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PIXAR MET L'HOMME AU RANCART Essai

Par Maxime Rovere - Le 15/02/2011

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PIXAR MET L'HOMME AU RANCART

La sortie dans les salles de 'Cars 2' rend indispensable la lecture de l'essai de Hervé Aubron, 'Génie de Pixar'. Selon lui, l'humanité devient quantité négligeable et les créatures du studio inventeraient leurs propres codes. Plongée dans un monde où la machine est souveraine.

Allô la Terre ? C'est un algorithme qui vous parle. C'est un algorithme qui vous fait rire et pleurer de délices. C'est un algorithme qui livre à votre cœur malmené, à votre tendresse affaiblie, des êtres numériques conçus par ordinateur. Voulez-vous approcher ? Etes-vous prêts à aimer et comprendre Pixar ? Ne craignez rien. Prenez la main d'Hervé Aubron, la lecture de son livre dure le temps d'un film. Il est presque entièrement inoffensif : ce n'est que l'œuvre d'un être humain. Devant 'Toy Story' ou 'Le monde de Nemo', nous autres, spectateurs, avons une tendance naturelle à adopter une approche « centrifuge » : nous partons de notre propre humanité pour rêver d'êtres qui ne sont pas nous, mais qui sont « comme » nous – des machines, des animaux, des voitures, des super-héros, etc.

Humanoïdes dissociés

Dans 'Génie de Pixar' (Ed. Capricci), Hervé Aubron inverse la vapeur : contre l'idée que ces films d'animation sont d'abord des créations humaines (ce qui semblerait évident), il propose de prendre au sérieux la part de l'informatique dans la fabrication des images, et donc dans l'élaboration du sens. Il ne s'agit pas de craindre l'influence des machines. La révolte des robots contre leurs créateurs était un fantasme du XXe siècle, et il a fait son temps. Pourquoi ? Parce que, dit cet ancien membre du comité éditorial des Cahiers du cinéma, « cela ne se passera pas un jour, cela se passe chaque jour, pas à pas. Et cela n'advient pas sur le mode du complot germant dans les disques durs. Le réseau cybernétique n'est pas un prédateur sournois. Il nous phagocyte, il nous contient (…). Il est un fœtus dont la croissance rend chaque jour plus lente et caduque l'humanité, appelée à se satelliser autour de sa lune « intelligente ». Cela ne va pas arriver, c'est déjà arrivé : la dérégulation financière a permis d'évaluer combien l'accélération des calculs rend mécaniquement plus lourde, sinon indésirable, l'espèce humaine. »

Déplacement des affects

© Walt Disney StudioWall-E, © Walt Disney Studio Dans les films de Pixar, l'humanité s'est déplacée : ce sont presque toujours les humains qui ont perdu la tête et le cœur, et ce sont les robots ('Wall-E'), ou les jouets ('Toy Story'), ou les animaux ('Ratatouille', 'Nemo') qui sont désormais chargés d'activer en nous la faculté de s'émouvoir. De ce point de vue, Pixar tient le journal intime d'une nouvelle mutation des sentiments : les affects se déplacent et investissent les machines, qui sont désormais capables de les exprimer et de les faire partager.
Que devient « l'humanité » dans le monde des pixels ? Elle se disloque en deux directions. La première est celle d'une totale migration vers autre chose qu'un corps humain. Cette perspective permet de comprendre que le cinéma d'animation par ordinateur n'est pas un hasard technique. Les films de Walt Disney étaient allés au bout des possibilités de l'anthropomorphisme animal, de sorte qu'il fallait en venir aux machines, pas seulement comme objets, mais aussi comme sujets du discours cinématographique. « La maîtrise de l'imagerie numérique était une nécessité. Il fallait en passer par les ordinateurs (…). Il fallait que les dessins quittent la main humaine, transitent par les ordinateurs, soient déliés en acte de l'homme, au-delà des métaphores ou mises en abyme… » (p.15)

Renouveau du récit merveilleux

Dans ce miroir pixélisé, l'humanité se reconnaît alors dans l'inadéquat, le bricolage, l'accommodement. L'auteur qui enseigne le cinéma de genre (l'horreur) ne semble pas enthousiasmé par l'hypothèse, où il voit en somme « une immense solitude partagée » (p. 87). Mais c'est sans doute qu'il reste ici du côté des machines : « Pour la machine, le choix des jouets (dans 'Toy Story') est la marque d'une limite technologique et, déjà, un diagnostic : à ne pas s'être renouvelé, l'anthropomorphisme est devenu une brocante. Du côté des humains, la perspective est différente : ils réalisent l'ampleur des dégâts, mais fêtent la restauration d'une puissance qui semblait depuis longtemps éteinte, celle du récit merveilleux. » (p. 40)

Antidote ou poison ?

© Walt Disney Studios Motion Pictures FranceToy Story 3, © Walt Disney Studios Motion Pictures France Ainsi, ne boudons pas notre plaisir : le génie du studio Pixar est d'avoir réenchanté le monde en lui donnant une nouvelle humanité, plus vacillante que jamais. Les personnages de 'Toy Story' sont tenaillés par des questions d'identité qui parodient efficacement ceux où nous sommes empêtrés. « Suis-je un tyrannosaure ou un jouet risible ? Suis-je un cochon ou une tirelire ? Suis-je un fier cow-boy ou une poupée servile ? Le tourment ne s'interrompra pas dans les films suivants. Suis-je un croquemitaine ou une nounou ? Suis-je un poisson sauvage ou un bibelot pour aquarium ? Suis-je un père de famille ou un personnage de comics ? Suis-je un rat ou un cuisinier ? Suis-je un robot ou un amoureux ? » (p. 45). Cette ambiguïté est l'indice d'une ambivalence fondamentale : notre alliance avec les ordinateurs est autant le poison que l'antidote… Car, lecteurs, en définitive… d'où vient le texte que vous lisez ? Homme, ou machine ?

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  • semellesdevent

    semellesdevent

    Sa note  

    10/03/2011 12h00 De toute évidence, l'avis de l'internaute dugh confond joyeusement l'article de Rovere et les thèses défendues par Hervé Aubron dans son livre. Cela dit, il n'a pas tort, les dessins partent bien d'une main humaine, donc les films Pixar pourraient dans l'absolu se passer d'ordinateurs... Simplement cela donnerait une autre esthétique, et c'est justement l'esthétique Pixar que commente Aubron (et donc Rovere). Par ailleurs quand on critique la thèse d'un livre, il n'est pas inutile de l'avoir lu (surtout s'il fait à peine cent pages !) et quand on commente un article, un minimum d'attention n'est pas absolument à proscrire... à bon entendeur !  

  • dugh

    dugh

    Sa note  

    26/02/2011 12h00 J'ai l'impression que cet article n'est là que pour dire "je suis pas d'accord". Comme disait Jacques de Bourbon Busset, "Penser contre a toujours été la façon la moins difficile de penser". Je ne veux absolument pas insinuer que M. Maxime Rovere démontre une simplicité d'esprit dans son article mais j'ai relevé un point qui démontre le non fondé de son opinion. Pour résumer une des idées qui se dégagent de l'article, l'auteur prétend que le fait d'utiliser des ordinateurs pour le rendu visuel renforce à déshumaniser les personnages. C'est totalement faux car rigoureusement TOUS les personnages, qu'ils soient des robots, des jouets des animaux ou même des humains sont dessinés d'abord par une main humaine sur papier. Ils sont ensuite numérisés, entre autres pour rendre plus réaliste l'animation qui en découlera, mais en aucun cas pour déplacer l'affect! C'est plus une histoire de réalisme visuel qui fait que l'on utilise des ordinateurs, qui ne restent au fond, qu'un outil. D'autres sujets abordés par l'article restent très fortement discutables, notamment celui de la recherche d'identité, qui est une fois de plus, mal comprise de l'auteur, mais je n'ai pas la possibilité de développer ici. Je pense sincèrement que M. Rovere n'a pas compris les messages de Pixar et se contente simplement de critiquer abusivement, et pour se rendre crédible, met en parallèle des éléments qui sont totalement dissociés sans même effectuer un minimum de recherche sur ce qu'il avance. Décevant...  

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