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Todd Solondz : « Avant Dark Horse, j'étais devenu un cliché de la transgression »
Propos recueillis par Olivier De Bruyn - Le 27/08/2012
L’enfant terrible du cinéma américain se serait-il acheté une conduite ? Dans Dark Horse, le trublion Todd Solondz semble apparemment plus calme que d’habitude. Apparemment…
Depuis ses débuts agités en 1995 avec Bienvenue dans l’âge ingrat, Todd Solondz ne semble jurer que par la controverse. Ennemi numéro un de la correction, le metteur en scène, dans ses fictions revêches (Happiness, Palindromes…), filme la famille US dans tous ses pauvres états, avec, entre autres, une prédilection pour l’examen caustique des frustrations sexuelles adolescentes et la radiographie des instincts destructeurs (et pédophiles) d’adultes désolants.
Todd Solondz, © Happiness DistributionAprès 17 ans de surenchères diverses, déclinées dans un style glacial, Solondz abandonne les soubresauts provocateurs qui, à force, menaçaient de se transformer en poses bégayantes. Dans Dark Horse, il s’intéresse à l’existence sans qualité de Abe, un trentenaire régressif qui vit chez ses parents, ne jure que par sa collection de jouets et se décide un jour morose à rencontrer l’amour. Plus calme formellement que les films précédents de son auteur, Dark Horse laboure pourtant les mêmes territoires : la folie s’agitant derrière les us et coutumes de l’american way of life, les névroses et hypocrisies de la classe moyenne locale. Moins de provocations ostentatoires, plus d’ambiguïtés et de mystères : le Solondz nouveau est arrivé et il surprend. En bien.
Comment est né Dark Horse ?
J’avais envie de raconter une histoire simple, qui respecte en apparence les règles du « Boy meets girl ». Durant l’écriture du scénario, je me suis aperçu que le film serait comme une réponse aux archétypes du genre, entre autres ceux déversés à longueur de temps par les chaines de télévision.
Dark Horse est différent de vos films précédents, au moins sur la forme.
Je voulais me libérer de tout ce qui prêtait de façon trop évidente le flanc à la controverse. Cela devenait une sorte de carcan : on s’attendait à ce que j’aille toujours plus loin dans cette voie. J’étais devenu un cliché de la transgression. Je suis las de tout ce qui choque superficiellement dans mes films.
Vous vous êtes calmé ?
Jordan Gelber, © Happiness DistributionJe ne crois pas. Dans Dark Horse, si rien de prime abord ne bouscule les tabous, les préoccupations restent les mêmes que dans mes films antérieurs. Abe, mon personnage principal, n’est pas un type avec lequel vous souhaiteriez spontanément passer une soirée. Il n’est pas plus sympathique que mes précédents personnages.
Pourquoi le thème de la famille est-il omniprésent dans tous vos films ?
Dans la vie de chacun, la famille est importante, très importante, voire trop importante (rires). C’est une source inépuisable de conflits et je ne vois aucune raison de ne pas m’y intéresser.
Abe est une sorte d’éternel adolescent. Comment l’avez-vous imaginé ?
Dans ma vie, j’ai croisé beaucoup de gens qui, de près ou de loin, lui ressemblent. Cette forme de puérilité est une des caractéristiques séculaires de la masculinité. Ce désir de collectionner et de classer ses vieux disques, ses vieux CD, ses vieux jeux vidéos… Comme s’il s‘agissait de refuser un âge adulte avec lequel il faut pourtant bien composer.
Abe et son père ont des relations complexes, violentes, mais une forme de tendresse finit par apparaître entre eux. Dans vos films précédents, l’émotion ne semblait pas être la priorité.
Peut-être avez-vous raison… Durant l’écriture et le tournage, j’étais moi-même ému par la façon dont Abe, qui avance comme un mort-vivant dans l’existence, finit in extremis par communiquer avec son père. Tant mieux si cette émotion transparaît dans le film.
Pourquoi avoir choisi Jordan Gelber pour incarner Abe ?
Jordan Gelber et Mia Farrow, © Happiness DistributionJe l’avais déjà rencontré pour un film précédent et il me semblait parfait pour le rôle. Il m’avait prévenu que son tempérament était à 70 % celui du personnage, ce qui me simplifiait considérablement la tâche (rires). L’essentiel du travail entre nous s’est déroulé pendant les auditions. Avant et pendant le tournage, pour des raisons de budget, nous n’avions pas le temps de répéter. Il avait parfaitement compris les enjeux du film et, du coup, j’ai pu laisser une place plus importante que d’ordinaire à l’improvisation. De toute façon, une fois que vous avez bien choisi vos acteurs, 90 % du travail est accompli. La formule sonne comme un cliché, mais elle est exacte.
Mia Farrow et Christopher Walken (les parents d’Abe, ndlr) ont-ils accepté tout de suite de jouer dans Dark Horse ?
Pas vraiment… Quand j’ai rencontré Mia, elle m’a dit qu’elle s’était retirée du métier et ne se sentait plus comédienne. Elle a fait une exception pour moi. L’un de ses fils est un fan absolu de mes films et il l’a bassinée jusqu’à ce qu’elle accepte. Christopher, lui, souhaitait incarner un personnage apparemment normal, mais qui, en fait, ne l’est absolument pas. Le but a été de le transformer en réactionnaire de base et d’éliminer toute caractérisation excessive pour qu’il impressionne avec un minimum d’effets. Il s’est remarquablement prêté au jeu.
Avez-vous facilement produit Dark Horse ?
Il n’est jamais aisé de produire un film aux États-Unis. Mais j’ai eu la chance d’avoir un peu d’argent rapidement et de ne pas devoir attendre des mois et des mois avant d’entamer le tournage. Cela a toujours été compliqué de financer mes films. Ces dernières années, la concurrence frénétique des chaînes du câble et d’Internet n’a rien arrangé. Le public potentiel, pour le genre de cinéma que je pratique, a diminué et, en conséquence, les budgets ont également baissé. Un film tourné il y a cinq ans pour deux millions de dollars l’est aujourd’hui pour 1,2. Bref, il y a toujours de l’argent, mais moins.
Avez-vous un nouveau projet ?
Oui, j’ai d’ores et déjà écrit une histoire qui se situe dans le Texas, autour de plusieurs familles. J’espère réunir rapidement le budget et commencer le tournage dès que possible.
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