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INTERVIEW DE SIGOURNEY WEAVER Snow Woman
Propos recueillis par Marion Haudebourg pour Evene.fr - Janvier 2007 - Le 29/01/2007
Rain Man s’est trouvé une petite soeur et Sigourney Weaver n’a pas fini de nous surprendre. Passant de l’agent Ripley à Diane Fossey, elle crève aujourd’hui l’écran dans le rôle d’une mère autiste qui doit faire le deuil de sa fille, accompagnée par un Alan Rickman déboussolé. Rencontre avec l’actrice à la cinquantaine rayonnante lors de sa conférence de presse du 16 janvier, à l’occasion de l’avant-première de ‘Snow Cake’.
Comment avez-vous réagi quand vous avez lu le scénario et le rôle ?
Mon ami Alan Rickman m'a envoyé le scénario sans m'en dire beaucoup et je l'ai trouvé très surprenant et original. Je n'ai pas été surprise de découvrir que la jeune femme qui l'a écrit a un fils autiste. C'était très drôle, rafraîchissant, il n’y avait pas de sentimentalisme. C'était exquis - tout comme la scénariste - et j'ai voulu le faire tout de suite. J'ai été stupéfaite qu’Alan Rickman pense que je pourrais jouer un rôle comme celui-ci, ce que je n'avais jamais essayé de faire. Je me suis dit que les producteurs ne penseraient jamais à moi pour ce rôle, donc je me suis sentie très flattée qu'Alan ait pensé à moi. J'ai travaillé très dur pour être sûre de ne décevoir personne.
Comment choisissez-vous vos films aujourd’hui ?
J'essaie de trouver une bonne histoire et je me fiche un peu de la taille du rôle, s'il est grand ou petit, ou du genre du film. Je suis comme une spectatrice un peu égoïste et je veux aller là où je n'ai pas encore été. C'est toujours ce que j'ai recherché, et jusqu'ici tout va bien !
Comment avez-vous abordé ce rôle particulier ?
C'était un défi énorme et une grande responsabilité. J'ai été contente que le tournage ait été reporté sans cesse parce que j'avais vraiment besoin de tout ce temps pour être aussi juste que possible. J'ai passé de nombreux mois à apprendre à connaître doucement les personnes qui sont dans ce spectre de l'autisme, les familles et les professeurs. Et j'ai rencontré une femme en Angleterre - Rose Blackburn - qui est autiste, et qui m'a appris à marcher, à parler, à jouer... Et c'était très généreux de sa part, j'ai pu aborder le personnage en profondeur. C'était un grand privilège pour moi de passer autant de temps avec elle.
Pouvez-vous nous parler de Rose et de ce qu’elle vous a appris ?
Rose Blackburn vit en Angleterre. Elle donne des conférences sur l'autisme, elle est très verbale, mais elle est née avec un autisme à un degré élevé. Elle n'a pas parlé avant l'âge de 6 ans, et ne s'est mise à parler que lorsque ses parents - médecins - l'ont privée de nourriture pour l’obliger à prendre la parole. J'ai passé des jours et des jours avec elle, et on s’est beaucoup amusées. Elle riait énormément de me voir essayer de bouger comme elle, courir comme elle... Elle a vraiment travaillé sur le scénario, on a revu avec elle chaque mot, et elle faisait des suggestions. Elle voulait tellement que ce film soit juste et réussi, tout comme les autres personnes autistes que j'ai rencontrées. Aussi bon que soit 'Rain Man', ce film parle d’une situation bien particulière. Et donc c'est un grand soulagement dans la communauté autiste qu'il y ait quelque chose d'autre. Son soutien et ses encouragements m’ont énormément apporté. J’ai aussi pris conscience à ses côtés de la frustration qu’implique le fait d’être autiste. Il y a tellement de choses qu’elle ne peut pas faire sans aide. Elle peut prendre la parole devant une assemblée, mais elle ne peut pas cuisiner ou traverser la rue seule... Tellement de choses qu'elle ne peut pas faire malgré ses merveilleuses capacités dans d'autres domaines.
On présente souvent les autistes comme des personnes vulnérables. Pour Linda, c’est aussi une force. Comment avez-vous abordé cette facette du personnage ?
Lorsque l’on côtoie des personnes atteintes d’autisme, c’est quelque chose dont on se rend vite compte. Elles peuvent être très fortes et très égoïstes. Les autistes ont leurs besoins, ils sont très clairs là-dessus. Pour obtenir ce dont ils ont besoin, ils peuvent être plutôt malins et astucieux et cela les rend heureux d’y arriver. Je ne le dis pas comme une critique mais ils sont très bons pour manipuler les gens, et pourtant, ils le sont de façon tout à fait innocente. Je pense que cette férocité vient de leur besoin de survivre et ils ne peuvent survivre qu'en obtenant certaines choses. Et je les respecte pour ça, parce qu’ils sont très clairs.
Comment avez-vous réussi à rentrer et sortir du rôle tous les jours ?
Par chance, j'étais loin de ma famille, on tournait à Wawa au Canada. Et je ne me suis jamais extirpée trop loin de Linda, je restais à un stade où je pouvais donner libre cours à mon propre sens du jeu et mon propre sens de l'ordre. Pour trouver la vision du personnage, je suis devenue un peu autiste moi-même, un peu rigide. Je me suis sentie très riche d'être avec quelqu’un comme Linda. J'étais devenue très bonne pour jouer, regarder les choses différemment, avec le coin de l'oeil, ce que j'ai maintenant perdu. Donc j'étais contente de ne pas avoir à rentrer chez moi et à être une épouse et une mère normale, je pense que ça aurait été difficile !
Etiez-vous sensibilisée au handicap avant ce film ?
Oui, mais je dois avouer que je pense avoir fait l'erreur que font beaucoup de gens : par méconnaissance, on regroupe tous les troubles mentaux dans la même case. Ce que j’ai appris, c’est qu’il y a tellement de différents autismes, sans parler des différentes maladies mentales. Tout cela était nouveau pour moi et je pense qu’il y a beaucoup d’ignorance par rapport à l’autisme. C’est pour cela que c’était important pour nous de trouver le juste comportement physique de Linda, quand elle est contente ou contrariée. Parce que c’est ce comportement qui embarrasse les gens, il est tellement extravagant. Nous avons besoin d’être plus tolérants avec les personnes différentes. La scène que je préférais dans le film a malheureusement été coupée - mais j’espère qu’elle sera dans le DVD. C’était une scène où Alex amène Linda manger chez McDonald’s. Elle est très contente, elle voit Ronald McDonald et c’est son endroit préféré au monde. Mais tout le monde vient voir Alex pour lui dire à quel point il est gentil de s’occuper d’elle. Ce genre de condescendance, c’est surtout de l’ignorance.
Comment avez-vous abordé le fait que votre personnage n’évolue pas ou peu au cours du film ?
C'est vrai qu'elle ne change pas, en tout cas pas dans le sens où les personnages évoluent dans les films, mais je pense que Linda est changée par la semaine passée avec Alex. C'est très subtil, mais je pense qu'il y a une évolution : c'est toujours la même Linda, mais elle finit quand même par le laisser partir.
Comment décririez-vous le couple que forment Linda et Alex ?
Un couple étrange... L'une des choses que j'admire dans ce film, c'est que cela parle de trois personnes qui ne veulent pas être liées les unes aux autres, mais qui finissent par se rapprocher. Parce que Linda est autiste, Alex doit sortir de sa coquille et cela le change. Je pense vraiment que Linda change également, comme je le disais précédemment, parce qu'elle finit par réaliser qu'elle peut lui faire confiance. Je pense qu'ils forment une bonne équipe. Heureusement pour moi, Alan Rickman et moi formons aussi une bonne équipe. Il y avait beaucoup de confiance, c'était comme être sur un trapèze : vous pouvez vous lâcher, vous savez qu'il va vous rattraper.
Qu'apporte la scène du Scrabble à la relation qu'entretiennent Linda et Alex ?
Je suis contente que vous mentionniez cette scène parce que ce que j'aime à propos de la façon dont Linda est présentée, c'est que bien sûr, parfois, elle est vulnérable, mais il y a des scènes où elle est très à l’aise, comme celle-ci. Elle peut le battre à plate couture, elle est tellement bonne. Et c'est important de montrer ça parce que j’ai passé beaucoup de moments avec des autistes où, s'ils étaient à l'aise, étaient beaucoup plus impressionnants que je ne peux l'être dans certaines situations. Je suis contente de cette scène. Et puis c'est une scène un peu folle où ils sont égaux, et c'est très satisfaisant pour tous les deux.
Vous êtes à Paris pour les besoins de la promo, est-ce une ville que vous aimez, et qu'avez-vous déjà visité ?
(En français) J'adore Paris, j'adore les Français et quand je suis ici, vraiment, je ne fais pas beaucoup les choses touristiques, je ne vais pas à la tour Eiffel... Quelquefois, je vais au musée mais souvent je me promène, je mange, je vois les amis et je fais un peu du shopping, je vais aux puces et je... (en anglais) Je fais comme si je vivais ici !
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07/02/2012 04h00 ai bien aimé ce film ...que je ne trouve pas trop manichéen copte tenu du sujet Pilou1930
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