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PARIS CINEMA 2007 Le pari de tous les cinémas

Propos recueillis par Marion Haudebourg pour Evene.fr - Juillet 2007 - Le 03/07/2007

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PARIS CINEMA 2007

Du cinéma populaire ou expérimental, des avant-premières, ou encore des balades dans Paris sur le thème du cinéma, voilà ce que propose Paris Cinéma pour la cinquième année. Et parce qu'un festival se doit de se doter d'une compétition, c'est aussi l'occasion de faire un pari (du nom des prix remis par les jurys) et de découvrir un cinéma plus fragile. Le marathon parisien du cinéma est ouvert !

Un festival de cette ampleur ne se fait pas tout seul. Depuis des mois, toute une équipe travaille à sa programmation et à son organisation. A l'heure de mettre la touche finale à une édition riche en promesses, Philippe Reilhac – secrétaire général de Paris Cinéma - nous fait partager son enthousiasme pour un festival encore jeune mais qui commence à faire parler de lui.

Quelle était votre démarche à la création du festival ?

La Mairie de Paris a souhaité en 2003 créer un festival qui soit un événement très ouvert aux Parisiens, facile d'accès et surtout pas thématique. Paris est la capitale du cinéma, avec une offre incroyable de films tout au long de l'année et un parc de salles absolument unique au monde. Il fallait être représentatif de ce que Paris peut offrir en matière de cinéma, dans toute sa diversité. On a la volonté de faire quelque chose d'éclectique et de très foisonnant. On tient beaucoup aussi à ce que ce soit un événement professionnel. L'industrie, le business se fait à Paris, donc il fallait que la manifestation soit également représentative de cet aspect. On tient enfin à ce qu'il y ait des événements qui ne se passent pas en salle : des événements de plein air, les parcours sonores et des rencontres entre les professionnels et le public à travers les “campus” qui sont des rendez-vous en fin de journée où les gens peuvent venir en accès libre partager leur passion du cinéma.

Sans thématique précise, comment est pensée la sélection ?

Pour les invités d'honneur, ce sont des contacts que l'on prend d'une année sur l'autre. On sollicite certaines personnalités qui ne sont pas forcément disponibles l'année voulue, mais qui nous donnent leur accord pour l'année suivante. On essaie de rendre des hommages à des acteurs ou actrices du cinéma français, une personnalité américaine, asiatique, et, en liaison avec une salle spécialisée dans le cinéma latino-américain, une personnalité hispanophone. Notre but est de faire venir à Paris des personnalités emblématiques aussi bien du cinéma de patrimoine que du cinéma contemporain. Vient ensuite le problème de la disponibilité des copies. C'est un travail dont le public n'a pas toujours connaissance. On découvre que les copies ne sont plus disponibles, qu'elles n'existent plus, ou que les ayants droit n'acceptent pas d'envoyer les copies à l'étranger ou en France. Il faut qu'on ait une offre qui corresponde à la filmographie de l'invité et à nos envies. Par exemple, cette année, on fait une intégrale de Francesco Rosi qui n'a jamais été faite en France parce qu'on a réussi à trouver des copies rares, et on en a fait re-sous-titrer certaines qui n'étaient plus disponibles pour avoir une offre vraiment complète et exceptionnelle. C'est aussi fait en collaboration avec les invités. Sandrine Bonnaire, par exemple, nous a fait part de ce qui lui semblait important et incontournable à montrer au spectateur dans sa carrière, et des films auxquels elle tient particulièrement.


Est-ce difficile de gérer un festival à la fois tourné vers le grand public mais aussi vers les cinéphiles et les professionnels ?

C'est un peu idiot à dire mais s'il y a une frustration, pour un événement qui se tient pendant dix jours, c'est réussi. Ca fait partie de la dynamique de festival d'être un peu excité et de se dire qu'on n'a pas le temps de tout voir. Il faut qu'on s'adresse à différents publics, dans différents lieux et que chacun y trouve son compte. Peut-être que les premières années, on donnait l'impression de partir dans tous les sens mais maintenant, les programmes sont mieux compris avec leurs thèmes : invités d'honneur, compétition, etc. C'est moins perçu comme un fourre-tout.

Pouvez-vous nous parler plus précisément de la compétition ?

Ce sont des films plutôt fragiles, du cinéma français ou étranger indépendant peut-être à la recherche de distributeur. Si une manifestation comme la nôtre peut servir à quelque chose, c'est justement de permettre à ces films d'être vus et de trouver un distributeur. Les prix de la compétition sont donnés à un distributeur qui va s'engager sur ce film et qui peut apprécier d'avoir une aide financière ou en matière de communication autour du film, et qui du coup sera prêt à prendre le risque de sortir ce film. On tient beaucoup à ce que le prix principal soit remis par le public, long et court métrage. On a aussi un jury professionnel pour le long et un jury pour le court. On a aussi le Pari de l'avenir, c'est un prix remis par un jury de jeunes étudiants en cinéma des universités parisiennes. Ils sont coachés par un professionnel du cinéma qui lit leurs critiques et les oriente. C'est une façon de faire participer les futurs jeunes professionnels du cinéma.

Quel est votre coup de coeur personnel dans la programmation ?

Je m'occupe surtout des événements qui ne se passent pas dans les salles, donc je pense naturellement à ‘Paris Ciné Rando’. On est le seul festival à proposer ces parcours sonores. On a mis ça en place l'année dernière avec Virginie Ledoyen et Lou Doillon et ça a très bien marché. Cette année, ce sont des parcours avec Isild Le Besco et Florence Loiret-Caille, dans le Marais et Belleville. On a fait les enregistrements et il y a aussi une déclinaison en vidéo faite en partenariat avec Paris Première, on fera une projection à La Bellevilloise. C'est tourné par une jeune réalisatrice et inspiré par le parcours sonore sur Belleville. Ce qui me tient tout particulièrement à coeur, c'est également le travail qu'on a fait sur le Liban à cause de la situation dans laquelle se trouve le pays actuellement. On a rencontré des jeunes cinéastes libanais qui ont toutes les difficultés du monde à essayer d'exister, à produire leur films. C'est important d'avoir la possibilité de mettre en avant cette jeunesse, cette énergie du cinéma libanais. L'année dernière, c'était la Corée et c'est le programme qui avait le mieux marché. J'aimerais bien qu'il trouve son public aussi cette année, que ce programme puisse avoir un petit geste de solidarité avec ce qui se passe au Liban.

Paris Cinéma est un festival encore jeune mais qui s'installe. Quelle est son évolution ?

Cinq ans c'est encore très jeune pour une manifestation comme la nôtre et pour une manifestation à Paris. Il faut du temps pour s'installer dans le calendrier parisien en matière de cinéma. Mais pour la première fois cette année, on a été sollicité par des partenaires qui ont envie de nous rejoindre. Ca fait plutôt plaisir puisque durant les premières années d'un festival, c'est plutôt à nous d'aller à la pêche aux partenaires ou aux producteurs et distributeurs. On avait l'habitude de travailler de façon un peu artisanale et là on voit que les choses prennent beaucoup d'ampleur, notamment les rencontres professionnelles. On sait aussi que le public compte sur la première quinzaine de juillet pour trouver un programme intéressant.

Un tel festival existe-t-il dans d'autres villes ? Est-il question de décliner Paris Cinéma ?

Ca n'existe pas à l'identique, mais l'année dernière quand le nouveau festival de Rome s'est créé, le maire de Rome s'est rapproché de Bertrand Delanoë et a voulu s'inspirer de Paris Cinéma, avec d'autres éléments propres à Rome bien sûr. En tout cas, il voulait une manifestation qui soit une fête du cinéma extrêmement ouverte au public romain et qui ait lieu dans plusieurs lieux éclatés de la ville, pour que tout Rome participe à cet événement. Ils ont ensuite décliné de façon différente parce que Rome n'a pas cette offre toute l'année en matière de salles ou de films. Il y a d'ailleurs un accord entre la ville de Rome et la ville de Paris sur le plan culturel pour ce genre d'événement, notamment cinématographique.

Le but est-il de faire partie un jour du calendrier des grands festivals mondiaux ?

Il faut du temps, mais je pense qu'on ne pourra jamais prétendre à devenir l'égal d'un festival comme Toronto, Cannes ou des choses comme ça. Ces festivals-là sont ouverts au public mais ils ont surtout un marché. Nous ce n'est pas notre volonté de devenir un marché du film, je pense que ce n'est pas le rôle de Paris Cinéma. On tient beaucoup à cette accessibilité à tous les publics, on revendique cet aspect populaire de la manifestation, ce qui n'est pas le cas de Cannes où on ne peut pas voir de film sans être accrédité.

La proximité entre la Fête du cinéma et Paris Cinéma est-elle un problème ?

Ca pourrait être un problème que l'on a essayé de résoudre en s'éloignant d'une semaine de la Fête du cinéma. Les quatre premières années, nous commencions le dernier jour de la Fête du cinéma et on s'est aperçu que les premiers jours de Paris Cinéma, les gens avaient tellement été dans les salles qu'ils avaient du mal à revenir sur un festival. Cette année, on a donc décidé de s'éloigner un peu pour permettre aux gens de reprendre leur souffle avant de se relancer dans un marathon du cinéma.

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