Chacun connaît Les 7 Samouraïs et Les 7 Mercenaires, deux films qui, dans leur registre respectif, appartiennent au patrimoine du septième (!) art. Longtemps, l'idée de leur rendre hommage via la bande dessinée m'a trotté dans la tête. Aiguillonné par Guy Delcourt, et avec l'aide de mon compère Michaël Le Galli, je me suis finalement jeté à l'eau : nous serions 7 scénaristes. Et nous ferions 7 livres autour du même thème, en forme d'hommage : « 7 mercenaires ont une mission à remplir ». J'ai donc invité six confrères à participer à l'aventure...
Retrouvez la première saison de la série 7 :
Je me souviens encore de ma réponse à un journaliste qui, en 2009, me demandait si je prévoyais une suite à la série « 7 » : « Une suite ? Ah non, jamais ! Ce n'est vraiment pas mon genre. » Pas mon genre ? J'aurais mieux fait de tourner 7 fois ma langue dans ma bouche !
Tout a commencé pendant la « première saison » de 7. J'avais reçu un projet qui s'inscrivait dans la série. Malheureusement, le casting était déjà complet. La série s'appelait « 7 », c'était donc 7 livres. Pas 8. Pas 12. Pas 435... 7. Juste 7. Pas un de plus, pas un de moins. Puis un soir de dîner organisé par les Éditions Delcourt, une autre idée d'album a germé, une idée magnifique, qui, elle aussi, se serait inscrite à merveille dans la série. Au fil des discussions, des rencontres, des envies, l'idée a germé, et il aurait fallu être stupide, aveugle ou bien les deux, pour l'ignorer.
Bref, j'ai craqué. Je me suis lancé et ils sont là, tous les 7. Fiers, beaux, conquérants ! C'est pourquoi j'ai la joie, l'honneur et l'avantage de vous présenter la deuxième saison de la série 7 avec 7 Survivants, 7 Clones, 7 Personnages, 7 Naufragés, 7 Dragons, 7 Détectives, 7 Pistoleros. Voilà ce qui vous attend, à compter de mai 2011 et jusqu'à l'été 2012 : 7 petites perles scénaristiques et graphiques, qui, une fois plus, s'inscrivent dans le thème imposé « 7 personnages ont une mission à remplir ».
Ai-je eu tort ? C'est désormais à vous de le dire...
David CHAUVEL©Guy Delcourt Productions, 2011 – Les auteurs
Scénario : Luca Blengino
Dessin : Denys
Couleur : Delf
64 pages - 14,95€
En librairie le 18 Mai 2011
Sept voyageurs pris au piège d'un tunnel routier.
Alpes françaises. Déroutée par une averse de neige, une voiture entre dans un tunnel. À son bord, un neurologue réputé, sa femme, et son frère. Non loin derrière, un inspecteur des stups, lancé à la poursuite d'un couple de dangereux criminels... Sans le savoir, tous se dirigent droit vers un piège infernal, qui les conduira vers leurs pires cauchemars.
L'histoire démarre en pleine nuit sur une route enneigée des Alpes. Une voiture conduite par un neurologue parisien. En pleine dispute
conjugale, il entre dans un tunnel qu'aucune carte routière n'indique. Quelques minutes plus tard, un autre véhicule avec, à son bord, un
couple de truands en cavale. Un inspecteur des stups est lancé à sa poursuite. Très vite, tout ce petit monde s'aperçoit que l'ouvrage d'art
dans lequel leurs voitures s'engouffrent est sans fin. Leur voyage vire alors au cauchemar : d'étranges créatures en forme de zombies
déambulent autour d'eux tandis qu'un rescapé, réfugié derrière une barricade de fortune, leur explique dans quel monde infernal ils viennent
de mettre les pieds...
Dans ce premier tome de la deuxième saison de la série 7, le scénariste Blengino et le dessinateur Denys frappent fort avec un récit
d'épouvante qui, dans la foulée d'un best-seller comme The Walking Dead (publié aussi chez Delcourt) surfe sur le thème des
morts-vivants. La tension monte peu à peu, les caractères se révèlent et les faux-semblants de chacun se fissurent, tandis que la perspective
d'un retour à la normale semble de plus en plus lointaine. Véritable huis clos qui confronte les différents protagonistes à leur passé et à
leurs blessures secrètes, 7 Survivants est servi par un dessin réaliste d'une grande efficacité et une maîtrise parfaite du découpage.
Un album situé dans la lignée des précédents volumes de la collection et qui prouve que la bande dessinée, même si elle ne dispose ni des moyens
techniques, ni des budgets des films américains, peut rivaliser avec eux et, surtout, faire frémir ses lecteurs...














A mon avis, c'est surtout un énorme cadeau pour les auteurs. Nous avons la possibilité de nous confronter à des genres narratifs ou des sujets différents de d'habitude. Vous pouvez me croire : participer à une collection semblable c'est le jeu plus enthousiasmant auquel un scénariste peut espérer participer...
J'aime bien l'horror! J'ai toujours rêvé de pouvoir en écrire un, tôt ou tard. C'est un quelque chose d'assez compliqué à raconter en BD. Le vrai défi pour moi a été de raconter une situation épouvantable sans avoir ni les moyens techniques du cinéma, ni les suggestions qu'on peut utiliser en littérature. Si on réussit à offrir aux lecteurs un peu d'angoisse et quelques petits frissons... alors on a gagné!
Thomas Blanco, sans doute. C'est le personnage le plus méprisable. C'est bizarre, comme souvent on affectionne les méchants, enfin...
C'est compliqué... Je pense au dernier album, 7 Prisonniers. C'est un récit superbe, avec une excellente conclusion pour une collection si importante. J'espère que 7 Survivants sera à l'hauteur pour le début de la saison 2 !
Les 7 Mercenaires, bien sûr!
Aucun pour cet album en particulier, mais lorsque l'on me pose cette question, je répond toujours Jordi Bernet!
1/ ce n'est pas courant
2/ on ne sait pas où ça va
3/ il n'y a pas à attendre 1 an pour avoir la suite
4/ il y a de l'action
5/ il y a du suspens
6/ il y a plein de zombies
7/ Et les couleurs sont très bien!
© Guy Delcourt Productions, 2011 – Blengino, Denys
Scénario : Fred Duval
Dessin et couleur : Florent Calvez
56 pages - 14,95€
En librairie le 31 août 2011
Sept figures emblématiques de Molière enquêtent sur sa mort.
Paris, 1673, funérailles de Molière. Agnès est invitée par Alceste, Argan, et Scapin, à rejoindre un groupe financé par Harpagon, afin de découvrir qui a empoisonné l'illustre auteur. Agnès est dépositaire du secret qui autorise à faire revenir Don Juan des Enfers, le seul à pouvoir dévoiler le nom du septième personnage, celui qui, selon la légende, fera le jour sur la vérité.
Ce 21 février 1673, Paris est en deuil. Dans le cimetière Saint-Joseph noyé sous une pluie battante, on enterre un certain Poquelin,
Jean-Baptiste de son prénom, plus connu sous son nom de scène : Molière. Une cérémonie « sans aucune pompe et avec deux prêtres seulement
et hors des heures du jour », car les comédiens n’ont pas droit à un enterrement religieux. A l’issue des funérailles, seules quelques
personnes sont encore présentes. Parmi elles, une femme qui n’est autre qu’Agnès à qui Scapin vient révéler l’incroyable vérité : Molière
a été empoisonné ! Scapin lui propose de rejoindre un groupe financé par Harpagon, dont font déjà partie Alceste et Argan, afin de faire
toute la lumière sur les auteurs de ce crime…
Après 7 Survivants, la deuxième saison de la série 7 s’enrichit d’un nouveau volet aussi passionnant qu’original. Fred Duval
imagine une sorte de « club » des personnages de Molière qui prennent vie sous les yeux du lecteur, étonné et émerveillé de voir évoluer
des figures classiques comme Dom Juan, Harpagon – parfait dans le rôle de « grand argentier » du groupe – ou Tartuffe. Le récit est dense
et l’évocation « réaliste » du Paris du XVIIème siècle par le dessinateur Florent Calvez vient renforcer la crédibilité du scénario. Sur
fond de complot initié par l’un des grands noms de la Cour et de rivalités entre les troupes de comédiens de l’époque, 7 Personnages
navigue entre la saga historique, le polar et la chronique littéraire. Duval est aussi à l’aise dans les scènes d’action que dans la
description de la psychologie des différents protagonistes. De quoi donner envie de se replonger dans le théâtre de Molière avec un
regard nouveau sur ses principaux héros…














Comme pour la série BD « Le Casse », il s'agit de participer à un projet qui s'étale sur une année en compagnie de différents auteurs que je ne connais pas forcément. L'idée de faire un travail de création de manière totalement indépendante tout en mutualisant les aspects liés à la commercialisation est un véritable pari.
C'est l'occasion de rester dans l'univers et le temps de Molière, après l'adaptation de Tartuffe dans le Paris de 1670 pour le dessinateur Zanzim (Tartuffe, 3 tomes, Editions Delcourt), c'est intéressant d'y revenir en compagnie d'un auteur au style plus réaliste ; je reste fidèle à mes envies de varier les points de vue.
Molière, donc…
Sinon, 6 autres… Charlier, Hugo Pratt, Sergio Léone, Veermer, Jérôme Bosch, Raguenet.
Le début d'une semaine complète.
Le moment où tout repart « Ring, ring, it's 7 AM, move y'self to go again »
(The Magnificent Seven, The Clash)
Le concept de 7, c'est surtout un défi pour le scénariste ! Pour le dessinateur, il s'agit d'être à la hauteur du scénario et des copains qui nous précédent... Personnellement, j'ai plongé parce que le projet était intéressant, la collaboration réjouissante et l'aventure collective.
Alceste, le misanthrope. Il est touchant dans ses principes et ses contradictions.
Une chouette ambiance, des personnages attachants, de l'humour, une enquête palpitante, de l'aventure, des coups de théâtre, des dialogues ciselés...
©Guy Delcourt Productions, 2011 – Duval, Calvez
Scénario : Louis
Dessin : Stéphane de Caneva
Couleur : Véronique Daviet
64 pages - 14,95€
En librairie le 05 Octobre 2011
Sept « hommes » doivent tuer le Président de l'humanité.
2093. Entrés en contact avec les I. A., les Hommes sont à la veille d'un nouveau pas vers l'infini. Ils pourront enfin accéder aux portes du savoir et du cosmos...
à la seule condition, fixée par les frères des étoiles, d'être « unis et en paix derrière un seul président ». L'utopie semble à portée de main... C'est sans
compter sur l'éveil de sept clones, programmés pour abattre ce premier leader de l'humanité.
Bienvenue dans le futur ! En 2093, quand tout va mal, on prend du Lexo-Prozac (surnommé le Blues Killer). Heureusement, des programmes d’information
personnalisés sont offerts par Coca-Cola et Channel 2000 (« la chaîne du bonheur et de la fraternité entre les hommes », rien que ça). De toute façon,
le journalisme n’existe plus : personne ne vérifie ses sources puisque toute information sera oubliée dès le prochain scandale. Dans cette société du futur
où tout est sponsorisé, chacun reçoit au fil de ses déplacements des messages l’incitant à sourire, et toute tentative de suicide est immédiatement tuée dans
l’œuf. Au pire, il est toujours possible de consulter un psy-minute…
C’est dans ce riant contexte que doit avoir lieu l’élection du président de l’humanité, censée permettre aux pauvres humains de rejoindre les « frères des
étoiles » et d’accéder, enfin, aux portes du savoir. Le seul problème, c’est que sept clones ont été programmés pour supprimer ce premier dirigeant suprême
de l’humanité.
Ce troisième volet de la deuxième saison de la série 7 entraîne le lecteur dans un avenir pas très réjouissant - mais notre présent
l’est-il vraiment plus ? -, mis en images par le graphisme efficace et pour le moins spectaculaire de Stéphane De Caneva, dont l’influence des
auteurs de comics est incontestable, de Travis Charest à Jae Lee ou Carlos Pacheco. 7 Clones ne se prive pas d’angoisser son lecteur mais aussi
de l’interpeller, en lui rappelant que l’esprit de rébellion et le goût de la liberté individuelle peuvent parfois éviter le pire…














Un chiffre ésotérique, mystique, universel… Divin.
Parce que le présent me fait peur, et que j’ai besoin de projeter mes pires craintes du futur sur papier, comme pour les exorciser, et qui sait, les empêcher de devenir réalité.
Ce sont des clones… Mauvaise question. Je dirais donc le huitième, la « main ».
Le chiffre clé pour l'auto-stoppeur de Mary à tout prix.
Parce que la perspective de dessiner 7 personnages à la fois identiques et différents était un défi que je ne pouvais ignorer.
Travis Charest, Jae Lee, Carlos Pacheco, Anne Renaud, Moebius, Douglas Trumbull, Louis.
© Guy Delcourt Productions, 2011 – Louis, de Caneva
Commentaires du dessinateur Denys
Strip 1
On part sur un gros plan d'Asia, le regard perdu vers le plafond du tunnel. Les cases 2 et 3, superposées, identiques, indiquent l'atmosphère tendue qui règne dans la camionnette. Aucun des deux ne bouge la tête pour se parler, ils ne se regardent pas. Le fait de choisir deux cases identiques accentue ce fait. Asia semble voir des choses sur le plafond du tunnel, cela donne à la scène un côté surnaturel, étrange, qui s'accentuera plus tard. La case 4 montre la camionnette filant vers un point d'horizon qui paraît très lointain, la ligne est droite, on devine que la sortie n'est pas proche.
Strip 2
On se rapproche des personnages, histoire de rentrer dans leur intimité. Thomas est vu en gros plan, il change d'attitude par rapport à Asia, il devient plus doux, on s'aperçoit qu'ils se connaissent depuis pas mal de temps. Le gros plan de la case 8 montre Thomas qui sourit, cette fois, accentuant ainsi le contraste avec la dernière case.
Strip 3
Case d'impact, dans tous les sens, du terme. Le personnage est vu de dos, on ne voit pas son visage, on ne le verra pas du tout dans cette scène, si ce n'est de loin, dans la page suivante. Cela retarde l'impact de la scène d'attaque qui surviendra plus tard. Il est important que cette case soit en horizontale : ce format suit, en effet, l'impact reçu par le personnage, ainsi que la direction que prend la camionnette, créant ainsi un choc plus grand, plus violent que si le format avait été vertical.
Commentaires du dessinateur Denys
Strip 1
La première case est pour moi intéressante. Elle n'apporte rien à la narration, on pourrait directement passer à la case 2, mais j'aime bien ce genre de case, où le temps semble suspendu, comme dans un film de Sam Peckinpah ou de John Woo : la jambe de l'asséché est calée à droite, il est en train de voler, sous la puissance de l'impact. La camionnette, quant à elle, est en train de déraper. C'est une case qui, dans un film, pourrait durer plusieurs secondes, alors que la précédente (l'impact) ne serait qu'un flash.
La case 2 montre deux impacts : celui de l'asséché qui touche - enfin - le sol, et la camionnette qui rentre dans le mur. Ces deux cases, l'une au-dessus de l'autre, indiquent la puissance du choc reçu par l'asséché qui se retrouve très loin, projeté en arrière.
Strip 2
La case 4 vient en contrepoint aux précédentes, elle est longue et verticale, elle « suit » la route.
On a pris de la distance, afin de bien montrer ce qui s'est passé. Thomas est déjà proche de l'asséché. Il est donc sorti très vite de la camionnette, pour bien montrer sa panique.
Les trois cases suivantes (5, 6 et 7) expriment la colère de Thomas, en opposition à la peur éprouvée par Asia. Il semble qu'elle ait perçu quelque chose d'effrayant, contrairement à Thomas. Leur différence de caractère est encore accentuée par rapport à la page 10.
Case 6, on voit donc, un peu, l'asséché, mais de loin, il est important que l'on ne voit son visage que lors de l'attaque, qui surviendra quatre pages plus loin, pour garder le mystère.
Les deux dernières cases sont au niveau du sol, tout à coup, on est proche de l'asséché, mais derrière lui. Ici, s'il y avait un doute auparavant, il n'y en a plus guère : il y a bien quelque chose d'étrange avec cet accidenté!
Le fait de dessiner le même plan pour ces deux cases, permet de bien signifier la surprise et l'étrangeté de la situation, étrangeté soulignée par le « HHSSSSH! » que l'on devine proféré par quelque chose plutôt que par quelqu'un
Cette scène n'est que le début d'une longue série de phénomènes surnaturels, dans ce tunnel...
Commentaires du dessinateur Florent Calvez
Première case, les signes cabalistiques et les ombres marquées instaurent une ambiance empreinte de magie et d'ésotérisme. Agnès est la maîtresse du jeu : c'est elle qui dessine l’heptagramme [NDRL : cette étoile à sept branches bâtie sur la base de sept lignes] et qui dicte et explique la procédure à suivre. Dans la case 3, les lignes de fuite donnent l’illusion que son discours « rayonne ».
Dans la seconde moitié de la page, les cartes de tarot renforcent l’atmosphère ésotérique. Elles ont aussi pour fonction d’apporter des précisions sur la personnalité de nos sept protagonistes, tout en prenant en compte les conclusions des pièces de théâtre dont ils sont issus. Par exemple, Alceste n’est pas que misanthrope. Selon la carte de tarot, il est aussi dans le « renoncement ». De fait, dans la pièce de Molière, ce personnage renonce à celle qu’il aime. Quant au personnage d'Agnès, son aura de mystère se confirme avec l’attribution de qualités substantiellement différentes (diable, sexualité, etc.) de celles qu'on lui perçoit au premier abord (naïveté, candeur, fraîcheur). On retrouve cette dualité du personnage à fin de la pièce lorsque, venant de perdre sa virginité, elle annonce à Arnolphe que « le petit chat est mort ». De même, associer Don Juan au Pape est un clin d'œil amusant au libre-penseur qu'il représente.
Graphiquement, juxtaposer chaque personnage sur leur figure emblématique contribue, comme l’heptagramme de la case 1, à l'irréalité de la scène, qui se confirme dans la page suivante.
Commentaires du dessinateur Florent Calvez
Dans le premier strip de cette planche, on est saisi par le contraste entre la sobriété de la pièce et le baroque de la cheminée ornée par deux cariatides. Ce détail suggère que la cheminée est un élément important. En effet, il s'agit d'une sorte de passerelle entre le monde réel et les enfers.
Cette représentation du monde des enfers, que l'on voit en plan large dans la case principale, fourmille de détails curieux reprenant le fameux tableau de Jérôme Bosch : Le Jardin des délices. La perspective a été modifiée pour donner une profondeur à la scène, et ne pas trop trancher avec celle du monde réel. Dans cet univers où destruction (les villes du fond en flammes) et création (les instruments de musique) se mêlent, on observe que Don Juan est placé au pied du trône du maître des enfers. Il est aux prises avec une truie déguisée en nonne.
Dans le dernier strip, Don Juan apparaît par la cheminée dans une mise en scène « surnaturelle », parce qu'intermédiaire (il est toujours dans les flammes). Le fait que ce dernier soit entouré par ces statues en forme de femme qui soutiennent la cheminée, est une façon de rappeler son identité de libertin. C’est ainsi qu’il apparaît dans le monde réel…
Commentaires du dessinateur Stéphane de Caneva
Cette première planche est plutôt mystérieuse : ce qui y est montré ne sera explicité que plus tard dans l’album. Néanmoins elle est essentielle puisqu’elle permet,
dès le départ, de s’immerger dans une atmosphère étrange qui reviendra à plusieurs reprises.
Le « personnage principal » découvre son environnement en même temps que le lecteur : les deux visions sont liées par une vue subjective qui sera adoptée sur
toute la séquence.
La première case montre un élément clé de l'histoire : une main légèrement déformée dont le majeur et l’annulaire sont joints.
Dans la deuxième case, la main passe en amorce pour révéler des enfants accroupis au loin.
Dans les deux cases suivantes, l’observateur/lecteur en s’approchant du groupe, s’aperçoit que ces enfants possèdent la même caractéristique : cette main difforme.
L’ambiance devient de plus en plus inquiétante lorsque ceux-ci se retournent pour ne dévoiler aucun visage. La case suivante suit cette progression : en effet,
l’attitude adoptée par les enfants, lorsqu'ils se lèvent et s'approchent, fait irrémédiablement référence aux films de zombies.
D'une manière générale, les lignes d'horizon et les séparations entre les cases semblent tanguer pour renforcer l'ambiance de la scène. Dans le même ordre d'idée,
des bulles sont bien présentes mais il n'y a aucun texte à l'intérieur.
Revenons au découpage de la planche et intéressons-nous à la dernière case. Alors que l'observateur recule, un miroir apparaît à droite du personnage. Cette case est le seul écart que je me suis permis par rapport à la vue subjective, principalement pour cacher le visage de l'observateur.
La chute intervient sur la page suivante, lorsque l'observateur se retourne face au miroir et s'aperçoit que, lui non plus, n'a pas de visage.
Commentaires du dessinateur Stéphane de Caneva
Dans cette page, chacun des 7 clones se retrouve face au miroir de sa salle de bain. Les visages sont enfin révélés. Malgré la simplicité apparente de la page, certains éléments ont été assez délicats à mettre en place.
Tout d’abord, le fait qu’il ne s’agisse ni plus ni moins de 7 cases identiques à la suite : un personnage en gros plan se regarde dans un miroir. J’ai varié les attitudes, les positions et les angles de vue pour éviter une trop grande monotonie.
C’est ensuite la première page où le lecteur va identifier visuellement les clones. Leur visage étant identique, il m’a fallu insister sur les éléments qui les distinguent : cheveux, barbe, moustache. J’ai donc dû veiller à ce que les cadrages incluent bien tous ces éléments importants malgré l’exiguïté des cases. La difficulté de l’exercice est particulièrement visible dans la première case, où le cadrage du reflet coupe le crâne du prêtre, crâne qui est donc repris en avant plan pour bien assimiler le fait qu’il soit chauve.
Dans une moindre mesure, c’est aussi l’occasion d’appréhender la personnalité de chaque clone via son attitude : par exemple, dans la troisième case, le visage de Rio reflète l’ironie, tandis que celui de Carlos qui apparaît en dernière case paraît plutôt abattu.
