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Justin Kurzel : « Les Crimes de Snowtown, la pire histoire de serial killer d’Australie »

Par Etienne Sorin - Le 27/12/2011

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Justin Kurzel : « Les Crimes de Snowtown, la pire histoire de serial killer d’Australie »

Premier film de l’Australien Justin Kurzel, ‘Les Crimes de Snowtown’ s’inspire d’un fait divers pour explorer les racines du mal avec une maîtrise impressionnante. Rencontre avec le réalisateur et l’acteur Daniel Henshall.

Grande baraque, barbe hirsute, coiffure en pétard et l’air doux comme un agneau… Justin Kurzel est pourtant bien le réalisateur des Crimes de Snowtown. À côté de lui, assis dans un canapé, Daniel Henshall paraît minuscule. Cheveux ras, visage poupin et sourire enfantin, l’acteur est pourtant bien l’interprète principal des Crimes de Snowtown, découvert à la Semaine de la Critique au dernier festival de Cannes.
Snowtown ? « Vous mettez Snowtown sur une affiche et tout le monde sait à quoi vous faites allusion. C’est probablement la pire histoire de serial killer qui soit jamais arrivée en Australie», explique Kurzel, né pas très loin de là où se sont déroulés les événements. Pour le public français, précisons que la petite ville de Snowtown, située à 145 km au nord d’Adélaïde, s’est taillé une jolie réputation après la découverte de huit corps cachés dans la chambre forte d’une banque désaffectée le 20 mai 1999.

L’ordre sans la loi

© ARP SélectionJustin Kurzel, © ARP SélectionL’histoire a déjà fait couler beaucoup d’encre. Deux livres ont inspiré le scénario : Killing for pleasure de Debi Marshall et The Snowtown Murders. « Ce qui m’intéressait dans le scénario de Shaun Grant, c’est qu’il traite un aspect occulté par les médias : le fait que John Bunting soit le contraire du serial killer solitaire et caché, raconte Kurzel. Il était très connu et apprécié dans la communauté et au sein de la famille». Car Les Crimes de Snowtown est avant tout un drame familial (« family drama ») qui commence comme un western : un homme débarque en ville à moto. Cet homme, c’est John Bunting. Sans explications, il s’introduit dans la vie de Jamie, 16 ans qui vit avec sa mère et ses frères dans une banlieue sordide où règnent violence, chômage et abus sexuels. Bunting est plein de charme et de charisme. Mais la relation père-fils dérive et le justicier devient un mentor qui met sous sa coupe et exploite tout un groupe d’individus. Jusqu’au meurtre. Par vengeance et/ou par idéologie : pédés ou déviants en tout genre finissent charcutés dans une baignoire puis en morceaux dans des barils.

De loser à serial killer

© ARP SélectionDaniel Henshall, © ARP SélectionL’interprétation de Daniel Henshall, gueule d’ange et figure du Mal absolu, est pour beaucoup dans la fascination-répulsion qu’exerce Les Crimes de Snowtown. Avant John Bunting, Henshall jouait au théâtre à la télévision, abonné au rôle de loser comique, le gars sympa mais qui foire tout. « Quand je suis venu auditionner, le personnage était surtout pour moi l’opportunité de faire quelque chose de nouveau, se souvient Henshall. Une fois que Justin m’a choisi, j’ai essayé d’oublier que j’allais jouer le serial killer le plus connu du pays. J’ai passé trois mois dans la région, et c’était une vraie chance de pouvoir passer du temps dans la communauté. J’ai été très honnête avec les gens sur la raison pour laquelle j’étais là, d’autant plus qu’on a casté dans les rues et que je servais d’intermédiaire. Après, un premier film, un tournage avec des acteurs non professionnels, tout ça n’en est pas moins terrifiant. »

Tout sauf un mélodrame

Lucas Pittaway, qui joue Jamie, a été repéré dans un centre commercial. « Lucas n’avait jamais joué. On lui a expliqué le projet, il ne savait pas grand chose des crimes de Snowtown. Au début, il était surtout ébloui à l’idée de faire un film puis, très vite, il a saisi la difficulté du rôle, avec très peu dialogues. Il a été très courageux, très à l’écoute. On lui parlait comme un acteur professionnel à la fin du tournage, ce qu’il était devenu. J’étais avec lui quand il est venu à Sidney voir le film pour la première fois. La projection avait lieu dans un grand cinéma et je crois qu’il était très fier. Il n’en revenait pas d’avoir fait ça. »
« Avoir fait ça », c’est-à-dire tourner dans un film sans concession, qui ne fait aucun cadeau ni aux personnages, ni aux spectateurs, où la violence est ordinaire, domestique et peut surgir de partout à n’importe quel moment. Où chaque ellipse est tranchante comme une lame de rasoir. « J’aime les films qui n’expliquent pas tout, qui désorientent, dit Kurzel. Je ne voulais faire un mélodrame. Je voulais que le spectateur n’ait pas de complice, ne sache pas ce qui l’attend à chaque scène. Qu’on ne sache pas que l’homme qui viole Jamie est son frère au début du film participe de ce chaos. Quand on le découvre, c’est d’autant plus brutal. »

Soudure et torture

Les scènes de torture ne sont pas les plus terrifiantes. Elles ne sont pas pour autant des moments de détente. Kurzel en convient : « Ces scènes montraient pour la première fois à l’équipe, de manière viscérale, le degré de violence de ces événements. L’adrénaline était palpable sur le plateau. » Henshall confirme : « On les a tournées en deux jours mais on les a préparées avec beaucoup de concentration. Une semaine avant, on les a répétées pour savoir quels gestes on devait faire. On ne voulait surtout pas se faire mal, il fallait voir jusqu’où on pouvait aller. Et pouvoir se faire confiance. Tout le monde était très soudé à ce moment là, on avait appris à bien se connaître. Cela fait un peu cliché mais on était comme une famille. »

Australie, paradis perdu

© ARP SélectionLucas Pittaway, © ARP SélectionLes Crimes de Snowtown fait penser à Animal Kingdom, autre premier film australien impressionnant sorti il y a un an. Kurzel semble habitué à la comparaison : « Bien sûr qu’il y a des points communs, ne serait-ce que visuellement puisque le réalisateur David Michôd et moi avons travaillé avec le même directeur de la photo, Adam Arkapaw. Et les deux films dépeignent un monde criminel dont le personnage principal est adolescent. » Si l’on ajoute le récent Sleeping Beauty, récit glaçant d’une jeune étudiante qui arrondit ses fins de mois en se livrant endormie aux fantasmes de vieux libidineux, l’Australie n’a rien du paradis des surfeurs et des kangourous. Kurzel : « Le carton du moment au box-office est une comédie familiale sur un chien qui recherche son maître… Mais la production australienne est très diversifiée, et tout une vague de réalisateurs, qui ont commencé à faire des courts métrages il y a cinq ans, émerge à peu près en même temps. » Lui-même a été remarqué à la Semaine de la Critique, déjà, en 2005, avec Blue Tongue. Avant de réaliser des clips et que des producteurs ne viennent le voir avec le script des Crimes de Snowtown.
Selon Daniel Henshall, cette nouvelle vague de cinéastes « indépendants » qui appuient là où ça fait mal s’inspire d’un pan du cinéma australien méconnu hors du pays : « Les films d’horreur ou ultraviolents, on fait ça très bien. Ce ne sont pas des films qui ont une reconnaissance internationale mais cela fait vraiment partie de notre culture. »
Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume d’Australie ? « L’Australie est un pays très jeune et se pose des questions sur son identité et ses fondements, explique Kurzel. Cette question est traitée de manière légère dans les comédies ou alors au contraire de façon brutale. » On vous laisse déduire à quelle catégorie appartient Les Crimes de Snowtown.

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