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KING KONG Mythe éternel
Mathieu Menossi pour Evene.fr - Août 2006 - Le 02/08/2006
1er août 2006 : le Kong a sonné ! A l'occasion de la sortie en DVD du remake de Peter Jackson, Evene revient sur l'histoire d'un des plus grands mythes modernes de l'histoire du cinéma. Plus de 70 ans après, le destin tragique du gorille de l'île du Crâne fait encore trembler les coeurs.
Des immenses marionnettes de 1933 animées image par image dans les studios de la RKO aux personnages virtuels sophistiqués de 2005 numérisés par la puissante Weta Digital de Peter Jackson, 72 ans séparent ces deux règnes du grand roi Kong.
A l'origine du mythe
Le grand gorille se dresse pour la première fois en 1933. A l'origine, l'imaginaire de deux cinéastes spécialistes du documentaire animalié, Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack. Deux esprits pionniers, deux imaginaires nourris des aventures du professeur Challenger dans 'Le Monde perdu' d'Arthur Conan Doyle adapté au cinéma en 1925, du grand dragon de Komodo découvert sur une île perdue de Malaisie, des histoires de Tarzan ou encore des exhibitions fabuleuses du cirque Barnum et Bailey. Autant d'éléments que les deux complices se sont chargés d'assembler pour donner naissance à une créature appelée Kong - "singe" en malais - et vénérée par des indigènes sur une île mystérieuse. Alors que l'Europe est aux portes de la guerre, l'Amérique des années 30 sombre dans la Grande Dépression. Les personnages d'Ann Darrow (Fay Wray), une actrice au chômage, et de Carl Denham (Robert Amstrong), un réalisateur raté, incarnent le sort de millions d'Américains, sans emploi ni ressources. Tous les deux, portés tant par leurs doutes que par leurs espoirs, décident donc de quitter la patrie en péril pour tenter l'aventure. Destination Skull Island, une terre encore vierge de toute visite humaine...
'King Kong' reste sans aucun doute dans l'imaginaire collectif LA référence du film fantastique. "Je pense qu'aux yeux de nombreux cinéastes, le premier King Kong marque un tournant dans l'histoire du 7e art, une tentative pour atteindre l'extraordinaire et même l'impossible", explique Philippa Boyens, fidèle co-scénariste de Peter Jackson. Film précurseur à bien des égards, les deux créateurs Merian et Ernest avaient ébloui à l'époque par toutes les innovations mises en oeuvre. A leurs côtés, les talentueux Willis O'Brien pour les effets spéciaux et le sculpteur Marcel Delgado. Des effets visuels inédits associant animation image par image, transparences, peintures sur verre et modèles réduits extrêmement détaillés. Souvenez-vous de cette poupée articulée aux mouvements heurtés qui nous fait aujourd'hui sourire, mais qui à l'époque avait fait son p'tit effet… Elle ne mesurait en fait pas plus d'une cinquantaine de centimètres et était recouverte de poils de lapin. Le film avait alors nécessité toutes les techniques envisageables à l'époque : pour les plans serrés, la main et la tête avaient été construites grandeur nature. A sa sortie, le film avait battu des records de fréquentation et rapporté plus de 1,75 millions de dollars, sauvant, dit-on, à lui tout seul la RKO des griffes de la Grande Dépression. Des ressorties périodiques eurent lieu jusque dans les années 50.
A chacun son Kong
Au delà du simple film d'aventure, 'King Kong' résonne avant tout comme une véritable fable fantastique teintée d'onirisme et aux interprétations multiples. Là réside toute la richesse et l'universalité du film.
Dans cette Amérique vacillante, embourbée dans les miasmes d'une crise économique sans précédent, New York apparaît comme le ramassis de toutes les angoisses et de toutes les haines. On imagine alors sans peine les aspirations bien naturelles d'échapper à cette atmosphère lourde et obscure. Le temps est aux vaudevilles et à la prohibition. Légèreté, ivresse et plaisirs faciles. L'Amérique, et au-delà la civilisation, la vraie, a besoin de se rassurer sur son avenir, sur sa capacité à maîtriser, dominer et vaincre ce qui est autre, différent ou étranger. Il en va de la sauvegarde de ses valeurs morales et de ses lois. Le personnage de Carl Denham incarne cette détermination aveugle à imposer ses règles à la Nature déchaînée que personnifie le primate géant, vivant au coeur d'une végétation luxuriante et anarchique. La bête capturée, elle est arrachée à son île ténébreuse et hostile pour être ramenée, tel un trophée, sur l'île éclairée de Manhattan pour servir de divertissement à une population avide de sensations fortes.
Le film de 'King Kong' est également ouvertement inspiré du mythe de 'La Belle et la Bête'. La brutalité de la Bête, symbole des passions sexuelles animales présentes chez l'homme, face à la pureté d'une belle femme. Incarnation de la luxure, 'King Kong' illustre l'idée récurrente et clairement expliquée par le psychanalyste américain Bruno Bettelheim que "la sexualité est de nature animale et que seul l'amour peut la transformer en relation humaine". Le grand singe rugissant et solitaire est l'expression des pulsions que la morale puritaine américaine rejette en bloc. Vers lui convergent toutes les angoisses que suscite le carcan étouffant de l'Amérique pudibonde. Comment ne pas voir dans la scène finale une volonté de réaffirmer la toute puissance physique et morale de la société américaine sur l'animosité et la luxure d'un monde non-civilisé ? King Kong, perché au sommet de l'Empire State Building, fraîchement achevé (en 1931) et symbole de la grandeur U.S., ne peut résister à l'attaque des biplans de l'armée de l'Oncle Sam. Le message est simple, voir simpliste : la supériorité incontestable du monde moderne civilisé sur l'insaisissable Mère Nature, source de tous les vices.
Malgré tout, en King Kong demeure l'ambiguïté de l'être humain. Il effraie autant qu'il fascine. Bête sauvage à la force débordante, redoutable et effrayant, King Kong se révèle peu à peu capable de tendresse et d'amour pour la belle Ann Darrow. Et c'est la découverte de cette humanité inattendue qui suscite chez le spectateur un sentiment de compassion et, plus troublant encore, d'identification. Et cela d'autant plus à l'issue d'une des morts les plus tragiques de l'histoire du cinéma. Là est toute la force dramatique du film de 'King Kong'. Une force à laquelle Peter Jackson a succombé très jeune, dès l'âge de 9 ans.
Un hommage peut en cacher un autre
Hanté pendant 35 ans par son rêve d'en réaliser un remake, c'est chose faite depuis décembre 2005, grâce notamment au succès financier de sa trilogie du 'Seigneur des Anneaux'. Le synopsis annonçait tout de suite la couleur. "New York. 1933". Peter Jackson a opté pour le retour aux sources, en situant le récit de son 'King Kong' l'année de la sortie du chef d'oeuvre originel. "Il peut sembler étrange que King Kong ait fait partie de ma vie si longtemps, qu'il soit depuis 35 ans mon film favori. Pouvoir le refaire, c'est concrétiser un rêve incroyable, car c'est ce film qui m'a orienté vers la réalisation et a été le moteur de ma carrière. Tourner cette nouvelle version m'a permis de l'en remercier et de lui rendre hommage".
Et l'hommage continue avec la sortie d'une version collector de son 'King Kong' dans laquelle, comme pour la trilogie de Tolkien, Peter Jackson nous dit tout. Incapable de jouer les cachottiers, tel un gosse, il veut partager son enthousiasme que lui a suscité cette aventure fantastique sur les traces du grand singe. Le DVD aux bonus mirifiques en est l'aboutissement. L'un des hommages les plus complets rendu à la grosse bête poilue ! Avec une image et une bande son parfaitement restituées, les 3 heures de film sont prolongées par plus de 3 heures de commentaires, documentaires et autres images d'archives. Skull Island n'aura plus de secret pour vous. Pour donner une dimension encore plus authentique au long métrage, P.J. nous propose un documentaire sur le New York de la Grande Dépression. Et à travers les "journaux post-production" (publiés périodiquement sur le net avant la sortie du film en salles), il est possible de suivre Peter Jackson pendant 35 jours dans les coulisses de la production de 'King Kong'. Tout y passe : post-production, maquettes, effets spéciaux, son, musique,... L'immersion est totale.

Une fois de plus, Peter Jackson n'a pas fait dans la demi-mesure. Et qui s'en plaindra. Avec cette version collector du DVD, Mister P.J. exploite au maximum les capacités du support pour partager un univers, un savoir-faire et transmettre sa passion du cinéma ou plus exactement de son cinéma. Une vraie réussite.
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