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Michaël R. Roskam et Matthias Schoenaerts, têtes de vainqueur de ‘Bullhead’
Propos recueillis par Adrien Sene - Le 20/02/2012
Avec ‘Bullhead’, polar sur fond de trafic d’hormones en milieu bovin, le réalisateur Michaël R. Roskam et l’acteur Matthias Schoenaerts incarnent le sang neuf du cinéma flamand. Rencontre.
‘Bullhead’ est nommé à l’Oscar du meilleur film étranger mais Michaël R. Roskam, 39 ans, ne semble pas trop y croire : « C’est Une séparation qui va gagner mais c’est déjà une belle distinction, confie le réalisateur. »
C’est même la plus belle après la vingtaine de prix récoltés partout dans le monde. Mais ce premier long-métrage qui plonge au cœur de la mafia flamande des hormones a fait mieux : il a révélé l’acteur Matthias Schoenaerts, enrôlé depuis par Jacques Audiard dans son prochain film, Un goût de rouille et d’os. Ce timide de 34 ans sourit quand il pense au tapis rouge qu’on lui déroule après sa performance dans la peau de Jacky Vanmarsenille. Cette première rencontre avec de futurs grands méritait bien un questionnaire « première fois ».
Premier choc cinématographique ?
Michaël R. Roskam : Vers l’âge de cinq ans. Un film débute à la télévision et mon père m’envoie au lit en me disant que ce n’est pas pour moi. Comme je suis fasciné par les premières images, je le regarde en cachette, du couloir. Mais, quand le monstre apparaît, je suis littéralement pétrifié, incapable d’appeler mon père. C’était La Belle et La Bête (1945) de Jean Cocteau.
Matthias Schoenaerts, © Nicolas KarakatsanisMatthias Schoenaerts : Un film sur l’Antarctique dont je ne me rappelle plus le titre. Je me souviens qu’à un moment, la glace se brise sous un attelage de chiens de traîneaux et les précipite dans l’eau. Comme j’en avais un de la même race, j’ai éclaté en sanglots. Sinon, je me suis également senti mal devant L’Exorciste (1973). Vraiment, mal !
Premier maître ?
M.R.R. : Roman Polanski, même si ce n’est pas une influence directe. Quand j’ai vu Le Locataire (1976), le film m’a fasciné et m’a fait prendre conscience de la mise en scène. Après, Scorsese a eu une influence beaucoup plus directe sur mon travail. C’est mon parrain artistique pour ses anti-héros.
M.S. : Al Pacino dans Le Parrain 2 que j’ai dû voir à 15 ans. Je ne ressentais pas le travail de comédien comme maintenant mais son interprétation tout en retenue m’a bouleversé. Pour moi, c’est son meilleur rôle.
Première envie de cinéma ?
Bullhead, © Nicolas KarakatsanisM.R.R. : J’ai étudié la peinture à l’Académie des beaux-arts de Bruxelles, envisagé une carrière dans la bande-dessinée et versé dans les écrits philosophiques mais je ne me suis jamais senti à l’aise dans ces milieux. Un jour, je demande une caméra à un ami producteur pour réaliser un petit film. Je lui ai raconté l’histoire et il m’a dit : « Très bien. On va faire du vrai cinéma. On va ramasser tous les talents disponibles et toi, tu vas exprimer ta vision avec eux. » Au fond, le boulot d’un réalisateur c’est ça : reconnaître les gens qui ont du talent, s’entourer d’eux et leur laisser faire leur boulot !
M.S. : Je n’ai jamais vraiment eu envie de faire du cinéma. Bien sûr, le fait d’avoir grandi dans cet environnement a dû jouer [son père, Julien Schoenaerts était un très grand comédien flamand, nldr] mais j’ai juste commencé des cours d’art dramatique par curiosité. Dès la première année j’ai adoré et, après, de façon naturelle, j’ai évolué vers le cinéma.
Première rencontre ?
M.R.R. : Sur le court-métrage Une Seule chose à faire, qui raconte l’histoire d’un homme qui assiste à l’agression de son ami - c’est devenu un thème de Bullhead. Dès l’audition, j’ai su que Matthias avait l’ADN d’un grand. Au cours d’un test caméra d’une dizaine de minutes, quand Matthias est entré dans le champ, le personnage s’est incarné. Il a juste ouvert une porte et s’est mis contre le mur pour fumer une cigarette mais c’était génial. Tellement bien qu’on s’en est servi pour le teaser du film.
Matthias Schoenaerts, © Nicolas KarakatsanisM.S. : Le dernier jour du tournage d’Une Seule chose à faire, Michael m’a approché en me disant qu’il avait une idée et m’a parlé du personnage de Jacky Vanmarsenille. Un personnage comme je n’en avais jamais lu auparavant. Effrayant et vulnérable à la fois, une sorte de créature de Frankenstein. Dès le début, il m’a dit que je devais prendre du poids. Il fallait que ce soit une montagne de muscles qui ressemble à du bétail. J’étais très fin et, même si le financement n’était pas fait, j’ai tout de suite commencé la musculation pour avoir une base. C’était il y a 6 ans. Puis, la dernière année, je me suis jeté dans la préparation en ne faisant aucun autre projet de films. J’ai pris 20kg en un an.
Première idée de ‘Bullhead’ ?
M.R.R. : La ferme qui sert de décor est à six kilomètres de la ville où j’habitais, enfant. Je suis un citadin mais, pendant les vacances, je travaillais là-bas. Et, dans le film, Jacky parle un dialecte qui vient de cette région. Je n’étais donc pas étranger à cet univers mais je crois que j’ai d’abord pensé à la scène principale du film, celle qui crée le personnage. Puis je me suis documenté sur la mafia d’hormones qui a vraiment exécuté un inspecteur vétérinaire dans les années 80. Je voulais rendre ce milieu crédible.
Première fois sur le plateau de tournage ?
Matthias Schoenaerts, © Nicolas KarakatsanisM.S. : La scène où Jacky revient de sa nuit en club, complètement soûl. J’avais la trouille parce que je me retrouvais enfin confronté à la réalité d’un personnage que j’avais fantasmé pendant des années. En plus, les premiers échos du tournage étaient incroyables et j’avais peur de tout faire capoter. J’avais la pression mais quelque chose de miraculeux est arrivé : j’ai mis le costume, on a répété la scène et j’ai vu Michael abasourdi par mon interprétation. J’ai su que c’était bon.
Premier film après celui-là ?
M.R.R. : Après les Oscars, je vais arrêter de penser à Bullhead pour me concentrer sur Le Fidèle, un amour noir, une tragédie romantique dans le milieu des gangsters Bruxellois. J’aime bien les gangsters, c’est mon côté scorsésien !
M.S. : Je viens de terminer le tournage d’Un goût de rouille et d’os de Jacques Audiard, Son directeur de casting m’avait remarqué dans Bullhead mais Audiard, lui, l’a vu après m’avoir choisi. Le film est une adaptation de plusieurs nouvelles de Craig Davidson. C’est une romance particulière.
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