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INTERVIEW DE VINCENT D'ONOFRIO Un Italien à New York

Propos recueillis par Roland Hélié pour Evene.frMerci à Michael Ghennam pour la traduction - Août 2009 - Le 03/08/2009

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INTERVIEW DE VINCENT D'ONOFRIO

Dans 'Little New York' de James De Monaco, comédie noire et décalée, Vincent d'Onofrio, acteur à la stature inquiétante, incarne, pour la première fois de sa carrière, un personnage de mafieux italo-américain, archétype du gangster fantasque et infantile. En salle le 5 août.

Dans ce premier film dont l'action se déroule essentiellement à Staten Island, île située dans la baie de New York et réputée pour avoir servi de ville dortoir aux mafieux de la Grosse Pomme, Vincent d'Onofrio interprète Parmie Tarzo, un capo local. Lequel, déterminé à devenir célèbre d'une façon ou d'une autre, se pique de sauver l'une des forêts de l'île en se perchant dans la frondaison d'un arbre dont il refuse de descendre tant que la municipalité ne renoncera pas à son projet immobilier. La puissance physique de d'Onofrio, sa présence, son étrange regard font merveille une nouvelle fois et donnent toute sa dimension à cet improbable personnage de gangster.

Lire la critique de 'Little New York'
Quelle image vous faisiez-vous de Staten Island ?

Je suis né à Brooklyn qui se trouve juste en face mais je n'y ai pas grandi. Enfant, Staten Island me paraissait être un endroit un peu lointain, qui en tout cas ne m'était pas familier, une autre ville, presque étrangère, où je ne suis allé qu'avec mon parrain, en de rares occasions. Et je n'en ai pas gardé de souvenirs précis en dehors de sa mauvaise réputation dont j'entendais parler de temps à autre.

'Little New York' a-t-il changé votre point de vue sur ce quartier ?

Non, pas exactement. Je pense aujourd'hui qu'il s'agit d'un quartier comme un autre. Mais j'ai trouvé assez amusant de jouer avec ce préjugé qui fait passer Staten Island pour la cité dortoir de la mafia. En réalité il n'y a pas plus de mafiosi à Staten Island qu'il n'y en a dans le Queens ou à Brooklyn.

Alors que vous aviez échappé à ce folklore, 'Little New York' vous offre votre premier rôle d'Italo-Américain. Qu'en retirez-vous ?

A mes yeux, cela ne fait pas de différence avec d'autres rôles. J'ai toujours cette envie de créer un personnage quel qu'il puisse être. C'est à chaque fois une expérience supplémentaire, un nouveau défi à relever. Je n'ai pas abordé ce rôle de manière différente. Même quand on interprète un archétype, il faut trouver le petit truc qui va lui donner son ambivalence, sa singularité, lui permettre d'échapper au cliché. En ce qui concerne Parmie Tarzo, il fallait trouver une espèce d'équilibre entre la sympathie qu'il est susceptible d'inspirer, son côté attachant d'une part, et de l'autre, la brutalité dont il est capable, son côté intimidant, impulsif et dangereux lié à ses activités criminelles. C'est cet aspect du personnage qui m'a intéressé, l'opacité qui l'amène à agir, à prendre ses décisions.

Vous avez joué dans des films indépendants et des films de majors. Cela entraîne-t-il une liberté plus ou moins grande ? Quel type de production vous convient le mieux ?

En ce qui me concerne, je n'y vois aucune différence et ne me suis jamais senti privé de ma liberté sur un tournage. Si c'était le cas, je pourrais me retirer et rompre mon contrat. Mais cela ne s'est jamais produit. Quant au budget, son importance n'est pas un facteur déterminant même s'il est agréable d'être bien payé ! (rires) Ce qui compte en revanche, c'est le personnage, son intérêt d'un point de vue psychologique, sa complexité, les possibilités qu'il offre en termes de choix de jeu, de caractérisation. J'y suis très attaché.

Vous avez été formé à l'Actors Studio et à l'American Stanislavski Theater. Continuez-vous d'approcher et de travailler vos rôles à la lumière de l'enseignement de la fameuse "méthode" ?

Oui, ce travail autour de la construction du personnage élaboré par Stanislavski reste pour moi d'une grande pertinence. Je ne cesse d'y revenir, de m'y référer. C'est ma façon de travailler. Je conçois parfaitement que d'autres acteurs puissent s'en passer ou qu'ils aient une approche différente des rôles mais, en ce qui me concerne, c'est la pierre angulaire de mon travail. Je construis mes personnages en amont, je réfléchis et me documente. Quand j'arrive sur le plateau je me sens prêt et capable de faire des propositions au réalisateur, accessoirement au scénariste. Si, pour une raison ou pour une autre, quelque chose ne convient pas, je modifie mon approche en fonction de ma perception et de ma compréhension du personnage. J'ai le sentiment qu'en procédant ainsi, les choses se passent bien dans la plupart des cas. Cependant, tous les cas de figures existent : des acteurs très forts techniquement peuvent être mauvais quand d'autres, qui n'ont aucune technique, peuvent se montrer remarquables.

Votre contribution à 'New York : section criminelle' a-t-elle modifié votre manière de travailler ? Pour un acteur de votre notoriété, les séries télévisées représentent-elles une alternative artistiquement alléchante ?

J'ai cru comprendre qu'en France aussi la série avait beaucoup de succès. Aux Etats-Unis, elle est diffusée sur cinq chaînes et je dois dire que je suis assez fier du personnage que j'y incarne, du travail accompli. Il n'a pas été facile d'imposer un type comme Goren qui ne ressemble à rien avec son look "merdique". On a tout le temps l'impression qu'il vient de se lever, qu'il n'a pas envie d'être là. Avec cette série nous avons évité le look tape-à-l'oeil, le truc fabriqué et léché, le maquillage et ainsi de suite… Quand Goren va mal, quand il n'est pas en forme, cela se voit. Il y a tant d'argent en jeu qu'il était très difficile d'imposer un personnage d'antihéros comme celui-ci. Avec Goren, on est aux antipodes du héros hollywoodien propre sur lui et désincarné. Il ressemble à tout le monde. Je n'ai pas changé de méthode de travail, bien au contraire. J'ai plutôt importé ma façon de travailler à la télévision et j'ai pu en fin de compte, et non sans mal, faire ce que je voulais du personnage. Encore une fois, cela me rend très fier. Et en plus, maintenant on me reconnaît dans la rue…

Un certain nombre d'acteurs de votre génération sont passés derrière la caméra. Qu'en est-il pour vous ?

J'ai déjà réalisé plusieurs films, des courts métrages en particulier, et ne compte pas en rester là. J'ai pu les mener à terme en mettant à profit les liens que j'ai noués tout au long de ma carrière. J'ai fait appel à des techniciens, et même à des acteurs, rencontrés sur des tournages. Mes projets ont toujours été bien accueillis et j'ai régulièrement bénéficié de l'aide de sociétés de location de matériel ou de laboratoires de développement. Ce sont de précieux coups de pouce. Quant à l'écriture, je procède d'une façon qui m'est propre. Je suis tout à fait incapable d'écrire un scénario. Quand j'ai une idée ou un projet, je préfère rédiger un texte, écrire une véritable histoire qu'un ami se charge de transformer en scénario. Je ne suis pas un scénariste frustré.

Quel cinéphile êtes-vous ?

J'adore aller au cinéma, que ce soit pour voir un film "pop-corn" ou un film d'auteur. J'aime tous les genres de films à l'exception toutefois des comédies sentimentales qui me semblent être toujours construites sur le même schéma. Quand il m'arrive d'en voir, je m'ennuie. Dernièrement, j'ai beaucoup aimé 'The Wrestler' de Darren Aronofsky. J'ai trouvé formidable le travail de Mickey Rourke et suis très heureux de le voir réussir son retour.

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