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INAUGURATION DU MEMORIAL DE L'INTERNEMENT ET DE LA DEPORTATION Mémoire et émotion
Marion Gris pour Evene.fr - Mars 2008 - Le 25/03/2008
Le 23 février 2008, le Mémorial de l'internement et de la déportation ouvrait ses portes à Compiègne (Oise). Le lieu de mémoire a pris place sur le site historique, là où 45.000 hommes ont transité entre 1941 et 1944, afin d'être déportés vers les camps de concentration. 17.400 d'entre eux ne sont jamais revenus. Visite.
Compiègne c'est la ville des armistices, avec sa forêt et son célèbre wagon. Depuis des décennies, on oublie le premier camp d'internement français placé sous l'autorité allemande. Aujourd'hui, le préjudice est réparé. Le Mémorial permet de comprendre comment les Allemands sont passés d'une vague de répression à une politique de déportation. Mais au moment où le débat sur le devoir de mémoire fait rage, l'inauguration est passée presque inaperçue aux yeux du gouvernement.
Les officiels absents
L'inauguration s'est faite en présence de M. Poncelet, président du Sénat. Le seul "politique" a avoir répondu présent, dans un contexte de polémique sur le devoir de mémoire peu avant l'inauguration. Une controverse où le président de la République, Nicolas Sarkozy, affirmait sa volonté de "confier" aux enfants de CM2 la mémoire d'un des 11.000 enfants juifs de France victimes du génocide nazi. Un projet qui a beaucoup fait réagir historiens, psychologues et enseignants. Aujourd'hui, cette proposition sera remaniée. Une mission de consultation lancée par le ministre de l'Education Xavier Darcos présentera ses travaux courant avril. Le travail de mémoire pourrait être confié à une classe entière plutôt qu'à un seul élève.
Des baraquements au Mémorial
En 1993, Edouard Balladur, Premier ministre de l'époque annonce la fermeture du 51e régiment de transmissions de Compiègne. Une décision est prise à la ville, garder le patrimoine historique et en faire un mémorial. Ces bâtiments militaires datent de 1913 et tour à tour ils se sont transformés en caserne, hôpital d'évacuation et camp d'internement allemand dès le début de la Seconde Guerre mondiale. Le Frontstalag 122 verra passer des prisonniers politiques et constituera aussi une réserve d'otages.
Aujourd'hui, les lieux sont passés entre les mains de Jean-Jacques Raynaud, architecte et scénographe qui a souhaité "faire parler les murs". Le style est épuré, très sobre. Tout réside dans la simplicité des matériaux utilisés : le verre, le béton et la pierre. Dans les baraquements de ce camp pour éléments ennemis actifs, les murs et les sols sont nus. Mais la simplicité n'est pas forcément synonyme de rudimentaire. Les nouvelles technologies, très présentes, se marient aux lieux, écrans plats noirs dans les salles, projections au sol et surtout la modernité de l'audioguide, grâce auquel la visite se décharge de tout parcours imposé. Un gros atout pour le Mémorial, car l'ambiance y reste calme, propice au recueillement pour les familles de déportés, et garde le visiteur dans l'intimité. Les boîtiers sont utilisés comme des télécommandes en interaction avec les écrans et les capteurs disposés dans chaque salle. Si l'on veut tout écouter et tout lire il faut passer de 15 à 20 minutes par salle, à raison de 10 salles, soit 2h30 minimum de visite.
Devoir de mémoire
Le Mémorial a été élaboré depuis l'origine du projet avec la Fondation nationale pour la mémoire de la déportation et tout le travail de mémoire a été fait par Christian Delage. Cet historien souligne la difficulté pour mettre en oeuvre le Mémorial, et les trop rares images du camp à l'époque de l'internement. "Le but des documents est de créer les moyens de comprendre ce qui s'est passé sans faire de spectacle." A Royallieu, c'est 120 anciens dont la mémoire est évoquée à travers des lettres, photos et documents provenant des familles. Avant de battre en retraite, les Allemands ont vraisemblablement détruit tous les documents du camp de Royallieu.
La visite/ Extérieur
Dès l'entrée, on fait face au mur des déportés. 40.000 noms. Tous gravés sur un mur de verre. Des noms historiquement connus dont la liste n'est pas exhaustive. Le chiffre global doit être autour de 45.000 personnes. Les premières déportations se sont déroulées les 27 mars et 5 juin 1942, et les premiers résistants partirent vers l'Est en juillet 1942. "Il y avait de gros départs de 1.500 à 2.000 personnes", se souvient André Bessière, ancien déporté.
Une fois passé le nouveau bâtiment d'accueil, le sol se fait plus rugueux : on foule alors la partie historique du camp. Un sol caillouteux, élaboré avec des matériaux recyclés et concassés qui proviennent des bâtiments de Royallieu. Dans le jardin de la mémoire, des voix résonnent, celles de comédiens qui relatent l'histoire de déportés. Et au loin on aperçoit la surprenante reproduction des 'Hommes chiens'. En l'espace d'une seconde, les Allemands sont encore là. Brève illusion, ce n'est qu'une reproduction d'une photo sur une plaque de verre. Sinistre souvenir de ces gardiens qui hanteront à jamais le jardin de Royallieu, propice maintenant au recueillement. Enfin, tout au fond du jardin, des archéologues ont mis au jour deux tunnels d'évasion, d'où des sorties illégales et collectives ont réussi en juin 1942 et 1944.
La visite/ Intérieur
Dix salles, avec pour fil conducteur une frise placée à mi-hauteur des murs. Des vidéos où les images sont projetées sur les murs ou au sol, comme la symétrie des armistices de 1918 et 1940. L'ensemble du site est à la fois un objet de mémoire et un lieu d'exposition qui met en scène la stratification de l'histoire.
Dans la chambrée, l'architecte M. Delage a voulu évoquer la densité, sans aucun objet, juste à l'aide de traces au sol et sur les murs. Sur ces murs, seules des photos de prisonniers sont projetées. De rares clichés pris par les soldats de la Wehrmacht au camp de Romainville. M. Bessière se souvient et raconte son histoire : "A 17 ans, je faisais partie du Mouvement de libération nord. Mon réseau a été infiltré alors j'ai fui. J'ai été identifié et arrêté à la frontière espagnole. Interné à Perpignan, il y a eu un simulacre d'exécution et j'ai été interné à Compiègne. Ici j'étais sous le régime de la prison allemande à l'intérieur d'une prison française." Mais André Bessière sera déporté par le malheureusement célèbre "convoi des tatoués" : "Un convoi qui partait directement à Auschwitz, une fois arrivés nous étions tatoués. Apparemment c'était une erreur car c'était un camp réservé aux juifs, alors nous avons été dispatchés et je me suis retrouvé à Buchenwald."
Dans la dernière salle, sept colonnes symbolisent les sept camps où étaient envoyés les internés de Royallieu. D'un côté des colonnes, les images des camps en noir et blanc défilent, de l'autre, des témoignages vidéo de survivants émeuvent profondément. "Je suis là pour témoigner et ce Mémorial est une vraie reconnaissance", admet M. Castellanos, un des 250 Américains internés à Royallieu, la casquette vissée sur la tête. Comme ces lieux, il sera marqué à jamais.
La ville de Compiègne est la seule à proposer un tel mémorial en France. L'histoire y est contée dans toute sa brutalité et l'implantation sur les lieux mêmes renforce encore cette double perspective d'émotion et d'authenticité. Un mélange qui a vraisemblablement donné des idées. Le camp d'internement et de déportation des Milles, près d'Aix-en-Provence, va aussi être transformé en mémorial. Les travaux débuteront à la fin de l'été. Les internés y étaient moins nombreux, aux alentours de 10.000, quatre fois moins qu'à Royallieu.
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