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INTERVIEW DE JOSE CAMPUSANO En marge

Propos recueillis par Aurélie Louchart pour Evene.fr - Juillet 2009 - Le 20/07/2009

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INTERVIEW DE JOSE CAMPUSANO

Après une diffusion remarquée au festival de Mar del Plata et deux récompenses gagnées lors de celui du cinéma d'Amérique latine de Toulouse, 'Vil romance' sort enfin dans les salles françaises. Un film très dérangeant qui valait bien une rencontre avec son réalisateur, José Campusano.

José Campusano évalue la réussite de ses films à l'effet d'hypnose qu'il provoque chez le spectateur. Selon ses critères, 'Vil romance' est indubitablement réussi. On sort de la salle mal à l'aise, traumatisé, soulagé de quitter cet univers pour retourner à sa vie. De prime abord, difficile de dire si l'on a aimé, mais un film provoquant un tel effet mérite de s'y attarder. 1 mètre 90, blouson de cuir, cheveux longs : c'est moyennement rassuré que l'on s'en va rencontrer José Campusano, le réalisateur de 'Vil romance'. On avait presque envie de tourner les talons et s'enfuir avant qu'il ne nous arrive malheur. On découvre finalement un grand gaillard gentil, passionné et un peu dragueur. Quelqu'un qui souhaite "réaliser un cinéma qui ne soit pas dirigé par la pensée consciente" et raconter avec sa caméra "ce que les mots ne peuvent exprimer". Bref, un type comme ses films : a priori franchement angoissant mais en réalité d'une richesse exceptionnelle.

Lire la critique de 'Vil romance'
Etes-vous conscient du malaise que provoque votre film sur le spectateur ?

Je filme des tragédies. C'est un genre qui, selon les anciens, fait évoluer le spectateur. L'évolution a toujours un prix, et les gens n'ont pas toujours la volonté de le payer. Dans ce cas, le film les dérange, mais ça m'importe peu. Ils ne devraient pas regarder mon long métrage mais des comédies ou des programmes télévisés. Si je ne suis pas un réalisateur pour eux, ils ne sont pas un public pour moi. Je crois en l'évolution du spectateur, au fait qu'il veuille voir des choses vraies. Je suis fatigué des films tièdes et manipulatoires.

En quoi vos longs métrages seraient moins "manipulatoires" que ceux d'autres réalisateurs ?

Un scénario est généralement le fruit de l'imagination de l'écrivain, de choses qui lui sont passées par la tête. Nous, nous filmons ce que l'univers propose, ce qui était déjà établi avant même que le tournage ne commence. Il faudrait l'innocence d'un enfant pour pouvoir parfaitement capter cela. Nous cherchons en tout cas une fiction qui contienne plus d'informations qu'un documentaire. Faire un film étroitement lié à la réalité, voilà notre obsession.

Si vous tenez tant à la réalité, pourquoi ne pas vous être tourné vers le documentaire ?

Le cinéma est une magie absolue. Il provoque des moments d'hypnose qui peuvent suivre le spectateur pendant des années. Le documentaire ne produit jamais ça. J'en tourne aussi et il faut énormément de montage pour qu'un documentaire ne soit pas ennuyeux. Ca casse cet effet d'hypnose qui est, selon moi, la fonction exacte du film. Dans ma vie, six ou sept films m'ont extrêmement impressionné. Je reste prisonnier de 'Kidnapped' avec Michael Caine et 'Outback', un film australien. Quelques longs métrages argentins, 'Hijo de ombre', 'Fin de fiesta', 'Los Chantas', ont aussi produit cet effet d'hypnose sur moi. Ils ont fait avancer ma façon de raisonner et je ne suis toujours pas sorti de l'état dans lequel ils m'ont plongé.

Votre rejet de la fiction classique se traduit aussi par le fait que vos acteurs ne soient pas des professionnels...

On voulait aller plus loin que la simple direction d'acteurs dans un environnement documentaire. Dans 'Vil romance', pas une seule personne ne vient du milieu du cinéma. Il n'y a pas eu de casting, je déteste ça. J'ai pris les gens pour leur vécu. Chaque "acteur" a un passé qui justifie qu'il ait été présent dans ce processus de captation. C'est pour cela que le résultat final n'est pas du tout un produit conditionné. Non seulement ces gens ne viennent pas du cinéma, mais ça ne les intéresse pas du tout. Ce sont des gens entiers, ils n'ont pas d'outil pour mentir. Leurs émotions viennent exploser contre l'objectif de la caméra, il n'y a aucune place pour la censure. La caméra est un objet très sensible qui ne se laisse jamais tromper.

Dans votre film, les personnages sont très marginaux, avec des moeurs que la société réprouverait. De tels rôles étaient-ils compliqués à aborder pour vos acteurs ? Avez-vous dû leur donner beaucoup d'indications de jeu ?

Ni trop, ni trop peu, comme pour une bonne recette de cuisine ! Ce n'était pas difficile pour eux parce que les acteurs ont des personnalités proches des personnages. Le tournage a été très naturel, très agréable. Ces acteurs jouent parce qu'ils ont le droit de le faire. Ils ont payé le prix de la douleur. Ils ne sont pas là parce qu'ils ont lu des choses sur le sujet. Ca serait tromper le spectateur. Nous sommes fatigués de la fraude et de la tromperie.

Pourriez-vous travailler sur une autre thématique que celle de la marginalité ?

Tous les hommes qui ont provoqué des changements dans l'humanité sont des marginaux. Si les gens ne sortent pas des clous, aucun changement ne se produit. Je respecte beaucoup la vie des gens normaux mais elle ne m'inspire pas. De nombreux cinéastes filment déjà cela très bien.

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