-
Comédie dramatique
The Paperboy
-
Documentaire
Woody Allen : a documentary
-
Film dramatique
Cosmopolis
Roschdy Zem : « Raddad reste condamné »
Propos recueillis par Olivier De Bruyn - Le 06/02/2012
Dans 'Omar m'a tuer', fiction implacable autour de l'affaire Omar Raddad, Roschdy Zem dirige son complice Sami Bouajila et signe un film puissant sur les errements de la justice. Rencontre.
Leur complicité revendiquée ne relève assurément pas de la pose. Roschdy Zem et Sami Bouajila partagent beaucoup : des origines familiales qui n'ont pas facilité leurs débuts dans le cinéma hexagonal (le Maroc pour le premier, la Tunisie pour le second), des choix artistiques affirmés, des prestations en commun dans des films marquants, en premier lieu 'Indigènes' de Rachid Bouchareb. Surtout, Roschdy et Sami envisagent de la même manière leur métier. Pudiques, ennemis farouches des grandes déclarations, ils préfèrent exprimer leur façon d'envisager le monde et la vie sur les écrans. Dans 'Omar m'a tuer', ils reviennent sur l'affaire Omar Raddad, fait-divers retentissant des années 90. Ou comment un jardinier marocain quasi-analphabète fut désigné coupable idéal dans le meurtre d'une riche habitante de la Côte d'Azur. Un fait-divers et, aujourd'hui, un film, qui en disent long sur l'aveuglement de la justice en France. Comment filmer et incarner une telle histoire ? Réponses du duo.
Quel est votre premier souvenir de 'L'affaire Omar Raddad' ?
Roschdy Zem : J'ai tellement travaillé sur le film qu'il m'est très difficile de me souvenir précisément de la « vraie » affaire. Disons que je l'avais suivie un peu comme le feuilleton de l'été, avec son lot de rebondissements, mais, dans les années 90, l'affaire ne m'avait pas intéressé outre mesure.
Sami Bouajila : Pareil. Néanmoins, l'inscription « Omar m'a tuer », écrite avec le sang de la victime, m'avait beaucoup marqué… Cette image m'a poursuivi.
Comment est né le film ?
Omar Raddad alias Sami Bouajila, © Mars DistributionRoschdy Zem : À l'origine, c'est un projet de Rachid Bouchareb. Il envisageait de mettre en scène le film et désirait me confier le rôle d'Omar Raddad. Je me suis alors passionné pour l'« affaire » et ce qu'elle révélait concernant la justice et ses dysfonctionnements. J'ai lu tous les articles de l'époque. Et je me suis rapidement aperçu que mon regard était celui d'un cinéaste plus que celui d'un acteur. Après le succès d''Indigènes', Rachid avait plein de projets et ne pouvait pas tous les mener de front. Je lui ai demandé de me confier 'Omar m'a tuer'. Il a longtemps hésité, puis me l'a cédé. J'ai alors contacté Sami.
Sami Bouajila : Et j'ai dit oui immédiatement. Tout me plaisait dans cette proposition. D'abord la possibilité de continuer notre parcours commun avec Roschdy. On se connaît et s'apprécie depuis longtemps. J'avais conscience de tout ce que notre complicité pouvait apporter au film.
'Omar m'a tuer' s'inspire de faits et de personnages réels. Cela implique-t-il une responsabilité supplémentaire ?
Roschdy Zem : Nous avions une ligne de conduite à laquelle nous n'avons jamais dérogé : il fallait que la réalité soit au service de la fiction et pas l'inverse ! La démarche n'était pas de frontalement « redonner sa dignité à Raddad ». Ce n'était pas la peine d'en rajouter : on avait, à disposition, une histoire qu'aucun scénariste au monde n'aurait pu inventer. La conception du crime qui ridiculise Agatha Christie sur son propre terrain, l'enchaînement des événements, les errements de l'instruction… tout était là.
Sami Bouajila : Notre responsabilité première était de faire un film de cinéma et de le réussir. Quand bien même aurait-on voulu servir une cause, la meilleure façon d'y parvenir était d'être performant dans nos registres: Roschdy à la réalisation, moi à l'interprétation.
Un des enjeux essentiels du film repose sur le langage : Omar Raddad n'arrive pas à s'exprimer, comprend mal le français...
Omar Raddad alias Sami Bouajila, © Mars DistributionRoschdy Zem : 'Omar m'a tuer' est aussi un film sur l'illettrisme. La justice en particulier et la société en général excluent, voire éliminent « les mal armés », ceux qui ne maîtrisent pas les codes. C'est vrai dans l'affaire Omar, cela l'était dans celle de Patrick Dills, et le sera peut-être dans celle de DSK. Ça n'a rien à voir avec l'appartenance communautaire, c'est un problème social bien plus global.
Sami Bouajila : Pour incarner la façon d'être au monde d'Omar Raddad, il me fallait être en permanence dans la retenue. Pour interpréter un personnage, il faut d'abord comprendre son langage. Si je devais jouer 'Hamlet' demain, il faudrait que je plonge dans la langue de Shakespeare pour saisir les enjeux et la psychologie. Là, idem. Il fallait que je m'immerge dans la « langue Omar Raddad » et son « mal parler ». Un travail d'identification qui va bien au delà de l'empathie.
Vous avez rencontré les principaux protagonistes de l'affaire pour préparer le film…
Roschdy Zem : Oui, ceux qui ont accepté… J'ai trouvé une écoute favorable du côté de Raddad et de Vergès, son avocat. D'autres ont fait part de leur animosité vis-à-vis de l'existence même du projet, comme le fils de la victime qui m'a menacé de procédures. Un non-sens, car je n'ai bien sûr pas tourné un film contre la victime. Je savais que cela allait être compliqué avec la partie civile. C'est révélateur : Omar a été gracié, mais il reste condamné. Si la partie civile était si sûre d'elle, elle n'aurait rien à redouter du film.
Sami Bouajila : J'ai rencontré deux fois Omar Raddad. On a d'abord dîné ensemble quand le projet a été officialisé, puis une seconde fois, à ma demande, très brièvement. Je voulais savoir précisément comment il avait réagi à sa condamnation.
A-t-il vu le film ?
Omar Raddad alias Sami Bouajila, © Mars DistributionRoschdy Zem : Oui, deux fois. La première, il était seul. J'y tenais : je voulais que personne n'interfère entre lui et les images du film. Il n'a pas eu de jugement de valeur artistique. Il m'a juste dit avec ses mots simples : « J'ai vu ma vie ». Il a également assisté à une autre projection, plus officielle. J'étais assis à ses côtés. À deux reprises, il a refusé de regarder l'écran : les deux scènes avec son père…
Roschdy, n'étiez-vous pas frustré de ne pas incarner Omar Raddad ?
Roschdy Zem : Si, bien sûr. Quand on est acteur, on est friand de ce genre de personnage. Mais je suis lucide : je voulais réussir mon entreprise et, pour cela, il fallait que j'oublie mon ego de comédien.
Sami Bouajila : À cette modestie, on s'aperçoit qu'un artiste grandit (rires).
Roschdy Zem : Et c'est très méritoire de ma part, quand je vois aujourd'hui tous les éloges que reçoit Sami (rires). Sérieusement, vu sa prestation, je ne peux pas avoir de regrets.
vos commentaires
Pour aller plus loin
Articles & dossiers associés
-
Cinéma : la déferlante de faits divers
Eric Guirado avec 'Possessions' (en salles), Lucas Belvaux avec '38 témoins' (sortie le 14 mars)… Après 'Omar m’a tuer', 'Présumé coupable' et avant beaucoup d’autres, les faits divers n’en...
Plus sur Cinéma : la déferlante de faits divers
Les films associés
Film Historique - Biographique
Omar m'a tuer
de Roschdy Zem
Le 24 juin 1991, Ghislaine Marchal est retrouvée morte dans la cave de sa villa de Mougins. Des lettres de sang accusent : « Omar m'a tuer ». Quelques jours plus tard, Omar Raddad, son...
- Plus sur Omar m'a tuer
Les stars & célébrités associées
-
Sami Bouajila
Acteur françaisDe formation classique, Sami Bouajila a été élève au conservatoire de Grenoble avant de se former pendant deux ans à l'Ecole Nationale des Arts Dramatiques de Saint-Etienne. Pourtant, après...
- Plus sur Sami Bouajila
« Sami Bouajila »
2 personnes ont déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez2
-
Roschdy Zem
Acteur et réalisateur françaisNé à Gennevilliers Né le 27 Septembre 1965Fils d'immigrés marocains, Roschdy Zem ne découvre le théâtre qu'à 20 ans. Ce vendeur de jean's brûle les planches parisiennes avant de décrocher un rôle en 1987 dans 'Les Keufs' de Josiane...
- Plus sur Roschdy Zem
« Roschdy Zem »
1 personne a déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez1
fil culture
-
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez27/05 La Palme d'or revient à "Amour" de... -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez27/05 Cannes 2012 : Le Prix Fipresci à "... -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez27/05 Cannes 2012 : le Palmarès d'Un... -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez27/05 Eurovision : Anggun au fond du...
nouveautés
les Avis des membres
-
18/05/2012 12h14 presque nul...
Voir tous les avis
VOUS AIMEZ
-
Film Policier - Thriller
01.Sans issue
-
Films divers
02.Fading
-
Film Horreur Epouvante
03.Twixt
-
Film d'aventure
04.Avengers
-
Film dramatique
05.De rouille et d'os
-
Films divers
01.Amour
-
Film dramatique
02.Cosmopolis
-
Film dramatique
03.Confession d'un enfant du siècle
-
Comédie dramatique
04.The Paperboy
-
Film dramatique
05.Holy motors
citation du jour
« J’ai pris un cours de lecture rapide et j’ai pu lire “Guerre et Paix” en vingt minutes. Ca parle de la Russie. »
de Woody Allen
En savoir plus sur cette citationVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez-
Membres (6)





Documentaire
01.Palestro, Algérie : histoire d'une...
Film Policier - Thriller
02.Sans issue
Film Fantastique SF
03.Lock Out
Film Policier - Thriller
04.Contrebande
Films divers
05.Fading