousiasme et de sa passion. On retrouve souvent ça dans le regard que les hommes italiens portent sur les femmes. À commencer par notre président du Conseil. Je suis tellement désolé d'être représenté à l'étranger par une personne comme lui. Quand il sera parti, on sera plus sereins : pour le moment, c'est un mélange de rage et de honte. Nous sommes le pays du machisme malheureusement, mais le vent se lève. Je vois un changement de génération et un changement dans le regard que portent les hommes sur les femmes. Et je suis sûr qu'une femme finira par arriver au pouvoir ici. Un exemple comme aujourd'hui, quand je fais des interviews en Italie, ce sont la plupart du temps avec des hommes machos de plus de soixante cinq ans. En France, ça m'enchante d'être accueilli par des jeunes femmes journalistes (rires). J'envie beaucoup mes homologues français.
Paolo Virzi et sa femme, l'actrice Micaela Ramazzotti, © Wild Bunch Distribution Comment votre film a été accueilli en Italie ?
PV - J'ai eu un très bon retour du public italien. Raison pour laquelle nous avons sans doute reçu beaucoup de prix (David di Donatello, Ruban d'Argent). En tant que vieux réalisateur, après ce film j'ai ressentie de l'affection et de la reconnaissance. Cela m'a beaucoup touché. Peut être parce que notre société est remplie de méfiance et de ressentiment, que 'La Prima Cosa Bella' donne envie d'y croire. Comme si ce film avait donné envie de se réconcilier avec la vie. Dans mon entourage, beaucoup de proches ont eu envie d'avoir des enfants. Après le tournage, Bruno, par exemple, est devenu père.
Que vous a apporté 'La Prima Cosa Bella' pour la suite de votre carrière ?
MR – Je dois beaucoup à ce film qui m'a permis de remporter le David di Donatello et le Ruban d'Argent de la Meilleure Actrice. En ce moment, je tourne avec Pupi Avati (réalisateur d''Un cœur ailleurs', ndlr). Et en janvier, je commence le tournage sur un film comique de Carlo Verdone (réalisateur et acteur notamment dans 'Leçons d'amour à l'Italienne', ndlr).
PV – J'écris en ce moment mais je pense que je ne vais pas tarder à tourner très bientôt ! Mais je ne peux pas en dire plus.
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