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INTERVIEW DE PHILIPPE TORRETON Kazakh choc

Propos recueillis par Marion Haudebourg et Mélanie Carpentier pour Evene.fr - Mai 2007 - Le 26/05/2007

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INTERVIEW DE PHILIPPE TORRETON

Dans 'Ulzhan', présenté l'année dernière au 60e Festival de Cannes, Philippe Torreton traverse le Kazakhstan, la gueule burinée, accompagné malgré lui par une jeune institutrice et un marchand de mots un peu poète. La rencontre entre un homme et un pays mystérieux et captivant.

Il avait charmé la Croisette l'année dernière pour ce qui était sa toute première participation à la quinzaine cannoise, Philippe Torreton séduira sans aucun doute les esprits de chacun avec ce road-movie atypique à travers les paysages grandioses et sauvages du Kazakhstan. L'acteur nous fait part de cette expérience cinématographique et humaine hors du commun.

Pouvez-vous nous parler de ce tournage au Kazakhstan ?

Derrière cette simple question, il y a beaucoup de choses. C'est un film qui s'est fait très rapidement. J'en ai entendu parler en février 2006 et on a tourné six mois plus tard. C'était une plongée dans l'inconnu, que ce soit pour le producteur qui a lancé le film, pour les acteurs car le scénario n'était pas tout à fait fini, et enfin pour Volker Schlöndorff également. Tout le monde a accepté un pari. Sur place, ça a été compliqué, et je ne pense pas que l'on puisse dissocier le film des problèmes rencontrés, financiers notamment. On ne peut pas non plus le dissocier de ces moments de bonheur, de joie, de concentration. Tout était intimement lié. Ce film a réuni une bande de fêlés qui ont accepté de faire ça sans vraiment de garanties, ni d'organisation financière ou logistique. C'est ce qui a été dur mais c'est ce qui nous a rapprochés. Mais je pense que le film n'aurait pas été le même avec une assise financière, matérielle. Il y a eu une urgence et une intensité à faire les choses qui se voient dans le film.

Interpréter ce personnage fut une expérience particulière pour vous, j'imagine ?

C'est la première fois que je jouais un personnage en retrait. C'est quelqu'un qui veut disparaître alors que j'ai souvent interprété des personnages qui voulaient exister, prouver des choses. Aller vers un personnage qui voulait s'effacer et que la vie allait rattraper : c'est ce qui m'a attiré dans le rôle. L'expérience était également singulière car nous avons tourné dans un étranger assez lointain, dans trois ou quatre langues, moi qui en parle à peu près une et demie... J'ai travaillé avec des Polonais, des Kazakhs, des Russes, accessoirement quelques Français. Et puis il y a eu la rencontre avec Volker Schlöndorff qui est un grand ami de Bertrand Tavernier. Il m'avait souvent parlé de lui et je suis content qu'un tel film ait permis notre rencontre. Une vraie confiance s'est instaurée. C'est la première fois, et je le dis sincèrement, que j'ai eu l'impression de faire un film avec quelqu'un. Non pas de jouer dans un film mais de faire un film. On a vraiment travaillé ensemble. J'ai été très impliqué sur l'adaptation du scénario, sur des choix de scènes ou même sur des décors, on partait en repérages ensemble. C'est un grand bonheur. En plus, il a cet avantage d'avoir une filmographie impressionnante, et en même temps une envie de découverte. C'est quelqu'un qui aime bien faire autre chose que ce qu'il a fait. Là-dessus, on se rejoint beaucoup. Je pense que c'est peut-être l'un des réalisateurs les plus jeunes.

Un film sur le langage et sur les mots, est-ce que c'est aussi ce qui vous a touché en tant que comédien ?

Au contraire, ce qui m'a touché chez le personnage, c'est sa volonté de ne pas parler, de ne pas dire certaines choses. L'astuce de Jean-Claude Carrière, c'était de faire rencontrer ce personnage qui veut disparaître et ne plus parler avec quelqu'un qui au contraire se raccroche aux mots et à ce qu'il y a derrière, c'est-à-dire les cultures des gens. Et il y a aussi ce personnage d'Ulzhan, qui est une jeune institutrice qui, par hasard, apprend le français dans le fond du Kazakhstan. Comme quoi, ce personnage n'était pas destiné à mourir au Kazakhstan. Ce qui m'a attiré, c'est aussi ce choc-là : avec un parcours solitaire et taiseux, il se retrouve condamné à être obligé de parler.

Vous souvenez-vous de la façon dont Volker Schlöndorff vous a présenté le rôle ?

Il ne me l'a pas vraiment présenté, il m'a dit que ce qui l'intéressait dans le projet, c'était le Kazakhstan et moi. C'est assez flatteur. Le scénario était encore en construction. On allait faire notre film autour de ça. Quand j'ai accepté, il n'y avait qu'une trame. J'avais assez confiance puisque c'était Jean-Claude Carrière qui écrivait. On se dit que forcément, il y aura plein de chouettes choses à interpréter. C'est la première fois aussi que j'accepte un film sans que les dialogues soient écrits. Mais tout me plaisait a priori : le fait de partir là-bas, la trame de l'histoire, travailler avec Volker Schlöndorff et Jean-Claude Carrière. On a tous fait un pari, ils m'ont dit "est-ce que tu veux jouer avec moi ?". Ben j'ai dit oui ! Et aujourd'hui on se retrouve à cette sélection cannoise spéciale soixantième anniversaire.

Justement, quel regard portez-vous sur Cannes, où on parle peut-être plus de stars que de cinéma ?

On parle toujours de cinéma, même si les médias ne s'intéressent qu'aux stars. Mais j'ai croisé plein de gens qui font le cinéma, qui viennent là pour voir des films, en acheter, en distribuer, trouver des financements… Il y a un peu la partie émergée de l'iceberg, c'est Brad Pitt et Angelina Jolie. Et puis il y a tout ce qu'il y a sous la mer, tous ces gens qui sont là pour se rencontrer, et je pense que Cannes c'est surtout ça. Ca a toujours été comme ça, quand on voit les images de cohue autour de Brigitte Bardot dans les années 1960 déjà. Cannes a toujours été lié à une sorte d'hystérie. Mais ça a toujours été aussi un endroit où tous les cinémas du monde se rencontrent. Tous ces distributeurs et ces acheteurs qui sont inconnus, qui ne sont pas Luc Besson et ont moins de succès derrière eux, c'est peut-être surtout ceux-là qui font vivre le cinéma. Derrière des gros blockbusters, français ou américains, quand on additionne l'argent que véhiculent tous les films d'auteurs, pas seulement français, et tout ce cinéma un peu compliqué à mettre en place, ce sont des sommes énormes. J'ai hâte un jour d'avoir un film en compétition. Quitte à devoir supporter la chaleur cannoise et faire des kilomètres sur la Croisette pour aller d'un endroit à l'autre, autant être en compétition ! Je trouve ça déjà chouette d'être là avec ce film qu'on a porté à bout de bras dans les plus grandes steppes du Kazakhstan. Etre là à répondre à vos interviews, c'est déjà une belle émotion. C'est une belle opportunité de faire parler du film, de l'exposer à des regards. On peut espérer que derrière ces regards se cachent des distributeurs.

Vous parlez de l'euphorie cannoise. Appréhendez-vous votre retour à Paris et à une réalité plus concrète maintenant que le nouveau gouvernement est nommé ?

Je crois que la vie va être un paradis maintenant, puisqu'il a dit sur ses affiches qu' "ensemble, tout devenait possible". Il va accomplir tous mes rêves pour la France… Comme quoi, les slogans on peut leur faire dire n'importe quoi.

Vous faites du théâtre et du cinéma. Quels sont vos projets pour la suite ?

Du théâtre et du cinéma ! Je vais faire une première mise en scène de 'Don Juan' de Molière en septembre, au théâtre Marigny, dans lequel je vais aussi jouer. Après je vais faire un film qui va être tourné en Afrique, prévu en mars avril. On a justement parlé des rapports qu'entretiennent la France et l'Afrique et plus généralement, le Nord et le Sud pendant la campagne. Je joue un Blanc qui tombe en panne de voiture qui va rester une semaine dans un village. Et dans cette semaine-là, il va faire en réduction tout ce qui se passe au niveau de la planète. C'est à la fois drôle et émouvant, c'est bien vu avec des dialogues très incisifs.

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