RSS

Interview de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm

Propos recueillis par Etienne Sorin - Le 12/02/2012

« Interview de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm »

1 personne a déjà commenté cet article

Voir les commentaires

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
1 avis
  • Membres (1)  
Interview de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm

Avec 'La Guerre est déclarée', film autobiographique sur le combat contre la maladie de leur fils, Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm ont fait sensation lors du dernier Festival de Cannes. Rencontre avec un couple de cinéma plein d'audace.

Jérémie Elkaïm arrive en retard au rendez-vous, suant comme un bœuf. Il sort de quatre heures de cours de danse, une épreuve qui lui impose son ex-compagne, Valérie Donzelli, pour son prochain film déjà en préparation. Elkaïm y jouera un miroitier dont l'entourage rêve d'un destin de danseur. Pour la première fois depuis son premier film, 'La Reine des pommes', Donzelli n'interprète pas le premier rôle féminin à ses côtés. La réalisatrice lui a trouvé une partenaire de choix : Valérie Lemercier. En attendant le premier jour de ce nouveau tournage, le duo enchaîne les avant-premières aux quatre coins de l'Hexagone et les entretiens aux quatre coins de Paris pour parler de 'La Guerre est déclarée'. Et, si l'on en croit Elkaïm, ils ne semblent pas encore usés par l'exercice : « On essaye de ne pas se répéter et, en faisant cet effort là, on découvre des choses nouvelles sur le film. »

Lire la critique de 'La Guerre est déclarée'.

Faire un film sur la tumeur au cerveau d'un enfant de 18 mois, c'est assez délicat. À plus forte raison quand le film est autobiographique. À quel moment vous êtes-vous dit : « Notre histoire peut devenir un film » ?

© Wild Bunch DistributionValérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, © Wild Bunch DistributionValérie Donzelli : Je crois que la crainte du pathos n'est pas liée au fait que l'on ait vécu ensemble cette histoire. Quand on l'a vécue, on n'était pas dans le pathos. On avait surtout envie de ne pas faire un film qui soit une prise d'otages pour le spectateur.

Jérémie Elkaïm : Souvent dans les films sur la maladie, on cherche à montrer la dignité des malades. On n'a jamais voulu faire ça parce que jamais il n'a été question pour nous de traiter la maladie. On voulait raconter une histoire d'amour, celle d'un couple de jeunes parents. Sans ça, c'est compliqué de trouver la bonne distance et la ligne du film. Là, ça nous permettait de faire un objet intime et en même temps fort, puissant, intense, qui ne met pas que par terre. Pour notre génération, dénuée de combat idéologique, de désir de changer le monde, avoir à mener un combat permet d'évacuer les peurs existentielles, on arrête de se trifouiller le nombril. L'énergie que demande un moment pareil est aussi une source d'inspiration. On s'est donc dit qu'on allait faire un film d'énergie.

VD : Mon premier désir était de faire un film d'action, physique, dans le mouvement. Comme une course. Je n'ai pas perçu l'émotion en écrivant le scénario, c'était d'autant plus difficile à évaluer pour nous qui avions connu ça de près. Quand le film se met en place avec les acteurs, la musique, le montage, l'émotion surgit sans qu'elle soit rattachée à notre histoire personnelle.

Vous dites : « Le cinéma n'exorcise rien »…

VD : Oui. Je crois qu'on vit les choses et qu'on les digère, mais elles restent là et font partie de notre vécu. Mais ce qui est plaisant avec le cinéma, c'est de dire quelque chose d'intime et de partager sa vision du monde. D'exprimer quelque chose qu'on a en soi et de laisser une trace aussi, ce qui est valable pour tous les films.

JE : Si on dit qu'on a fait le film dans le désir d'exorciser quelque chose, ça ne marche pas ; mais évidemment que le film a cette vertu là. Ce n'est pas l'objectif, il n'y a pas de désir de résilience, on ne se dit pas : « Plutôt que de faire une thérapie, on va faire un film. »

Avez-vous hésité à confier les rôles de Roméo et Juliette à d'autres comédiens ?

VD : Pour Roméo non, j'ai toujours voulu que ce soit Jérémie. Pour Juliette, oui, j'avais un peu peur de jouer, de ne pas avoir assez de recul, de me mettre en scène dans un registre d'émotion forte, de ne pas avoir de bouclier. Dans 'La Reine des pommes', je joue un personnage de comédie derrière lequel je peux me cacher. Mais je n'arrivais pas à mettre quelqu'un en face de lui et je sentais que ça allait poser un problème avec une autre actrice. On voulait montrer un couple dans son intimité et je savais que l'intimité qui nous liait dans la vie allait transparaître. Un jour, j'ai entendu Alain Cavalier parler de son envie de faire un film sur un couple, le filmer dans son quotidien. Je trouvais ça beau et ça m'avait marqué.

C'est le troisième film, après 'La Reine des pommes' et 'Belleville Tokyo', réalisé par Elise Girard, dans lequel vous interprétez un couple. Avez-vous conscience de créer un couple de cinéma ?

© Wild Bunch DistributionValérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, © Wild Bunch DistributionVD : On en a conscience puisqu'on travaille ensemble et qu'on a du plaisir à le faire.

JE : Elise Girard nous a choisis pour ça, mais je ne sais pas si on en a vraiment conscience. Cela dit, on a un projet de comédie de remariage… Il y a quand même toujours chez nous l'idée de personnages boiteux qui ont l'autorisation de réinventer les choses. 'La Guerre est déclarée' raconte aussi que leur couple ne peut plus exister comme avant mais qu'il trouve un terrain d'entente supérieur.

Vous dites donc : « Pour que leur enfant survive, leur couple doit mourir »…

VD : Il ne faut pas le comprendre comme un sacrifice. C'est plus le fait que leur énergie est tellement projetée vers leur enfant que ça les pompe. Après un événement pareil, ils sortent un peu boiteux de cette histoire et ils ne peuvent pas être dans une vie de couple normale.

JE : Ils ne peuvent plus être dans la norme. C'est une question qui nous intéresse vachement. Est-ce que le schéma que nous offre la société est obligatoire ? Quand on vit des choses, ça décale. Et ce décalage a des conséquences un peu partout.

Pour préparer le film, avez-vous revu des films sur la maladie ou le cancer : 'Le petit prince a dit', 'La gueule ouverte' ou 'Ceux qui restent'… ?

VD : Non, aucun. En revanche, sur les conseils de Jérémie, j'ai regardé 'Full Metal Jacket' de Kubrick, que je n'avais pas vu. Il y a cette scène à l'hôpital où Juliette sort pour faire un rapport à toute la famille alignée comme une patrouille, un commando prêt à monter au front…
On les appelait « les petits soldats » !

Il y a aussi l'idée que Roméo et Juliette en savent plus que leurs parents, ils les dépassent…

© Wild Bunch DistributionValérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, © Wild Bunch DistributionJE : Ce n'est pas les « dépasser » au sens d'être supérieurs à eux, mais au sens où ils s'éloignent d'eux. Pour les parents, il n'y a plus de projection possible puisque leurs enfants vivent quelque chose qu'ils n'ont pas vécu eux-mêmes.

VD : Les parents ne peuvent plus leur donner de conseils. Normalement, leur maturité fait qu'ils ont vécu plus de choses que leurs enfants mais là, ils n'ont pas cette expérience et sont obligés de s'en remettre à eux.

Le titre, 'La Guerre est déclarée', vous l'avez trouvé dès le début ?

VD : Non, Le premier titre était 'Désordres'.

JE : Il contenait l'idée que pour un jeune couple, avoir tout simplement un enfant provoque un désordre absolu. C'est un sujet un peu tabou parce que tous les parents se sentent obligés de dire qu'ils sont très heureux alors qu'il n'y a rien de plus casse-couille. On se disait que Roméo et Juliette allait vivre se désordre là, plus un deuxième… Mais, de façon paradoxale, l'événement malheureux les rapproche plus que l'événement heureux.

VD : Edouard Weil, le producteur, a voulu qu'on le change, donc on a cherché dans le scénario parce que j'étais sûr qu'il se trouvait dedans. Et Jérémie l'a trouvé.

JE : Valérie a dit : « Moi j'aime bien quand le titre est prononcé par les comédiens dans les films. » Voilà comment on est tombé d'accord sur 'La Guerre est déclarée', qui est une réplique prononcée par Juliette.

Le film est très musical. Comment avez-vous choisi les chansons ?

© Wild Bunch DistributionValérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, © Wild Bunch DistributionJE : Ce qui est génial avec la musique, c'est que ce n'est pas intellectuel, c'est épidermique. Ça peut facilement illustrer un état et Valérie aime bien écouter des musiques en écrivant. Pas forcément pour les garder dans le film, mais pour s'en inspirer. On a écouté pas mal de morceaux et la plupart sont restés.

VD : Par exemple, « L'hiver » de Vivaldi, c'est en l'écoutant que j'ai écrit la scène de l'annonce de la maladie à la famille. Même chose pour le générique de « Radioscopie », composé par Georges Delerue, cette espèce de bulle de bonheur qui fait très 'Martine à la plage.' D'autres morceaux sont venus après, comme « Blind », du groupe punk Frustration. Je comprends que certains films n'en aient pas besoin mais j'adore la musique au cinéma, ça transcende les émotions.

La chanson « Ton grain de beauté » est la seule que vous avez écrite et que vous interprétez…

VD : On cherchait une chanson, mais on ne trouvait pas. Un jour, j'ai eu de l'inspiration et je l'ai écrite. C'est la seule que l'on chante parce que c'est le seul moment où Roméo et Juliette parlent de sentiment… Ce n'est pas pour rien que Christophe Honoré a fait un film qui s'appelle 'Les Chansons d'amour', les chansons c'est une façon juste au cinéma d'incarner les sentiments.

JE : Dans cette séquence, on sort juste de l'annonce de la maladie et la première pulsion de Roméo et Juliette est de se dire qu'ils s'aiment. On voulait créer une rupture et prendre le spectateur de cours.

Comment avez-vous vécu la formidable réception du film au dernier festival de Cannes ?

VD : On ne s'attendait pas du tout à ça, donc c'était assez émouvant. On avait le sentiment que les gens, par leur accueil, faisaient le film autant que nous.

JE : J'avais la sensation que les gens voulaient rentrer dans l'écran pour être avec les personnages et les aider… Le film nous échappe, il appartient à tout le monde. Si je devais avoir une petite inquiétude, ce serait d'avoir créé un objet consensuel… Mais je crois qu'on a vraiment fait le film qu'on voulait faire. J'aime beaucoup la phrase de Truffaut : « Les films doivent être furieusement personnels ». Ce que j'entends là dedans, c'est qu'on ne peut pas faire l'économie de soi quand on fait un film. Et quelque soit le film que l'on fait, on se raconte dedans. Aussi bien Sam Raimi avec 'Spiderman' que Valérie Donzelli avec 'La Guerre est déclarée'.

vos commentaires

 
votre avis sur cet article : (Jusqu'à 1500 caractères)
  • philippe Agrippa

    30/08/2011 12h00 ...Et voilà que le film, et leurs deux protagonistes , fait la une de "LIBERATION" : fait rare et signe de qualités .....  

Pour aller plus loin

Articles & dossiers associés

  • Les César 2012 à la loupe

    Les César 2012 à la loupe

    Mathieu Kassovitz sur le carreau, ‘Intouchables’ et ‘L’Apollonide’ au coude à coude, Vincent Lindon oublié des votants, ‘The Artist’ attendu au tournant… Retour sur les nominations des...

    Plus sur Les César 2012 à la loupe

    « Les César 2012 à la loupe »

    2 personnes ont déjà commenté cet article

    Voir les commentaires

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
    2
    • Membres (2)  

Les films associés

La Guerre est déclarée

Film dramatique

La Guerre est déclarée

de Valérie Donzelli

Sortie en salle : 31 Août 2011

Ils sont beaux, ils sont jeunes, tout leur sourit : en un mot, Romeo et Juliette forment un couple de rêve, promis à un avenir radieux. Sauf que ce bonheur sans nuages ne va pas durer....

Voir la bande annonce

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Evene  
  • Membres (0)  
La Reine des pommes

Comédie dramatique

La Reine des pommes

de Valérie Donzelli

Sortie en salle : 24 Février 2010

À Paris, Adèle, une trentenaire, se retrouve anéantie par sa rupture avec Mathieu, l’amour de sa vie. Sa voisine lui conseille de quitter l’appartement de son ex-compagnon afin de prendre...

Voir la bande annonce

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  
Belleville-Tokyo

Film dramatique

Belleville-Tokyo

de Elise Girard

Sortie en salle : 1 Juin 2011

Un couple se dirige vers un train en partance pour Venise. Sur le quai, Julien annonce à Marie qu'il part en rejoindre une autre et s'en va, la laissant seule à Paris, enceinte....

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  

Les événements associés

La guerre est déclarée

Séances spéciales

La guerre est déclarée

Lieu: Fnac Forum - Paris (75001) Date : le 3 Septembre 2011 TERMINÉ

Retrouvez Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm pour une rencontre exceptionnelle à la Fnac Forum des Halles à Paris ! Le Samedi 3 septembre à 16H, Forum de rencontres

Plus sur La guerre est déclarée Réservez vos places sur fnac.com

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  

Les stars & célébrités associées

  • Valérie Donzelli

    Valérie Donzelli

    Actrice et réalisatrice française

    Valérie Donzelli a réussi à tracer sa voie dans le nouveau cinéma d’auteur français, avec intelligence et un ton doux-amer qui lui est propre. Son premier premier rôle au cinéma, elle le...

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
     
    • Membres (0)  

fil culture

Les lauréats du Prix France Culture cinéma

CinémaLes lauréats du Prix France Culture cinéma

Plus sur Les lauréats du Prix France Culture cinéma
 

nouveautés

les Avis des membres

VOUS AIMEZ

la lettre evene

L’actualité culturelle au quotidien
Citation, livre, événement, célébrité, jeu concours... › Voir la lettre du jour
Plus

citation du jour

« J’ai pris un cours de lecture rapide et j’ai pu lire “Guerre et Paix” en vingt minutes. Ca parle de la Russie.  »

de Woody Allen

En savoir plus sur cette citation

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (7)
     

privilèges

Plus

vidéos

  • Amour, de Michael Haneke Palme d'Or 2012

  • Madagascar 3 : la love story XXL de King Julian et Sonia avec la voix de Michaël Youn (King Julian).

Plus

photos

  • "The We and the I" de Michel Gondry - The We and the I

    "The We and the I" de Michel Gondry © Mars Distribution

  • Holly Motors de Léos Carax - Holy motors

    Holly Motors de Léos Carax © Les Films du Losange

agenda

tous les films

Découvrez tous les films dans l'une de ces catégories :

et aussi