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SLEEPING BEAUTY La belle inconnue dans la maison cannoise

Par Olivier De Bruyn - Le 12/05/2011

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SLEEPING BEAUTY

Lucy, une étudiante, est embauchée dans une mystérieuse filière de call-girls « de luxe ». Présenté en compétition officielle au dernier festival de Cannes, 'Sleeping Beauty' est le premier film mystérieux de la jeune australienne Julia Leigh. Glacial, clinique et terriblement maîtrisé.

Cannes, bastion du machisme culturel ? Le festivalier féministe (ou pas) peut légitimement se poser la dérangeante question en jetant un œil, même distrait, sur l'historique du festival. En 63 éditions, en effet, une seule femme a décroché la palme d'or : Jane Campion en 1993 avec 'La leçon de piano'. Un prix que la cinéaste dut partager avec un acolyte mâle, en l'occurrence Chen Kaige qui ravit le jury cette année-là avec 'Adieu ma concubine'. Et l'an passé encore, parmi la vingtaine de films en compétition, aucun n'était redevable à une réalisatrice, ces messieurs s'expliquant entre eux.

Alors, Cannes, misogyne ? Ce n'est bien sûr pas la question. Simplement (mais rudement), le festival reflète un certain état des choses dans le monde mondialisé du cinéma. A part en France (cocorico !) où les filles sont aussi nombreuses que les garçons à empoigner une caméra, le reste de l'univers ne joue clairement pas la carte de la parité. Et les femmes cinéastes, très minoritaires, se comptent dans chaque pays sur les doigts d'une main (de deux mains dans les meilleurs des cas).

Une transition et une sévère

Cette année, à Cannes, Thierry Frémaux et son comité de sélection ont déniché quatre femmes venues de partout pour la compétition. La française Maïwenn, la japonaise Naomi Kawase, la britannique Lynne Ramsay et, enfin, l'australienne Julia Leigh, une néophyte dont l'étonnant 'Sleeping beauty' est présenté aujourd'hui au jury en guise d'entame de la compétition. Après l'acidulé et léger 'Minuit à Paris', la pétillante ouverture de Woody Allen, la transition, tout en noirceur, est du genre sévère.

Pas de pénétration

© ARP Sélection Sleeping Beauty, © ARP Sélection Une grande ville australienne, de nos tristes jours. Lucy, une étudiante aussi désargentée que la plupart de ses contemporains, multiplie les petits jobs, histoire de joindre les deux cordons de sa bourse : serveuse, cobaye médicale (on lui enfile un tuyau dans la bouche à l'heure de la scène initiale), accessoirement prostituée dans une boîte bling-bling. Bientôt, la jeune héroïne, au regard angélique et au physique quasi ado, est embauchée dans une mystérieuse filière de call-girls « de luxe ». Dans une grande maison isolée, il s'agit pour les demoiselles convoquées, en porte-jarretelles et selon des rituels précis (genre 'Eyes Wide Shut' en plus intimiste), de servir de vieux messieurs à table, puis ailleurs. Pour ce second temps, la maîtresse des lieux administre une potion à ses filles qui les endort profondément. Un job lucratif, assurément, où les demoiselles, soumises, ont toutefois l'assurance, dixit la dame maquerelle très chic, de ne jamais « être pénétrées ». Une aliénation « clean », en quelque sorte, comme la métaphore d'un film où la violence est d'autant plus intense que contenue et sous-jacente.

Avec un tel argument, la plupart des cinéastes en activité auraient joué la carte du réalisme et du précipité social. Si 'Sleeping beauty', en toile de fond, donne à voir la quête obsessionnelle du fric (jusqu'à la marchandisation des corps) et l'abandon des « valeurs » et du respect de soi qu'elle engendre, Julia Leigh, aux antipodes du constat énervé et du moralisme puritain, focalise l'essentiel de son script et de sa mise en scène ailleurs, direction le mystère, l'envoûtement, la pulsion détraquée et, peut-être, l'auto-destruction.

Mystère de la belle endormie

© ARP Sélection Sleeping Beauty, © ARP Sélection Glacial, clinique et terriblement maîtrisé, 'Sleeping beauty', 1 h 44 durant, joue la carte de l'étrangeté. A part le fric (mais ce dernier aurait-il pris toute la place ?), les motivations de Lucy, dans le bordel bizarre comme dans son quotidien estudiantin, demeurent indécidables. Et le film épouse avec une implacable rigueur l'opacité psychologique de l'héroïne (Emily Browning, impressionnante). L'atout principal du film - son mystère jamais démenti, son secret enfoui profondément - est aussi sa (relative) limite. À force de tout miser ou presque sur sa part d'ombre, avec sa singulière endormie, ses ellipses réussies et sa très singulière beauté formelle, la réalisatrice australienne prend le risque d'un certain maniérisme et de ne renvoyer, in fine, comme une métaphore involontaire, qu'au diktat de la maîtresse de cérémonie : « On regarde, on s'approche, mais on ne rentre pas ». N'empêche, il existe de très belles mises à distance et de troublants mystères. Et 'Sleeping beauty' le rappelle avec une élégance assez sidérante.

'Sleeping Beauty', de Julia Leigh, avec Emily Browning, Rachel Blake, Ewen Leslie…

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  • choucamuet

    choucamuet

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    13/05/2011 12h00 J'ai bien aimé ce film en prenant du recul car de prime abord il est assez étonnant et très peu commun ! La réalisatrice a bien réussi à transmettre le questionnement que se pose la jeune Lucy (alias Sara) quant à la tenue des événements pendant son sommeil. Et dans ce contexte de "semi-prostitution" très lucrative, je tiens à saluer la performance d'acteur signée par Emily Browning qui est merveilleuse dans ce rôle !!!  

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