Le Figaro

‘RENAISSANCE’ EN DVD Naissance d’un nouveau cinéma ?

Mikaël Demets pour Evene.fr - Octobre 2006 - Le 04/10/2006

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‘RENAISSANCE’ EN DVD

Le film le plus original de ces dernières années sort en DVD ! Porté par une esthétique à couper le souffle, ‘Renaissance, Paris 2054’ parvient à subjuguer son spectateur une heure et demie durant. Histoire d’un long métrage pas comme les autres.

Mal sorti, ‘Renaissance’ n’a pas eu en salles le succès escompté - 230.000 entrées en 3 semaines. Les aventures du capitaine Karas dans un Paris futuriste n’ont pu remporter qu’un succès d’estime amplement justifié. L’intérêt de ‘Renaissance’, c’est d’abord son esthétique inimitable, uniquement composée de noir et de blanc, parvenant à créer une alchimie parfaite entre technologie et réalisme dans des décors magnifiques. Film ambitieux, ‘Renaissance’ ne se limite pourtant pas à son originalité visuelle. ‘Vidocq’ aussi, en son temps, a fait parler de lui en tant que premier film entièrement numérique. C’est d’ailleurs tout ce qu’on en retiendra. Le film de Christian Volckman, par contre, bénéficie d’un scénario réussi, d’un rythme haletant et d’un final noir à la hauteur de ce récit d’anticipation. De quoi se faire une belle petite place dans le cercle fermé des films marquants de l’histoire du 7e art.

Une vieille histoire

‘Renaissance’, ce n’est pas le genre de film que l’on tourne en trois semaines avec le caméscope de papa. Plutôt celui sur lequel on passe des années, voire une partie de sa vie. “Quand tu vois les gens qui se marient, font des enfants, trouvent un travail et que toi, pendant 6 ans, tout ce que tu as à leur dire c’est que tu fais ton film, on finit par te prendre pour un mythomane !”, témoigne Christian Volckman, le jeune réalisateur. En effet, l’idée du film date de 1999 et de la rencontre de Volckman avec Marc Miance, pionnier de la 3D et de la capture de mouvement, Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, deux scénaristes. De leur union naît le projet ‘Renaissance’. Dès 2001, certaines scènes étaient déjà fixées, elles n’évolueront presque plus jusqu’au résultat final. Un pilote réalisé en 1999 pour convaincre des potentiels financiers - car en plus d’être le fruit d’un long travail, c’est un film cher - fait déjà étalage du parti pris singulier des auteurs : on peut même y admirer, en moins abouti bien sûr, le plan-séquence initial du long métrage, balayage des différentes strates d’un Paris futuriste. Un plan qui, pour se donner un ordre d’idée, nécessita deux mois de travail.

Un film hybride

‘Renaissance’ est au croisement du film d’animation 3D, du dessin animé et de la motion capture - comprenez la capture de mouvement, cette technique qui consiste à filmer des acteurs recouverts de boules fluo pour entrer leurs mouvements dans un ordinateur. “Ce film, c’était ‘Matrix’ : un combat permanent contre la machine,râle Christian Volckman. On ne se rend pas compte, mais les machines sont têtues. Pendant le travail sur ordinateur, il nous faut constamment lutter pour dominer la technologie.” Le film a demandé beaucoup de patience et d’abnégation pour venir au bout d’un processus lourd. Des dizaines de personnes sont concernées. Par exemple, différence fondamentale avec le cinéma traditionnel, le montage se fait ici au fur et à mesure, scène après scène. On peut revenir dans une scène et la modifier à l’infini : pour Volckman, la liberté est totale, mais on fait le montage sans connaître la scène suivante. “C’est de la folie ! C’est magique, mais aussi abyssal : on peut y passer sa vie, il faut savoir s’arrêter.” Sans parler du travail invisible, ou inutile : ”On avait modélisé tout Paris, une erreur de jeunesse. Finalement, les gens se focalisent sur les visages. Alors on s’est nous aussi concentré là-dessus, quitte à plonger les décors dans le noir.” Souligner une arcade, un regard, imprimer une tension... ‘Renaissance’ parvient, en écrasant la 3D artificielle pour en faire une 2D très réaliste, à un niveau de subtilité et de tension rarement atteint. C’est superbe, c’est réaliste, c’est vivant. Si bien que la technologie, on l’oublie immédiatement.

Un film humain

”Nous voulions dépasser la technologie, l'animation, le noir et blanc. Créer un monde autonome et construit qu'on accepte comme tel, et une histoire qui permette l'identification.” Pour cela, il fallait faire intervenir l’humain, ce sont les comédiens qui apportent la vie au film. Avantage de la motion capture : contrairement à ce que l’on pourrait s’imaginer, les acteurs bénéficient d’une très grande liberté. Certes ils évoluent dans un décor schématique. Certes, ils ont l’air absolument ridicules dans leurs combinaisons moulantes recouvertes de capteurs. Mais les scènes se jouent dans leur continuité, de A à Z, comme au théâtre, laissant une grande liberté de mouvement aux comédiens. Chaque acteur a ainsi pu créer son propre personnage en se laissant guider par son imagination, n’ayant pour seule contrainte que le story-board. Habituellement, l’animation manque de vie, les expressions sont figées, l’ensemble reste artificiel. Ici, les regards des acteurs ont été scrutés pour mieux les restituer, subtilement, dans la version finale, renforçant encore la crédibilité du film.

Un film noir

‘Renaissance’ est un film de science-fiction, d’anticipation plus précisément. ”Il s'agissait alors de trouver un grand thème, presque mythologique, qui donne tout son sens à l'univers, qui permette au spectateur d'être complètement emporté”, explique Christian Volckman. Ethique, danger des progrès technologiques, lutte... ‘Renaissance’ s’attache aux thèmes habituels de la SF, thèmes universels, faisant de ce long métrage une oeuvre classique. Le modèle ? ‘Blade Runner’, tout simplement.
A cela se greffe une ambiance polar, réutilisant elle aussi les codes du genre. Alexandre de la Patellière, scénariste : "Le sujet nous permettait de créer des personnages qui soient la synthèse des grandes figures du polar, de ses archétypes. Le flic perdu, la femme fatale, le père spirituel, le nabab corrompu, l'enfant à l'innocence brisée. Nous avons revu beaucoup de films noirs des années 1950 : nous voulions que nos personnages s'inscrivent très profondément dans leur temps, qu'ils en soient les héritiers." Il n’est d’ailleurs pas étonnant de déceler au générique les noms de Jean-Bernard Pouy et Patrick Raynal, deux auteurs piliers du roman noir français. Et que serait un film noir sans ses belles bagnoles ? ici, les voitures sont inspirées des carlingues des années 1950, auxquelles les graphistes ont su donner une vraie personnalité - aidés en cela par les designers de Citroën pour plus de réalisme. De quoi sublimer l’indispensable scène de poursuite, et créer une ambiance rétro-futuriste envoûtante.

Paris 2054

Les films d’anticipation ont toujours eu pour cadre New York ou Tokyo, jamais Paris. C’est ce qui a marqué Christian Volckman et l’a conforté dans son choix. Il voulait Paris. Le Paris musée, le Paris des cartes postales : la tour Eiffel, inamovible, ou Montmartre, devenu un château fort. ”Je voulais une architecture qui écrase l’homme, un principe de labyrinthe.” Depuis le XIXe siècle et la métamorphose de la capitale, le souffle architectural qui guidait ces changements a disparu, tout est devenu patrimoine, rien ne bouge plus. Les graphistes du film ont tenté de retrouver ce souffle, de redonner à cette ville fantasmée toute sa grandeur. Résultat : une omniprésence du verre. Des voies sur berges sous verre, des jardins suspendus sous verre, des lofts sous verre. Un verre qui, en plus de donner la possibilité au réalisateur de montrer deux scènes en une, animent l’esthétique du film par le jeu des reflets, de la pluie ruisselante et de la magnifique profondeur de champ parisienne. Quelques immeubles à l’architecture menaçante très ‘Metropolis’ (illustration ci-contre), complètent ce décor qui fait de Paris le véritable personnage principal du film.

Un film référencé

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’ombre de Fritz Lang ou des expressionnistes allemands ou russes plane au-dessus du film. Déjà, en 1997, dans son court métrage ‘Maaz’ (9 min, visible sur le DVD collector, ndlr), Volckman mettait en scène un héros tatoué d’un maudit M sur le front, perdu au milieu d’une architecture monumentale et labyrinthique, qui fuyait des ombres inquiétantes et déformées. Le réalisateur revendique d’ailleurs ces références quasi centenaires : “A travers ‘Renaissance’, je voulais explorer le cinéma comme Fritz Lang, Robert Wiene ou les autres l’exploraient à leur époque. En sculptant les visages, en en faisant presque des masques, je reviens aux sources expressionnistes.” Quand on découvre la beauté sidérante et innovante du film, on ne peut que saluer l’ambition de son créateur. Le film porte bien son nom, c’est bien à une re-naissance du cinéma que nous assistons.

‘Renaissance’ est à l’origine de la création d’un studio, Attitude, qui regroupe 400 personnes et travaille sur trois axes principaux : les jeux vidéo, l’animation et, évidemment, les films. L’oeuvre de Christian Volckman a donc produit une étincelle, le début d’une aventure qui pourrait, qui sait, nous régaler bientôt d’autres longs métrages de cette qualité. Mais avant de tirer des plans sur la comète ou d’en faire la première pierre d’un nouveau cinéma, n’oublions pas l’essentiel : ‘Renaissance’ est avant tout un sacré bon film, de ceux qui sont capables de nous émerveiller. Et c’est bien là l’essentiel.

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