samedi 20 mars

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Retour sur un genre en voie d’expansion

LES CAFES-THEATRES


Les cafés-théâtres essaiment dans l’est parisien. Qu’en pensent les pionniers du genre ? Est-ce une expansion positive ? Plongée dans l’évolution d’un théâtre à vocation comique, qui se distingue des théâtres traditionnels par sa “petite” taille et l’économie de ses moyens.


Du caf’conc’ au stand-up : la grande histoire des petites scènes

Après la Révolution, l’abolition du monopole des théâtres permet à partir de 1791 l’ouverture de nombreuses salles de spectacle. Fin XIXe, c’est l’âge d’or des caf’conc’ : un débit de boissons organisant des concerts musicaux. Paris devient le modèle de l’amusement européen. Un siècle plus tard, les petites scènes continuent à se développer avec l’avènement du café-théâtre. Retour sur un genre en voie d’expansion.

Le Marais, 1969 : Romain Bouteille et Coluche investissent une ancienne fabrique de ventilateurs du passage d’Odessa, qui deviendra par la suite le célèbre Café de la gare, afin d’y élaborer des pièces courtes et drôles. Rejoint par ses amis (Patrick Dewaere, Miou-Miou), Bouteille forme avec ces derniers la troupe du Café de la gare et invente un genre nouveau : le café-théâtre. Quelques années après, en 1975, une équipe de trublions, Lamotte-Lanvin-Lhermitte, s’accapare une ancienne menuiserie pour y construire une salle de spectacles ‘La Veuve de Pichard’. Le 24 avril 1978, Gérard Lanvin et Martin Lamotte passent les clés à Christian Varini : c’est la naissance du Point-Virgule ! Le Marais n’est pas à l’époque ce qu’il est devenu maintenant. C’est un quartier abandonné et populaire, où les loyers sont peu onéreux. Il devient dès lors un noyau de création et un repaire pour les jeunes comédiens. Le Café de la gare, le Point-Virgule et les Blancs-Manteaux constituent les nouveaux lieux phares de la scène du café-théâtre. Depuis, il s’est étendu à de nouveaux quartiers : comme le montre de manière exemplaire la compagnie Popul’air qui, en quelques années a créé quatre cafés-théâtres dans le quartier du 20e arrondissement, transformant des cafés en salles de spectacles et donnant leur chance à de nombreux comédiens.

Reste désormais à définir ce qui différencie réellement le café-théâtre du théâtre classique et traditionnel. Le rire : tel est le mot qui revient à la bouche de toutes les personnes interrogées. Les cafés-théâtres donnent à voir un théâtre populaire à vocation comique, dont le succès semble aller au-delà des classes sociales. “Le monde de l’humour réunit toutes les classes sociales, que ce soit chez les artistes comme chez les spectateurs”, selon Colette Pittet, à l’affiche de ‘Sans prescription à forte dose’ au théâtre Popul’air du Reinitas, rencontrée devant le Point-Virgule. Le public aime à se divertir devant des spectacles comiques et inédits dans un cadre intimiste et chaleureux. Les spectacles s’enchaînent sans jamais être les mêmes : le spectateur vient pour consommer et pour être surpris, il ne ressent aucun plaisir à réentendre les mêmes pièces comme dans le théâtre classique.

La diversité des styles est également un atout comme l’affirme Apolline Bordelot, responsable de la communication du théâtre des Blancs-Manteaux : “Notre programmation est éclectique, nous varions entre musique et spectacles d’humour, dans le but de représenter un peu tous les styles.” Au sein même des spectacles humoristiques, on distingue différents genres : le duo, le stand-up à la Bedos où un seul comédien s’adresse directement au public dans un bar sur différents sujets d’actualité ou de société, et le one-man show, qui présente une série de sketches grâce à une galerie de personnages. Une fois lancés, certains spectacles auront peut-être la chance de se produire dans des plus grands théâtres. La comédie ‘Arrête de pleurer Pénélope’ en est l’exemple même. Après avoir connu ses premiers succès au Café de la gare, la pièce est désormais à l’affiche du théâtre Fontaine dans un deuxième volet.


Le café-théâtre : tremplin pour se faire connaître ?

Le café-théâtre est connu pour être un lieu où l’on met sur le devant de la scène des jeunes artistes encore peu médiatisés. Le ‘Trempoint’ du Point-Virgule, qui constitue une première étape d’auditions porte bien son nom. Les cafés-théâtres peuvent être un excellent tremplin pour de nombreux artistes afin de se faire connaître. Comme le dit Magali Lugan, codirectrice des Blancs-Manteaux, “rechercher les perles rares et tout faire pour que le grand public et les professionnels perçoivent leur potentiel, s’intéressent à eux, c’est tout le sel de notre métier !” Parmi les personnalités passées par la “case” du café-théâtre, on se souvient entre autres de Jacques Higelin, Jacques Villeret, la chanteuse Camille aux Blancs-Manteaux, de Jean-Marie Bigard, Sophie Forte ou bien encore de Pierre Palmade au Point-Virgule et principalement de Patrick Dewaere et Miou-Miou au Café de la gare. Le café-théâtre ne constitue pas pour autant un passage obligé pour réussir. Certains grands théâtres partent également à la découverte de jeunes talents encore méconnus.

Qu’est-ce qui encourage alors les jeunes artistes à commencer dans ce type d’endroits ?
Contrairement aux théâtres classiques et traditionnels, les cafés-théâtres ne nécessitent pas de gros investissements, ce qui encourage les jeunes artistes à s’y produire. Le théâtre des Blancs-Manteaux ne fait par exemple pas payer la location de la salle aux jeunes artistes et partage les recettes des spectacles avec ces derniers. De même, la compagnie Popul’air partage les cachets chaque mois sur une base de 60 % pour la compagnie qui offre son équipement et la mise à disposition des lieux et 40 % pour l’artiste.

A l’heure des émissions de téléréalité, telles que la Star Academy ou la Nouvelle Star, qui promettent un succès et une notoriété immédiates, qu’en est-il des cafés-théâtres qui cherchent eux aussi à découvrir de jeunes talents ? Selon Apolline Bordelot, la plupart des personnes qui se présentent dans ce type d’émissions cherchent avant tout à être connues, contrairement aux cafés-théâtres qui propulsent sur le devant de la scène de vrais artistes, qui ont une réelle volonté de création. L’école de la scène apparaît néanmoins comme la meilleure, quelle que soit la forme qu’elle prend. L’avantage du café-théâtre est de permettre aux artistes d’avoir un réel contact avec le public, dans une salle bien souvent intimiste où une connivence se crée avec le public, de manière ludique.


L’avenir des cafés-théâtres : crise, expansion, ou simple mutation?

Il semble désormais de plus en plus important d’accomplir un grand travail de communication autour des spectacles afin de sensibiliser le public à ce type de théâtre par essence populaire. Le marché est de plus en plus difficile : près de 800 spectacles en tout genre sont joués à Paris chaque soir, ce qui crée une forte concurrence. On observe pourtant l’ouverture de nombreuses petites salles. Selon Apolline Bordelot, cette expansion n’est pas positive : le spectateur est de plus en plus méfiant à l’égard de ce type de spectacles car la qualité a tendance à se perdre au fur et à mesure que la quantité de cafés-théâtres augmente. “La scène du café-théâtre devient dès lors une scène de tout et n’importe quoi.”

Magali Lugan préfère parler de mutation, plutôt que d’expansion ou de crise : “Il faut que les cafés-théâtres trouvent leur place dans un marché économique et culturel qui a beaucoup évolué ces dix dernières années : nous ne faisons plus le même métier qu’à notre arrivée aux Blancs-Manteaux. Pourtant ces lieux de découverte et d’expression des jeunes talents seront toujours aussi indispensables pour les professionnels et aussi intéressants pour un public curieux et découvreur : seulement les moyens de communication ne seront plus les mêmes, les partenaires non plus. C’est la fin d’une époque plus artisanale, certes, avec tous les avantages que cela suppose, mais aussi pleine de nouvelles possibilités d’évolution et de médias qui s’offrent à nous et à nos artistes ! Les quatre idées à la minute qui sortent de nos cervelles aux Blancs-Manteaux trouveront peut-être enfin une possibilité de se réaliser réellement, alors forcément, nous sommes pleins d’espoir et d’optimisme.”
Marie-Caroline Burnat, qui dirige quant à elle le Point-Virgule est également optimiste et parle d’expansion au vu de la création de petites salles même si elle évoque les difficultés de gestion que rencontrent toutes les salles de théâtre. Cette évolution est selon elle signe d’une inventivité, qui peut toucher de nouveaux publics.

Même si les cafés-théâtres sont moins rentables que les théâtres traditionnels, ils apparaissent comme une étape indispensable. Comme le dit Magali Lugan : “C’est une case majeure qu’on ne peut pas sauter dans le développement d’une carrière d’un artiste : les grosses productions commencent à le comprendre et à monter des accords avec nous pour travailler ensemble à dénicher et à faire évoluer leurs poulains… Alors qu’il y a quelques années, les petites salles étaient plutôt déconsidérées… La roue tourne !


Laurence de Bourbon pour Evene.fr - Novembre 2006


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