Le Figaro
La mouette À quoi reconnaît-on un chef-d'œuvre ? Sans doute par le fait qu'il soit joué et rejoué, année après année, parce qu'il excite toujours la curiosité des artistes qui s'en emparent et celle des spectateurs qui viennent le réentendre, ses questionnements apparaissant encore d'actualité. La Mouette demeure dans l'Histoire, elle est toujours active et sans doute toujours nécessaire et unique. Elle l'est évidemment pour Arthur Nauzyciel qui a voulu la faire entendre dans la Cour d'honneur du Palais des papes, lieu devenu emblématique de la pratique artistique du théâtre, mais aussi lieu historique d'une aventure spirituelle bimillénaire. Cette pièce qui parle, selon les mots du metteur en scène, «d'art, d'amour et du sens de nos existences», écrite à la fin de ce XIXe siècle qui se meurt sans bien imaginer ce que sera le XXe pourtant si proche, est aussi hantée de souvenirs, de mélancolie, de ruines et d'espérance. Foi en l'art, attente d'un amour réciproque, ces sentiments ne résisteront pas à la réalité d'un monde où la mort rôde, celle des mouettes abandonnées au bord des lacs et celle des artistes idéalistes qui, comme Tréplev tentant de rêver un autre théâtre, sont brutalement rejetés. Ce qui pourrait n'être qu'un mélodrame construit autour d'une sarabande d'amours impossibles – puisque personne n'aime celui qui l'aime –, devient un bal funèbre et métaphysique, une ­véritable parabole sur la condition de l'homme. Arthur Nauzyciel souhaite donc une nouvelle fois « parler pour ressusciter les morts », persuadé que l'auteur Anton Tchekhov «console les âmes» comme le docteur Tchekhov sauvait les corps souffrants. En retraversant La Mouette, il y croisera des spectres, ceux de l'écrivain russe, mais aussi Hamlet ou les héros de L'Orestie, venus témoigner du lien avec le passé, pour construire un théâtre qui se fait au présent, un théâtre de l'impérieuse nécessité. 20 Jul 2012 - 28 Jul 2012
Avignon Avignon Vaucluse
Contemporain
La mouette

La mouette

de Anton Tchekov

Dates : du 20 Juillet 2012 au 28 Juillet 2012 TERMINÉ Avignon - Avignon

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1047089 Avec un trio de personnages constitué d’Arkadina, Treplev et Nina, Anton Tchekhov questionne toutes... Avec un trio de personnages constitué d’Arkadina, Treplev et Nina, Anton Tchekhov questionne toutes les formes possibles du théâtre : la mère est une actrice à succès d’un théâtre de tradition, le fils écorché vif souhaite révolutionner le temps de la représentation pour en faire un objet d’art et la jeune novice rêve de faire carrière sur les planches. Cette dernière, comme une mouette emportée par le vent, va enclencher la mécanique du drame en tournant le dos aux rêves échevelés de Treplev pour réaliser les siens. Sauf que son destin n’est qu’une suite de désillusions. Tchekhov ouvre le rideau en conviant le spectateur à assister aux premiers pas de Nina sur scène, dans le rôle de l’égérie avant-gardiste imaginée par Treplev. Jamais cette courte scène ne fut l’occasion d’une si magnifique moisson d’images. Aidé par Marie-Sophie Ferdanne (exfiltrée pour l’occasion de la Comédie-Française), le metteur en scène Arthur Nauzyciel porte le manifeste théâtral de Treplev à des sommets d’incandescence. Choisissant l’esthétique des mystères chers à l’expressionnisme du cinéma allemand ('Metropolis' de Fritz Lang ou 'Nosferatu' de Murnau), Nauzyciel imprime à jamais sa mise en scène dans la légende des grandes œuvres qui marquent l’histoire de la Cour d’honneur. Sa 'Mouette' peut alors se lire comme l’objet d’un seul parti pris : irriguer toute la pièce à l’unique source du talent de Treplev, personnage cruellement suicidé par Tchekhov sur l’autel de l’art. La geste onirique conçue par le metteur en scène rend compte des intuitions de l’artiste. Entre le bal masqué où chacun se coiffe d’une tête de mouette et l’épopée jouée par des personnages qui sont autant d’âmes mortes, cette 'Mouette' s’avère une tragi-comédie austère et le plus bel hommage jamais rendu aux fulgurances du visionnaire Treplev. Fulgurances souvent pudiquement estompées alors qu’elles sont au cœur de la dramaturgie du grand maître russe. 5

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la critique evene

 
Evene par Patrick Sourd

Avec un trio de personnages constitué d’Arkadina, Treplev et Nina, Anton Tchekhov questionne toutes les formes possibles du théâtre : la mère est une actrice à succès d’un théâtre de tradition, le fils écorché vif souhaite révolutionner le temps de la représentation pour en faire un objet d’art et la jeune novice rêve de faire carrière sur les planches. Cette dernière, comme une mouette emportée par le vent, va enclencher la mécanique du drame en tournant le dos aux rêves échevelés de Treplev pour réaliser les siens. Sauf que son destin n’est qu’une suite de désillusions. Tchekhov ouvre le rideau en conviant le spectateur à assister aux premiers pas de Nina sur scène, dans le rôle de l’égérie avant-gardiste imaginée par Treplev. Jamais cette courte scène ne fut l’occasion d’une si magnifique moisson d’images. Aidé par Marie-Sophie Ferdanne (exfiltrée pour l’occasion de la Comédie-Française), le metteur en scène Arthur Nauzyciel porte le manifeste théâtral de Treplev à des sommets d’incandescence. Choisissant l’esthétique des mystères chers à l’expressionnisme du cinéma allemand ('Metropolis' de Fritz Lang ou 'Nosferatu' de Murnau), Nauzyciel imprime à jamais sa mise en scène dans la légende des grandes œuvres qui marquent l’histoire de la Cour d’honneur. Sa 'Mouette' peut alors se lire comme l’objet d’un seul parti pris : irriguer toute la pièce à l’unique source du talent de Treplev, personnage cruellement suicidé par Tchekhov sur l’autel de l’art. La geste onirique conçue par le metteur en scène rend compte des intuitions de l’artiste. Entre le bal masqué où chacun se coiffe d’une tête de mouette et l’épopée jouée par des personnages qui sont autant d’âmes mortes, cette 'Mouette' s’avère une tragi-comédie austère et le plus bel hommage jamais rendu aux fulgurances du visionnaire Treplev. Fulgurances souvent pudiquement estompées alors qu’elles sont au cœur de la dramaturgie du grand maître russe.

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de Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux

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