Pour ou contre ‘Cheval de guerre’ de Steven Spielberg ?
Par Olivier De Bruyn et Etienne Sorin - Le 20/02/2012
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Épopée lyrique d’un grand maître de Hollywood ou niaiserie animalière d’un cinéaste sénile ? Le nouveau film de Spielberg divise la rédaction d’Evene.
Pour
Par Etienne Sorin
Steven Spielberg, © DreamWorks II Distribution CoSteven Spielberg, 65 ans au compteur, semblait perdu pour la cause cinéphile. Et sa récente expérience de film en Motion Capture avec Les Aventures de Tintin : le secret de la Licorne, machine sans âme, n’avait rien pour laisser espérer une rémission. Un paradoxe au moment où la Cinémathèque française lui consacre une importante rétrospective et où des auteurs tels que l’Américain James Gray ou le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul (Palme d’or à Cannes pour Oncle Boonmee) revendiquent l’influence du réalisateur d’E.T. l’extraterrestre.
Seulement voilà, en adaptant Cheval de guerre, roman pour la jeunesse de l’Anglais Michael Morpurgo, Spielberg prouve qu’il est aussi le dernier grand cinéaste classique hollywoodien. Dans cette fresque épique (2h27 au grand galop) qui traverse la Première Guerre Mondiale sur le dos d’un cheval, le maître trouve une idée de mise en scène à chaque plan et fonce tête baissée dans un lyrisme flamboyant (toujours aidé du compositeur John Williams, fidèle au poste). En respectant le cahier des charges d’une production « familiale » qui interdit les plans sur les cadavres les tripes à l’air, Spielberg se montre même plus inspiré que lorsqu’il filme la guerre de façon réaliste dans Il faut sauver le soldat Ryan - voir l’ellipse tranchante à la fin de la charge sabre au clair de la cavalerie anglaise contre les mitrailleuses allemandes. Une séquence d’anthologie, tout comme la cavalcade de l’étalon dans les tranchées au clair de lune, course effrénée s’achevant dans un piège de barbelés au milieu du no man’s land.
Cheval de guerre ne joue pas la carte de la bonté animale contre la barbarie humaine - faire passer Spielberg pour Brigitte Bardot relève de la mauvaise foi. L’équidé sert ici surtout de témoin à la boucherie de la guerre. Et sur comme en dehors du champ de bataille, c’est l’homme, dans toute sa petitesse comme dans toute sa grandeur, qui se reflète dans l’œil du canasson. Pour Spielberg, le cheval n’est finalement qu’un prétexte pour aborder deux thèmes qui lui sont chers : la guerre et la transmission. C’est-à-dire la dignité perdue et retrouvée des
pères.
Contre
Par Olivier De Bruyn
Cheval de guerre, © DreamWorks II Distribution CoAprès la Seconde Guerre mondiale et ses traumatismes (La liste de Schindler, Il faut sauver le soldat Ryan…), l’infatigable Steven Spielberg s’attaque à la boucherie de 14-18. Surprise de taille : Cheval de guerre, très loin de l’ambition des films sus-cités, s’intéresse moins à la bestialité des hommes qu’à l’héroïsme de la bête qui donne son nom au film. À cet égard, il y a une certaine cohérence dans l’enchaînement Tintin / Cheval de guerre, comme si Spielberg, aux antipodes de ses périodes les plus ambitieuses, s’autorisait une parenthèse régressive qui, hélas, rime aussi avec une sévère crise d’inspiration formelle. Adaptation du roman du britannique Michael Morpurgo, un spécialiste de la littérature enfantine, le film raconte, façon mélodrame dégoulinant, l’amitié entre un jeune garçon anglais désargenté et son canasson, baptisé Joey. Ce dernier, vendu à l’armée britannique à la veille de la Première Guerre mondiale, traverse le conflit en étant successivement capturé par l’armée allemande, les forces alliées, un sympathique grand-père français (Niels Arestrup), avant de retrouver in extremis son propriétaire quand le conflit s’interrompt après quatre ans de barbarie. Tous ces braves gens (plus ou moins braves) s’expriment en langage d’Hollywood, mais usent de leur accent national, ce qui ne manque pas d’amuser le spectateur qui cherche à se distraire comme il le peut.
Dans Cheval de guerre, au gré d’un récit interminable où le spectateur est instamment prié d’adopter le point de vue chevalin, Spielberg galope après sa caricature : lourdeur, mièvrerie, lyrisme volontariste... Aussi faible sur le fond (un hymne à la grandeur animale sur fond d’apocalypse guerrière, est-ce bien raisonnable ?) que sur la forme (les références au John Ford de L’homme tranquille font peine à voir), ces deux heures trente de pathos animalier risquent fort d’indisposer jusqu’aux plus inconditionnels supporters du cinéaste. Désolant.
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