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Don(a) Juan(a)
de Molière, Tous
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la critique evene
Enfin. Enfin un metteur en scène a franchi le cap, et a osé nous montrer <i>une</i> Don Juan. On l’attendait. Evident, mais nécessaire. Bonne nouvelle, le résultat est à la hauteur de l’enjeu. La version proposée par Patrick Vershueren n’a en effet rien à voir avec un essai dramatique ou une lubie de metteur en scène. Grâce à l’inversion des genres, ‘Don Juan’, texte mille fois entendu, retrouve enfin sa jeunesse initiale, celle qui dérange, celle qui critique et conteste, celle qui réveille. Le mythe renversé renoue avec la pertinence qu’il avait perdue. Preuve de cette banalisation "masculinisante", le passage dans le langage commun de l’expression "être un Don Juan". Pas féministe pour autant, cette relecture touche le politique comme l’esthétique, ce qui en fait une véritable oeuvre d’art, de celles qui comptent. Sur un plateau dépouillé, tendu de tentures noires qui neutralisent tout effet de fioritures, une femme évolue, calcule, échafaude. Panthère de velours, elle guette ses proies avec la précision et la détermination du Destin lui-même. Ce qui frappe chez Christelle Willemez, ce n’est pas tant son physique que la force de sa volonté, à laquelle s’ajoute une présence scénique rare. Froide et ensorcelante, elle met l’intelligence de son jeu et sa voix suave au service de toutes les femmes, se défendant bec et ongle contre une société qui juge et renie le libre arbitre. Quelques moments restent loufoques, comme la réplique "12 femmes à cheval vous cherchent" ou certains des intermèdes, parfois un peu trop attendus ; mais on les oubliera vite au profit de très jolies scènes qui viennent compléter cet ensemble, notamment la visite au tombeau, intéressant détournement christique, et surtout la mort de Dona Juana, qui se trouve certes jugée par la Main divine, mais bien plus par ses pairs les hommes, rendant ainsi la condamnation plus concrète et plus réelle que pouvait l’être celle de Dieu. Et donc plus terrible. Enfin.
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