mercredi 10 février

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Leçon d’actrice

INTERVIEW DE SOPHIE MARCEAU


La comédienne est venue à Cannes pour défendre son nouveau long métrage ‘La Disparue de Deauville’, thriller hitchcockien et… normand (sortie le 23 mai). Un film singulier qui révèle l’amour de la comédienne pour la réalisation.


Parce que toute la presse est à Cannes, la comédienne et réalisatrice Sophie Marceau a choisi de faire escale sur une plage ensoleillée pour parler de sa nouvelle création qu’elle n’a pas souhaité, dit-elle, soumettre au “bon” jugement du Festival. Et quand on lui demande de parler cinéma, Sophie Marceau est intarissable. Après la leçon d’acteur officielle du Festival par Castellito, place à celle du off par Marceau.


Pourquoi ce film ?

Pourquoi pas. Pourquoi faire des choses ? (elle sourit) J’aime par-dessus tout être derrière la caméra.


Le cadre du Havre et de Deauville….

Je suis française, c’est ma langue. Je ne pouvais pas imaginer tourner un film autre part. J’aime ancrer mes personnages dans une réalité que je connais. Je ne sais pas si c’est un film à la française. On ne peut pas réduire le cinéma français à une seule chose. Pourquoi Le Havre, parce qu’il y a Deauville en face. Et pourquoi Deauville, parce qu’il y a Le Havre en face. C’est une communication entre deux extrêmes. Le cadre est lié avec l’ambivalence de ce film dans lequel rien n’est blanc ou noir. Les méchants ont du charme. Les gentils sont aussi plombés parfois. Rien n’est tranché parce que dans la vie ça n’est pas le cas. On est tous un peu du Havre et de Deauville. Je pense que c’est bien que tout se mélange, et quand j’ai vu ce décor, je l’ai trouvé en parfaite adéquation avec mon sujet.


Film d’action, thriller, chronique familiale : lequel de ces termes définit le mieux ‘La Disparue de Deauville’ ?

‘La Disparue de Deauville’, c’est tout ça à la fois. La vie c’est plein de choses, j’essaye de faire pareil au cinéma. Tout en restant dans un genre, dans un rythme et dans une histoire. Le film est fait d’une telle façon que l’on n’a pas vraiment le temps d’en sortir, parce que ça va assez vite et que c’est assez dense. C’est intense. Au sein d’une même histoire, les gens ont parfois de petits moments de folie, de drôlerie. Un film d’action parce que parfois ça va vite, avec des scènes de poursuite. Un film d’amour parce que les gens se rencontrent et apprennent à se connaître. Une chronique familiale parce que l’on rentre dans le secret des gens et que l’on retrouve l’énigme. Ca brasse tout ça.


Justement, ces scènes de poursuite, vous les tournez comme un homme…

J’adore ça ! J’aurais pu en mettre encore beaucoup plus, j’adore l’action et je ne pense pas que ce soit réservé aux hommes. D’ailleurs les femmes sont celles qui produisent le plus d’accidents, non, sur la route ? Plus sérieusement, c’est au service d’un film, et je ne sais pas s’il y a réellement des choses masculines ou féminines dans le cinéma. Je pense que le regard peut être différent, comme il peut être différent quand vous avez entre quinze et vingt ans, que vous êtes né en Arabie saoudite ou au Japon, je n’aime pas trop classifier les choses et les gens, je pense que l’on a tous un peu de tout.


Vous faites le choix d’un cinéma très esthétique, gorgé de trouvailles techniques. C’est ainsi que vous rêvez le cinéma ?

Je veux que le cinéma me raconte quelque chose, je ne veux surtout pas m’y ennuyer. Je veux que ce soit beau, c’est-à-dire qu’il y ait de la cohérence, ça ne peut pas être difforme, c’est une chorégraphie. Je me fiche du style, ce qui compte c’est d’exprimer un point de vue.


Le point de vue de Christophe Lambert, par exemple ?

C’est une grammaire cinématographique. Il faut que la forme ne prenne pas le dessus et qu’elle soit en parfaite cohérence avec le fond. Pour parler de Christophe Lambert, qui est un flic un peu sur la touche, qui a du mal à renaître de ses cendres (il a souffert de la disparition d’un être qui lui était très très cher), il fallait que l’on comprenne que c’est quelqu’un d’hésitant, qui est mal dans sa peau au commencement. Je trouvais donc cela logique que tout ce qui l’accompagne et qui le suit soit de la même façon fragile et instable. C’est pour cela que j’ai utilisé uniquement pour lui la caméra à l’épaule, on doit faire comprendre avec la caméra ce qui se passe à l’intérieur des gens. On devrait presque pouvoir arriver à enlever les mots. La caméra doit pouvoir expliquer la syntaxe d’une phrase, d’une scène. C’est ce qui m’intéresse en tant que réalisatrice : donner à la scène tout son sens grâce à ma façon de filmer. Le choix d’un objectif, la position d’une caméra, son mouvement importent beaucoup… Ce n’est pas idiot, une caméra.

Lire la critique de ‘La Disparue de Deauville’

Vous jouez vous-même dans le film. Comment Sophie Marceau dirige Sophie Marceau ?

J’ai d’abord écrit ce personnage que je connaissais donc bien. J’avais ainsi une longueur d’avance. C’est difficile de sortir de soi pour se regarder avec distance. Je ne suis pas très narcissique, j’arrive donc à me regarder comme si j’étais quelqu’un d’autre. Je suis assez exigeante avec les autres mais également avec moi, peut-être même plus avec moi. Après, se diriger soi-même, est-ce une situation agréable ? Je ne sais pas. Contrairement à mon premier film, je n’ai pas pensé à donner ce rôle à quelqu’un d’autre. Autant sur le premier c’était évident, sur celui-ci, c’est l’inverse.


Vous faites la promotion de ce film à Cannes. Est-ce par affection ou par obligation ?

Il y a en effet une relation très affective entre le Festival et moi. Et pourtant, je n’ai jamais eu de films à Cannes. (rires) ‘La Disparue de Deauville’ sortant le 23 mai en salle, et puisque nous avons fait le choix de ne pas présenter ce film à Cannes, et que toute la presse est ici, on s’est dit que, pour pouvoir en parler, il fallait venir ici. Alors on fait notre petit Cannes à nous, en parallèle. C’est un petit peu osé, mais le cinéma c’est ça aussi. On fait un peu comme on peut !


Pourquoi ne pas l’avoir présenté à Cannes ?

Le Festival, c’est bien pour montrer les films pour que tout le monde en parle, mais c’est également très dur car vous prenez le risque de vous faire descendre.


Propos recueillis par Mélanie Carpentier pour Evene.fr - Mai 2007


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