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Retour sur un genre en voie d’expansionLES CAFES-THEATRES
Après la Révolution, l’abolition du monopole des théâtres permet à partir de 1791 l’ouverture de nombreuses salles de spectacle. Fin XIXe, c’est l’âge d’or des caf’conc’ : un débit de boissons organisant des concerts musicaux. Paris devient le modèle de l’amusement européen. Un siècle plus tard, les petites scènes continuent à se développer avec l’avènement du café-théâtre. Retour sur un genre en voie d’expansion. Le Marais, 1969 : Romain Bouteille et Coluche investissent une ancienne fabrique de ventilateurs du passage d’Odessa, qui deviendra par la suite le célèbre Café de la gare, afin d’y élaborer des pièces courtes et drôles. Rejoint par ses amis (Patrick Dewaere, Miou-Miou), Bouteille forme avec ces derniers la troupe du Café de la gare et invente un genre nouveau : le café-théâtre. Quelques années après, en 1975, une équipe de trublions, Lamotte-Lanvin-Lhermitte, s’accapare une ancienne menuiserie pour y construire une salle de spectacles ‘La Veuve de Pichard’. Le 24 avril 1978, Gérard Lanvin et Martin Lamotte passent les clés à Christian Varini : c’est la naissance du Point-Virgule ! Le Marais n’est pas à l’époque ce qu’il est devenu maintenant. C’est un quartier abandonné et populaire, où les loyers sont peu onéreux. Il devient dès lors un noyau de création et un repaire pour les jeunes comédiens. Le Café de la gare, le Point-Virgule et les Blancs-Manteaux constituent les nouveaux lieux phares de la scène du café-théâtre. Depuis, il s’est étendu à de nouveaux quartiers : comme le montre de manière exemplaire la compagnie Popul’air qui, en quelques années a créé quatre cafés-théâtres dans le quartier du 20e arrondissement, transformant des cafés en salles de spectacles et donnant leur chance à de nombreux comédiens.
La diversité des styles est également un atout comme l’affirme Apolline Bordelot, responsable de la communication du théâtre des Blancs-Manteaux : “Notre programmation est éclectique, nous varions entre musique et spectacles d’humour, dans le but de représenter un peu tous les styles.” Au sein même des spectacles humoristiques, on distingue différents genres : le duo, le stand-up à la Bedos où un seul comédien s’adresse directement au public dans un bar sur différents sujets d’actualité ou de société, et le one-man show, qui présente une série de sketches grâce à une galerie de personnages. Une fois lancés, certains spectacles auront peut-être la chance de se produire dans des plus grands théâtres. La comédie ‘Arrête de pleurer Pénélope’ en est l’exemple même. Après avoir connu ses premiers succès au Café de la gare, la pièce est désormais à l’affiche du théâtre Fontaine dans un deuxième volet. Le café-théâtre : tremplin pour se faire connaître ?
Qu’est-ce qui encourage alors les jeunes artistes à commencer dans ce type d’endroits ? Contrairement aux théâtres classiques et traditionnels, les cafés-théâtres ne nécessitent pas de gros investissements, ce qui encourage les jeunes artistes à s’y produire. Le théâtre des Blancs-Manteaux ne fait par exemple pas payer la location de la salle aux jeunes artistes et partage les recettes des spectacles avec ces derniers. De même, la compagnie Popul’air partage les cachets chaque mois sur une base de 60 % pour la compagnie qui offre son équipement et la mise à disposition des lieux et 40 % pour l’artiste.
L’avenir des cafés-théâtres : crise, expansion, ou simple mutation? Il semble désormais de plus en plus important d’accomplir un grand travail de communication autour des spectacles afin de sensibiliser le public à ce type de théâtre par essence populaire. Le marché est de plus en plus difficile : près de 800 spectacles en tout genre sont joués à Paris chaque soir, ce qui crée une forte concurrence. On observe pourtant l’ouverture de nombreuses petites salles. Selon Apolline Bordelot, cette expansion n’est pas positive : le spectateur est de plus en plus méfiant à l’égard de ce type de spectacles car la qualité a tendance à se perdre au fur et à mesure que la quantité de cafés-théâtres augmente. “La scène du café-théâtre devient dès lors une scène de tout et n’importe quoi.”
Marie-Caroline Burnat, qui dirige quant à elle le Point-Virgule est également optimiste et parle d’expansion au vu de la création de petites salles même si elle évoque les difficultés de gestion que rencontrent toutes les salles de théâtre. Cette évolution est selon elle signe d’une inventivité, qui peut toucher de nouveaux publics. Même si les cafés-théâtres sont moins rentables que les théâtres traditionnels, ils apparaissent comme une étape indispensable. Comme le dit Magali Lugan : “C’est une case majeure qu’on ne peut pas sauter dans le développement d’une carrière d’un artiste : les grosses productions commencent à le comprendre et à monter des accords avec nous pour travailler ensemble à dénicher et à faire évoluer leurs poulains… Alors qu’il y a quelques années, les petites salles étaient plutôt déconsidérées… La roue tourne !” Laurence de Bourbon pour Evene.fr - Novembre 2006
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