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LA CULTURE ET L’ETAT Cherche gardien désespérément
Yves Delahaie pour Evene.fr - Juillet 2007 - Le 25/07/2007
Alors que le Louvre s’apprête à obtenir un contrat juteux avec le Moyen-Orient, l’Etat français s’interroge sur l’autonomie des établissements publics culturels dont il ne voudrait pas perdre le contrôle…
Le Louvre, La Bibliothèque nationale de France, l’Opéra national de Paris, La Cité des sciences et de l’industrie… Autant de joyaux qui participent au rayonnement de la culture française, même au-delà de nos frontières puisque, rappelons-le, avec 75 millions de touristes en France chaque année, notre pays est la première destination mondiale. Malgré cette réussite de façade, l’Etat s’interroge sur leur financement. Forts d’un budget constitué d’un côté par des subventions de l’Etat et de l’autre par le mécénat, ces établissements et plus particulièrement leur organisation incitent à se poser cette question : les établissements publics culturels contribuent-ils à la politique culturelle définie par le ministère ou mènent-ils une politique autonome ? A l’heure où le Louvre s’apprête à faire de son nom “une marque” exportable grâce à sa transaction avec l’émirat Abu Dhabi, pour un modeste revenu annuel estimé à 30 millions d’euros sur trente ans, la réponse vaut son pesant d’or…
Une tutelle “inégale et mal organisée”
La commission des finances a donc sollicité le sénateur Yann Gaillard pour tenter d’évaluer l’organisation et l’influence de la tutelle du ministère de la Culture sur les quatre grands établissements publics culturels. Pour le vice-président de la commission des finances, la conclusion est claire : même si les quatre établissements passés au crible fonctionnent avec efficacité, l’Etat n’est pas assez présent dans leur organisation. Un comble pour le représentant d’un parti qui reproche éternellement à l’opposition une vision étatiste de sa politique. Pour lui, la tutelle des établissements publics qui se répartit entre la rue de Valois et surtout Bercy est ni plus ni moins “inégale et mal organisée”. (1) Il reproche à leur direction surtout d’occulter les programmes de l’Etat et de faire fi de la DAPA (2) qui, en théorie, a la charge de la mission culturelle du gouvernement. Pour le président de la commission, M. Arthuis, c’est même une question d’éthique : à partir du moment où l’Etat s’engage financièrement, il est normal qu’il s’assure du bon fonctionnement du système en y participant activement. La transparence en somme.
Pourtant, tout n’est pas si clair. M. Gaillard reconnaît que les établissements publics fonctionnent très bien, et que l’Etat est bien présente dans les conseils d’administration. Dès lors, pourquoi vouloir changer les choses ? Le sénateur de l’Aube devient même confus quand il confesse qu’une plus grande participation de l’Etat dans les administrations de ces établissements publics les rendrait certainement “moins performants mais plus dans la ligne.” Hérésie qui annihile toute la véracité de la préconisation de son rapport et que tente vainement de rattraper le président de la commission des finances : “Oui, enfin l’Etat peut faire améliorer certains domaines.”
Encore faudrait-il qu’il y ait une politique de la culture !
Le trouble est palpable. Comment peut-on faire voter en 2003 une loi sur le mécénat dont la première priorité était selon le discours de Jacques Chirac de “libérer l'initiative” et quatre ans plus tard reprocher à mots couverts la trop grande autonomie des établissements ? Serait-ce un retour en arrière ? Une énième déclinaison de la rupture tranquille ?
Le président de la commission des finances finit par admettre : “Le ministère de la Culture est invité à se ressaisir”, en ajoutant avec ironie : “Encore faudrait-il qu’il y ait une politique du ministère de la Culture !” Christine Albanel, qui prend le train en marche sait donc à quoi s’en tenir…
Une coquette somme
Malgré tout, le rapport a le mérite de poser la question incontournable du statut des établissements publics. Il faut dire que depuis 2003, leur situation est paradoxale. Si la loi sur le mécénat les a rendus autonomes, la participation de l’Etat dans leur budget est toujours aussi conséquente, puisqu’elle représente 60 % du total. L’Etat aurait-il peur de perdre la main ? Ou a-t-il tout simplement un regard intéressé ? Parce qu’il est une chose que M. Gaillard et M. Arthuis évitent soigneusement d’évoquer et qui semble être au coeur de ce revirement : la fameuse et faramineuse transaction qu’est sur le point de conclure le Louvre avec Abu Dhabi… Une coquette somme qui ne laisse pas indifférent en ces temps d’économies… En d’autres termes, comment Le Louvre peut-il à ce point s’enrichir sans redonner une petite part de son profit à son principal actionnaire, l’Etat ? “C’est une question à soulever”, précise Jean Arthuis, dont le goût pour la litote ne passe pas inaperçu… Les formules consensuelles et les sourires appuyés dissimulent mal la réalité des choses : c’est bien d’argent dont il s’agit et l’éthique passe au second plan.
Réinvestissement ou renflouement ?
Tout le problème est alors de savoir si l’Etat demanderait une partie de la transaction du Louvre ou s’il réduirait sa participation. Et cet argent, qu’il soit économisé ou gagné, serait-il redistribué dans la Culture, ou consacré au renflouement de la sacro-sainte dette ? Autant d’interrogations que le budget 2008, discuté en ce moment même à l’Assemblée, ne pourra évidemment pas trancher.
Pour le moment, les directeurs des établissements publics n’entendent pas la chose de la même oreille. Le bras de fer s’annonce difficile. L’Etat face à ses établissements culturels publics, ou de l’art de ramener au nid l’oisillon qui à présent sait voler de ses propres ailes.
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