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Louis-Do de Lencquesaing, réalisateur de « Au Galop » : « J’ai toujours pensé cinéma ! »
Propos recueillis par Olivier De Bruyn - Le 12/10/2012
On connaissait le metteur en scène de théâtre et l’acteur de cinéma. On a découvert en 2012 avec "Au Galop" l'auteur d’un premier film inclassable qui lui ressemble.
Difficile de faire sans Louis-Do de Lencquesaing… Il frôle le demi-siècle, affiche plusieurs vies professionnelles, occupe les écrans dans des films notables et, surtout, signe son premier long métrage en tant que réalisateur : Au galop. Un coup d’essai intense et charmeur qui témoigne de sa personnalité atypique et de sa sensibilité à vif. Depuis sa révélation tardive dans Le père de mes enfants, de Mia Hansen Love, il multiplie les prestations remarquées (L’Apollonide, de Bertrand Bonello, Polisse, de Maïwenn, Elles, de Malgorzata Szumowska, Superstar, de Xavier Giannoli…) et, parallèlement, n’en oublie pas ses premières amours côté théâtre où, depuis la fin des années 80, il officie à la fois sur les planches et côté mise en scène. Après plusieurs courts-métrages, il prouve avec Au galop que son talent pluriel compte un nouvel atout majeur. Dans ce premier film subtil, Louis-Do, des deux côtés de la caméra, raconte l’histoire de Paul, un écrivain qui traverse une crise majeure (décès du père, vertige existentiel king size…) et retrouve goût à la vie auprès de femmes de plusieurs générations. Le résultat : un film buissonnier qui, aux antipodes de l’autofiction geignarde et des poncifs intimistes, mêle mélancolie pas forcément douce, humour inclassable et méditation subtile sur la reconstruction. Rencontre.
Comment est né Au galop ?
Louis-Do de Lencquensaing et Valentina Cervi, ©PyramideBizarrement, au gré d’un processus flottant… J’avais envie de réaliser mon propre film depuis longtemps et un premier projet, il y a une dizaine d’années, n’a pas abouti faute de financements. On en retrouve des traces dans le film d’aujourd’hui. Pour Au galop, j’ai commencé par écrire des bribes de scènes, la première avec une mère qui perd la tête. Au fur et à mesure, d’autres protagonistes et thèmes sont apparus : les trois femmes, la dualité mort-naissance, les deux frères, le personnage de Paul, un écrivain… Dans Au galop, on retrouve aussi certaines situations de mes courts-métrages : par exemple ce père qui vit seul avec sa fille, une semaine sur deux. En fait, j’ai tiré sur plusieurs fils pour un projet plus ample.
Pourquoi faire de Paul un écrivain ?
Parce que justement, j’étais en train d’écrire le scénario… Et puis écrire implique une distance avec le monde qui correspond, au moins en partie, à la façon dont le personnage avance dans la vie.
Si l’on vous dit que Au galop raconte l’histoire d’un homme qui réapprend à aimer, cela vous convient ?
L’histoire d’un homme en retrait et qui retrouve l’envie… Je ne l’ai pas théorisé ainsi à l’origine, mais la définition correspond assez bien au film. Au départ, je ne pensais pas que Paul prendrait autant de place dans le script. Les trois femmes étaient au premier plan et, avec elles, on en arrivait à lui : Paul. Il reste quelque chose de cette première structure dans le film.
Il y a des éléments autobiographiques dans le film. Au galop est pourtant aux antipodes de ce que l’on appelle l’autofiction.
J’espère ! Je ne sais pas très bien ce qu’est l’autofiction, mais le mot me dégoûte. Mettre ses tripes sur la table et penser que cela va plaire, ça me répugne. L’impudeur me gène terriblement.
Entre autres sujets, Au galop évoque la mort et le deuil, mais vous faites la chasse au pathos, à la sensiblerie. Le film privilégie même une certaine légèreté.
Louis-Do de Lencquensaing, ©PyramideJ’aborde des sujets un peu violents, c’est vrai, mais surtout des sujets sacrements rebattus ! Denis Podalydès a vu le film il y a peu. Il était sceptique avant le visionnage : l’écrivain qui se raconte, la femme entre deux hommes : tout cela semble avoir déjà été vu mille fois. Mais il été agréablement surpris : il a trouvé le film singulier, indéfinissable, sur la crête. Je ne vous apprends rien : les thèmes apparents, on s’en fout. C’est la forme qui fait le fond.
Avez-vous toujours su que vous interpréteriez le rôle principal ?
Oui. C’était déjà dans le cas dans mes courts métrages, qui m’ont permis de me rôder, d’être moins inquiet. J’ai dû hésiter cinq minutes avant de me confier le rôle, pas plus. Je n’avais pas envie d’expliquer à un autre acteur le pourquoi et le comment du film.
Cela vous a-t-il posé des difficultés d’être des deux côtés de la caméra ?
Concrètement, cela peut parfois poser problème, mais ce n’est pas l’essentiel. Jouer avec les autres acteurs permet d’être fondus dans le même moule, d’être rassemblés, de ne pas redouter le regard extérieur…Tout cela sert le film. Après, je ne m’en cache pas, quand je ne jouais pas, cela ressemblait à des vacances. Je pouvais enfin emmerder tout le monde avec ma maniaquerie.
Vous avez toujours rêvé d’être cinéaste ?
Louis-Do de Lencquensaing, Valentina Cervi, Xavier Beauvois, ©PyramideEn tout cas, j’ai toujours pensé cinéma. D’abord en tant qu’acteur, puisque j’avais pris des cours pour cela. J’ai commencé au théâtre un peu par hasard, suite à des rencontres, entre autres avec Valère Novarina, Alain Crombecque… J’étais fragile à cette époque. Je sortais d’une dépression et, parallèlement à mes cours de comédien, je faisais du droit. On m’a d’abord engagé pour des stages, puis j’ai eu un projet d’adaptation au cinéma pour Novarina qui n’a pas abouti. Ce dernier m’a alors engagé pour jouer une de ses pièces. Mais l’envie du cinéma ne me lâchait pas. Je me souviens que la directrice de la photographie Caroline Champetier - avec qui j’ai eu un enfant, mais c’est une autre histoire - m’avait entraîné sur le tournage du film d’Alain Cuny : L’annonce faite à Marie, où j’étais stagiaire régisseur ou quelque chose dans ce genre. Cuny devait sentir que j’avais des velléités, il me disait : « Louis Do, il y a trop de cuivres en vous ! » Il voulait sans doute dire que les choses résonnaient trop en moi. Bref, le cinéma a toujours été présent, de façon lancinante.
Théâtre et cinéma, acteur et réalisateur : vous vous aimez pluriel ?
Je dis souvent que j’ai plusieurs métiers, mais, en fait, ce n’est pas vrai. C’est comme si je prenais des crayons différents pour raconter la même chose. De toute façon, quand on considère tous les rôles d’un acteur, on s‘aperçoit que l’ensemble raconte quelque chose de lui, retrace une sorte de biographie. Même si, dans une filmographie, il y a souvent deux ou trois films merdeux que l’on a tournés pour de mauvaises raisons.
Cela a été votre cas ?
Dernièrement, oui… J’ai tourné certains films pour l’argent. Et il faut que j’arrête parce que cela ne me plait pas, que je ne m’y sens pas bien. Mais je n’ai jamais été en position de refuser des tonnes de propositions. Maintenant, ça va, mais à mes débuts c’était une autre histoire. Si je suis devenu metteur en scène de théâtre, c’est aussi parce que je ne pouvais pas attendre indéfiniment les propositions des autres. En même temps, je n’étais pas assez mûr comme acteur : j’étais trop fragile, trop émotif.
On vous voit de plus en plus au cinéma, mais à l’exception du Père de mes enfants, de Mia Hansen Love, toujours dans des seconds rôles : Polisse, L’Apollonide… Ce n’est pas frustrant ?
Le film de Mia a tout changé. Vous le constatez tout de suite dans les castings : on vous parle aimablement, on vous offre un café… Les films que je tourne correspondent à mes goûts, mais je n’aurais rien contre le fait de tourner plus de premiers rôles, y compris dans d’autres registres, même des comédies, pour peu qu’elles fassent preuve d’un minimum d’ambition. Des trucs genre Intouchables, pourquoi pas ? Un acteur doit se diversifier.
On ne vous sollicite jamais pour ce genre de films ?
Non, ou alors pour des seconds rôles. Que voulez-vous, je ne suis pas bankable ! Et en plus, chez les autres, je ne joue que des méchants, des salauds, des pervers (rires). Dans Au galop, je ne suis pas trop méchant, peut-être que cela donnera des idées aux cinéastes.
Vous êtes catalogué à ce point ?
Un peu. On m’appelle pour jouer des hautains, des désagréables, des aristos… Je renvoie cette image à cause de ma pudeur, de mon éducation, de ma particule. Mais à force, oui, c’est un peu sclérosant. Toutefois, je ne désespère pas : même les arabes dans le cinéma français ont réussi à ce que l’on ne leur confie plus systématiquement des rôles d’arabes…
Au Galop, la Bande-Annonce :
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