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VIVRE LES VILLES EDITION 2006 Réfléchir la ville

Papus Sanvee et Jean-Baptiste Touja pour Evene.fr - Mars 2006 - Le 16/03/2006

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VIVRE LES VILLES EDITION 2006

Du 16 au 19 mars, la deuxième édition de Vivre les villes se déroule partout en France : l'occasion pour petits et grands, simples usagers ou professionnels, de découvrir l'architecture et l'urbanisme de leur ville.

Quatre journées dédiées à la ville

Au programme, visites guidées, parcours thématiques, itinéraires urbains en trois temps : le jeudi pour les scolaires, le vendredi pour les professionnels, et le week-end pour tous les publics. Pédagogie, interaction leur permettront de voir et comprendre à la fois de quoi et par qui est faite la ville d'aujourd'hui. Tel que la manifestation nous le propose, vivre la ville pleinement c'est savoir la lire, la décrypter : ainsi, les réalisations récentes sont-elles mises en avant et expliquées au niveau de leurs caractéristiques propres et de leur inscription dans le lieu qui les accueille et qu'elles habitent. Double dialogue : du public avec les réalisations et de ces dernières avec l'environnement dans une dimension qui se veut festive et éducative. Retrouvez toutes les manifestations région par région, ville par ville, sur le site officiel : http://www.vivrelesvilles.fr/

Comprendre et pratiquer

Comprendre la ville : c'est en offrir une vision globale, le public ayant l'opportunité de rencontrer les professionnels qui animent la ville et sa vie : architectes bien entendu mais aussi urbanistes, paysagistes… Opération de sensibilisation à l'architecture et à l'urbanisme donc à travers une perspective synchronique et diachronique à même de révéler les mutations urbaines à travers le temps. Pratiquer la ville : les parcours et les visites guidées proposés dans la France entière permettront d'envisager le rapport à l'espace selon qu'il est public ou privé, ancien ou récent, intra ou périurbain par exemple.

La perception de l'art de l'architecture

A l'occasion de cette manifestation nationale destinée au grand public il s'agit d'interroger ce qui est loin d'être une évidence : la lisibilité et la visibilité de l'architecture. Trouvez l'intrus : l'architecture, la sculpture, la peinture, la danse, la musique, la poésie, le cinéma. Quel est le seul parmi ces sept disciplines, qui reste méconnu du grand public ? C'est paradoxalement l'architecture. Se souvient-on encore de son statut d'art majeur ? Paradoxe, car c'est à la fois le seul art qui est le moins démocratique et le moins populaire, mais en même temps, c'est le seul qui nous concerne tous sans exception. Notre cadre de vie en est l'expression quotidienne. En effet, comparé aux autres arts majeurs, l'architecture, notamment l'architecture contemporaine demeure inaccessible pour la grande majorité de la population et se confine dans une communication élitiste. On n'a pas besoin d'être initié à l'art de la musique classique pour apprécier la musique de Beethoven, de Wagner ou de Bizet. On n'a pas besoin d'être critique d'art ou étudiant en histoire de l'art pour aimer les cartes postales ou les posters des peintures de Picasso, de Van Gogh ou de Gauguin. Pourquoi n'en est-il pas de même pour certaines grandes oeuvres de l'architecture qui méritent d'être largement appréciées, les cathédrales mises à part ?

L'évolution des supports de diffusion

On peut constater une évolution dans les supports de diffusion dans les autres arts. Par exemple, sans parler des musées nationaux, l'oeuvre picturale est passée de la collection privée d'antan aux posters vendus aujourd'hui dans les couloirs du métro ou aux cartes postales que l'on trouve dans des boutiques qui font face à Beaubourg. On peut donc y voir une appropriation du grand public de ces oeuvres dont l'appréciation à l'époque n'était réservée qu'à des milieux privilégiés. Cette démocratisation du goût pour la peinture ne signifie pas une appréciation approfondie, mais elle révèle néanmoins l'ouverture de ce champ esthétique au plus grand nombre. Ceci se traduisant par une évolution vers des supports de diffusion plus accessibles. Et pour cela, on n'a pas pour autant fermé les musées. Car chacun a bien conscience du fait que si on peut aller acheter la carte postale d'une oeuvre d'art découverte dans un musée, on peut aussi aller voir des expositions d'artistes découverts pour la première fois sur une carte postale. Le mouvement peut se faire dans les deux sens. Et oui ! Mais il a bien fallu au départ une sorte d'ouverture de l'univers de la peinture sur le public au sens large.

La communication comme élément de réponse ?

Que faire alors pour la promotion de l'architecture auprès du public ? Tout d'abord, est-ce que cela intéresse les architectes eux-mêmes d'être mieux perçus du grand public ? Pas si sûr que ce soit le cas. Pouvez-vous deviner combien d'agences d'architecture prendront part aux événements organisés dans le cadre de la deuxième édition de Vivre les villes ? Cela se compte sur les doigts d'une main si on se réfère au recensement des agences participantes sur le site Internet de l'événement. Ils n'ont pas le temps pour ça. Ils sous-estiment le problème de la communication des idées de l'architecture. L'incompréhension ne date pas d'aujourd'hui, c'est dire combien le défi à relever est immense. En 1959, Bruno Zevi tenait déjà les propos suivants : "Le public, dit-on, s'intéresse à la peinture et à la musique, à la sculpture et à la littérature, mais pas à l'architecture. (...) Pourtant, personne ne peut fermer les yeux devant les édifices qui constituent le décor de notre vie. (...) Pourtant, après l'époque des manifestes, l'architecture contemporaine devrait s'insérer dans notre culture (...). Mais bien des architectes, qui ne vivent que pour l'amour de leur métier, manquent aujourd'hui de la culture qui leur donnerait le droit de participer à la réhabilitation de l'architecture ; leur comportement est encore trop souvent lié à la polémique. (...)"

Faire évoluer les mentalités

L'Etat doit-il faire face tout seul ? Est-il possible de faire évoluer les mentalités largement hostiles à l'architecture contemporaine si les architectes eux-mêmes ne prennent pas part à cette évolution, notamment à travers l'adaptation de leurs supports de communication ? L'architecte excelle dans la communication du projet. Et pour cause : les plans et les maquettes sont les supports classiques du projet d'architecture et sont à la base même de la formation des architectes. Ce support est destiné à la maîtrise d'ouvrage, au jury et au corps professionnel. En comparaison avec le cinéma, cela correspondrait au découpage technique ou à la portée des notes en musique. De par sa nature, cet outil de communication ne peut donc être destiné au grand public, ni aux habitants, qui sont de simples consommateurs non initiés de l'espace architectural. La culture du projet, c'est l'univers spécifique d'un architecte ou d'une agence. C'est un parcours et ce sont les réalisations qui jalonnent ce parcours. Ce sont aussi les idées d'où émanent ces réalisations. Les expositions, les conférences et les monographies sont censées véhiculer cette culture auprès du public. Or les expositions réussies sont rares, les conférences sont peu fréquentées et les monographies, souvent publiées à compte d'auteur, ne sont pas des succès de librairie. En conclusion, la culture d'une agence ou le background qui permet d'apprécier le travail d'un architecte à sa juste valeur, manque de lisibilité pour le grand public.

Les agences d'architecture en question

Quant à l'image de marque, c'est la bonne réputation qui précède toute entreprise qui s'en est donné les moyens. C'est grâce à cette image qu'elle donne d'elle-même, que toutes ses interventions publiques pourront être appréciées à leur juste valeur. Elle correspondrait au rayonnement d'une agence auprès du grand public. Or aujourd'hui, aucune agence d'architecture ne pourrait se prévaloir d'une certaine aura auprès du grand public. Jean Nouvel, le plus connu des architectes français d'aujourd'hui à déclaré lui-même à propos du concours pour le réaménagement des Halles à Paris dans Le Monde du lundi 14 août 2005 : "Alors qu'on pensait devoir présenter le projet devant un comité d'experts, nous avons été prévenus (...) qu'il y aurait une exposition publique. Nous nous sommes donc retrouvés en situation de nous faire massacrer." Ce qui a le mérite d'être clair : absence de stratégie de communication grand public. C'est là que Bruno Zevi ajoute à juste titre : "En face d'une telle confusion, pouvons-nous sincèrement donner tort au public ?"

L'image de marque grand public n'est donc à ne pas confondre avec la notoriété, uniquement basée sur l'estime du monde professionnel. La notoriété n'entraîne pas de facto la reconnaissance du public : une raison pour laquelle, bien qu'ayant fait leur preuve, une écrasante majorité d'agences d'architecture demeure stratégiquement instables. On comprend tout l'enjeu et le travail à venir d'une telle manifestation tant au niveau du grand public que des professionnels afin de faire évoluer la relation qui les unit et les regards qu'ils se portent.

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